Napoléon: 1815 - L’invasion d’un seul homme (Episode 1)

Episode 1

Napoléon: l’invasion d’un seul homme

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Le 1er mars 1815, Napoléon Bonaparte foule à nouveau le sol français. Il vient de débarquer avec 900 fidèles sur une plage des environs de Cannes, Golf Juan, après plusieurs mois d’un premier exil, sur l’île italienne d’Elbe.

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Débarquement de Napoléon Ier au Golfe de Jouan le 1er Mars 1815 © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet

Personne n’a prévu le retour de l’Empereur, et surtout pas les puissances européennes coalisées contre lui.  La Russie, l’Angleterre, l’Autriche et la Prusse ont combattu cet ennemi commun durant des années, et pensaient avoir définitivement vaincu la menace en 1814, après la débâcle de l’armée française en Russie et la défaite cuisante de Leipzig. Mais elles se sont trompées.

À son retour de Liepzig, le Sénat français a contraint Napoléon à abdiquer en faveur de Louis XVIII, frère cadet de feu Louis XVI. Une nouvelle monarchie a succédé à l’Empire, c’est la première restauration.

Le vol de l’Aigle

Le soir du 20 mars 1815 © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet Histoire de Paris

C’est précisément ce trône, repris par la dynastie des Bourbon, que vient récupérer Napoléon en 1815. Et pour y parvenir, il compte sur un ralliement massif de l’armée française.

 

Soldats ! Dans mon exil j’ai entendu votre voix, je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périls.

Votre général, appelé au trône par le choix du peuple, et élevé sur vos pavois, vous est rendu, venez le joindre !

 

Petit à petit, Napoléon gagne du terrain en remontant d’abord jusqu’à Grenoble, où les soldats du 5e régiment d’infanterie, envoyés par Louis XVIII pour lui barrer la route, se rallient à lui. Puis de sera jusque Lyon, Fontainebleau, et enfin Paris.

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Sur sa route, Bonaparte accumule les ralliements, et à la tête de très peu d’hommes, un peu plus d’un millier, il entre au Palais des Tuileries sans avoir tiré le moindre coup de feu.

Au départ, il n’a pourtant pas avec lui ses anciens officiers, dont beaucoup l’avaient poussé à abdiquer l’année précédente. Le Maréchal Ney, figure majeure de l’armée française, promet même à Louis XVIII de ramener Napoléon à Paris dans une cage avant de prendre finalement sa cause devant son inexorable avancée.

L’aigle impérial a donc pris son nouvel envol et conquis la capitale. Louis XVIII et la cour royale ont dû prendre la fuite, car le roi sait pertinemment qu’il ne fera pas le poids devant le retour des bonapartistes.

Il sait qu’il n’est pas populaire au sein de l’armée, car il ne correspond pas à ce que les soldats attendent de lui. Il préfère la paix à la guerre, et est physiquement diminué par son obésité et sa goutte. On est loin de l’image du général victorieux qu’incarne Bonaparte.

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Départ du Roi, le 19 Mars 1815 © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet
Départ du roi le 20 Mars 1815 © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet Histoire de Paris

Le roi n’était pas populaire au sein de l’armée, c’est le moins qu’on puisse dire.

Pour des raisons fiscales et budgétaires, mais aussi tout simplement parce qu’il n’incarne pas le vainqueur des champs de bataille qu’incarnait, bien sûr, Napoléon.

C’est absolument le yin et le yang, ces deux personnages ! 

Emmanuel de Waresquiel  

Napoléon, seul contre tous

Retour de Bonaparte, le 20 mars 1815 © CC0 Paris Muses / Muse Carnavalet

Cette période de reconquête et de bref renouveau de l’empire français sera appelée les cent jours ".

De retour au pouvoir, Bonaparte a toutefois négligé un facteur primordial. Ses ennemis européens sont tous réunis à Vienne, afin de rééquilibrer les pouvoirs entre les grandes puissances, et redessiner les frontières d’une Europe meurtrie par les guerres napoléoniennes.

Or, de là, les souverains européens peuvent réagir très vite à ce retour impromptu. La riposte s’organise rapidement. Les alliés attaquent la France, dans le seul but de déloger " le perturbateur du repos du monde ", comme ils nommeront Napoléon.

Ce dernier a à peine le temps de se réinstaller dans les salons des Tuileries, qu’il doit donc repartir en guerre. Il pensait pourtant pouvoir reprendre le pouvoir puis négocier la légitimité de son retour avec ses anciens ennemis, mais il est face à un mur.

Il lui faut lever une armée capable d’affronter l’Europe entière. La campagne de Belgique commence.

 

Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir ; mais, avec de la constance, la victoire sera à nous : les droits, l’honneur et le bonheur de la patrie seront reconquis.

Pour tout français qui a du cœur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr !
 

 

Mais l’armée française n’est plus ce qu’elle était, elle manque d’hommes et de matériel. Pour vaincre, Napoléon veut prendre ses ennemis un par un, en commençant par les plus faibles. Il vise l’armée anglaise de Wellington, cantonnée à Bruxelles.

Son plan est d’écraser Wellington, puis l’armée prussienne, afin de forcer les autres alliés plus puissants à négocier.

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Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington © 2014 Getty Images
The Battle of Waterloo © 2014 Getty Images

Dans un premier temps, la chance semble être avec Bonaparte. Il parvient jusqu’aux portes de Bruxelles, après avoir battu les Prussiens à Ligny.
 

C’est à Waterloo que son sort est scellé. Les Anglais sont rejoints par l’armée prussienne restante, et les alliés infligent une défaite cuisante aux troupes françaises. Waterloo vient d’entrer dans l’histoire.

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La bataille de Waterloo © 2014 Getty Images
Waterloo © Getty
Bataille de Waterloo © 2014 Getty Images

 

La défaite de Waterloo, c’est une des défaites préférées des Français. On l’a souvent appelée la défaite glorieuse.

Bien sûr, ça n’est pas faux compte tenu de la légende qui entoure cette bataille, mais si nous restons le 18 juin 1815, c’est une catastrophe épouvantable.

C’est-à-dire que non seulement l’armée napoléonienne est battue, et rappelons que c’est la seule armée en état de combattre dont il dispose, mais elle est totalement détruite
.

Thierry Lentz

Napoléon doit retourner à Paris en catastrophe. Il pense pouvoir lever une nouvelle armée et retourner au combat, alors qu’un million de soldats ennemis se dirigent vers la France, mais il n’a pas conscience que son destin est déjà scellé.

 

Napoléon, le Crépuscule de l’Aigle ", réalisée par Franck Istasse et Pierre Devalet.

Avec les interventions de quatre historiens, parmi les meilleurs spécialistes de la période napoléonienne :

 

Pierre Branda, spécialiste du Premier Empire       

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

Charles-Éloi Vial, secrétaire général de l’Institut Napoléon         

Emmanuel de Waresquiel, spécialiste de la France du 19e siècle