Mon enfant pense trop, comment l'aider ?

Mon enfant pense trop
Mon enfant pense trop - ©

C’est dès l’enfance que commencent les ennuis pour les surefficients. Incompris et stigmatisés, critiqués et rejetés, en difficultés scolaires et sociales, ces enfants qui pensent trop ont un fonctionnement réellement différent, autant sur le plan neurologique que psychologique. Des solutions simples, concrètes et efficaces existent pour permettre à ces enfants à pensée complexe de s’épanouir. C’est ce que nous propose Christelle Petitcollin, qui publie Mon enfant pense trop – Comment l’accompagner dans sa surefficience (ed. Guy Trédaniel).

Hypersensibles et ayant une maturité bien au-delà de la précocité, ces enfants ont besoin de l’aide des adultes pour comprendre qui ils sont et comment ils fonctionnent. Cet ouvrage s’adresse donc aux enfants surefficients et à leurs parents, qu’ils soient eux-mêmes surefficients ou qu’ils soient normopensants.

Christelle Petitcollin a écrit ce livre à la demande des lecteurs de Je pense trop. Beaucoup d’entre eux ont reconnu leur enfant dans les caractéristiques de la surefficience. Ils lui ont écrit : "Aidez-moi à épargner à mon enfant les souffrances que j’ai moi-même connues quand j’étais enfant".


Qu’entend-on par surefficience ?

Au moins 12 à 15% de la population sont surefficients, qu’ils soient hypersensibles, dyslexiques ou autres dys, surdoués, à spectre autistique, TDH… Ces personnes présentent des particularités communes, en particulier deux caractéristiques neurologiques :

  • l’hyperesthésie, ou hypersensibilité et hyperémotivité sensorielles
  • et la pensée complexe arborescente. Les choses ne sont pas bien rangées dans la tête, tout part en toile d’araignée. Il ne s’agit pas d’un déficit d’attention, mais de la capacité à traiter plusieurs choses à la fois, parce que la pensée part en divers sens.

Même si on entend aujourd’hui plus régulièrement parler des dys, des TDH… c’est toujours d’une manière stigmatisante car ils sont présentés comme étant des dysfonctionnements.
La surefficience est méconnue. Il faut savoir qu’il s’agit juste de différences neurologiques, nullement de handicap ou de pathologie. Pour Christelle Petitcollin comme pour Bruno Humbeeck, les médecins devraient éviter de se mêler de psychopédagogie et de s’occuper de diagnostiquer les dyslexiques ou autres dys, car dès qu’on met une étiquette, on fige le problème, alors qu’il pourrait être un trouble tout à fait transitoire.

Il faut que l’enfant puisse en sortir très vite, qu’il puisse rapidement sortir de cette étiquette tout en comprenant quelles sont ses différences. Si on lui explique bien en quoi il est différent et comment utiliser son cerveau, l’enfant s’apaise, reprend confiance en lui.

La dyslexie, par exemple, est une forme d’intelligence différente, très atypique, mais ce n’est pas un handicap. Tant qu’on parlera de trouble, de pathologie, autant ne pas mettre d’étiquette. Mais si cette étiquette vous permet de vous reconnaître comme ayant une intelligence différente, alors oui, allons-y !


Une souffrance qui se répète

La souffrance est présente chez beaucoup de ces enfants. De nombreux parents, eux-mêmes surefficients, ne parviennent pas à aider leur enfant, parce qu’il les renvoie à leur propre souffrance d’enfant. Ils se sentent coupables de ne pas y parvenir. Ils vivent dans le déni et renvoient à leur enfant l’idée qu’il n’a pas de raisons d’être ce qu’il est. A partir de là, la souffrance démarre. Le déni est dupliqué.

Ces enfants sont juste différents mais ils doivent absolument avoir la compréhension de leur différence. Christelle Petitcollin invite les parents à ne pas les faire rentrer dans le cadre, et à leur donner le droit d’être eux-mêmes.

La difficulté vient du fait que les surefficients n’ont pas les codes normopensants, c’est à dire pensant dans la norme. Et que les normopensants, ou neurotypiques, ne voient pas qu’il est impossible pour un surefficient de s’adapter.


Les tempêtes émotionnelles

Ces enfants et ces adultes sont hypersensibles, hyperémotifs, et ressentent de manière très forte les sentiments de tristesse, dépression, culpabilité, frustration, hyperactivité, honte, colère, paranoïa, joie, ou encore cette hyperempathie qui peut laisser la porte ouverte à la manipulation.

"Tout ce qui est perfectionnisme et paranoïa est induit par le comportement de la société, parce qu’on est dans le déni de ce qu’ils sont vraiment, explique Christelle Petitcollin. Dès qu’un enfant comprend ce qu’il est, il n’est plus angoissé et il retrouve son immense joie de vivre, parce que les surefficients sont très doués pour la joie de vivre."

Quand on a les 5 sens aussi développés, on fait par moments des surcharges : trop d’informations, trop d’émotions, trop de sensations. Ces pétages de plombs sont directement liés à ces surcharges sensorielles. Les enfants se font gronder, on les envoie se calmer dans un coin et c’est en fait de cela dont ils ont besoin.

On considère pour les autistes Asperger qu’une heure de socialisation nécessite une heure de solitude en silence pour se ressourcer. Et c’est valable pour beaucoup de surefficients. Plus de calme serait d’ailleurs bon pour tout le monde.


Comment réagir ?

Le parent doit pouvoir accepter que son enfant surefficient soit en colère ou triste. Il doit lui apprendre à faire la distinction entre les émotions et les comportements : tu as le droit d’être en colère, ce n’est pas une raison pour tout casser. C’est d’ailleurs valide pour tous les enfants et pour tous les adultes. Plus on autorise les émotions et plus les gens vont bien.

Les surefficients ont souvent des difficultés en secondaire, parce que les professeurs n’ont plus l’espace de tenir compte de leur singularité. Si en amont, ils ont compris leur propre fonctionnement, ils pourront parvenir à gérer leur surefficience. Puis viennent l’adolescence et le harcèlement scolaire, dont ces enfants sont souvent les victimes.

C’est pourquoi Christelle Petitcollin voudrait dédramatiser la déscolarisation liée à la phobie scolaire. Elle est souvent un signal d’alerte de grande souffrance, un réflexe de survie. Contrairement aux travailleurs en entreprise, qui en cas de harcèlement peuvent être écartés, ce ne sont pas les enfants qui décident, mais si on ne les entend pas, on les met en danger de mort. Certains seront mieux à l’abri chez eux, à étudier à distance.

Ces enfants se sentent souvent agressés par l’autorité et les menaces auxquelles les profs ont trop souvent recours. Pour Christelle Petitcollin, il y a un défaut de formation des enseignants au management et au coaching d’une classe. Même en entreprise, on n’utilise plus ces méthodes.

Elle incite aussi les parents surefficients à mieux prendre en compte leur propre surefficience et à accepter le principe de réalité : l’école d’aujourd’hui fonctionne comme ça, et il n’y a pas le choix, mais elle évolue rapidement. Il est aussi intéressant qu’ils partagent avec les personnes ressources les informations dont ils disposent sur les particularités de leur enfant, car c’est eux qui en savent le plus !