Mon enfant ne comprend rien à son cours de math

Mon enfant ne comprend rien à son cours de math!
Mon enfant ne comprend rien à son cours de math! - © Pixabay

Quand on comprend quelque chose, il est difficile de concevoir que l'autre ne comprenne pas. Et plus vous comprenez quelque chose, moins vous parvenez à l'expliquer. C'est toute la difficulté du parent qui cherche à aider son enfant dans ses devoirs. Dédramatisons avec Bruno Humbeeck, psychopédagogue de l’UMons !

En tant que parents, nous nous énervons très souvent en constatant que notre enfant ne comprend pas la matière. Nous sommes soumis à la pression, non pas nécessairement de l'apprentissage, mais de la rapidité de compréhension. On ne dit pas aux enfants : «comprends !», mais «comprends vite !», et «rassure-moi par le fait que tu comprends vite»

Ce n'est pas le cas dans toutes les cultures, précise Bruno Humbeeck. En Afrique par exemple, on reporte la réponse au lendemain. La démarche intellectuelle ne doit pas être effectuée dans la tension.


Eviter les tensions, accepter les erreurs

La compréhension, notamment en mathématiques, se fait par insight (la découverte soudaine de la solution à un problème), à des moments très différents pour chacun, souvent lors des moments de détente d'ailleurs. Ces moments de détente sont propices à la créativité, comme par exemple lorsque nous sommes dans notre lit, dans notre bain ou dans le bus, soit dans des espaces où on ne réfléchit pas trop parce qu'on n'est pas forcé de réfléchir et de comprendre. Ce sont d'autres zones de cerveau qui vont alors s'activer pour apporter les solutions.

Il faut permettre aux enfants d'installer leur rythme et laisser une place à l'erreur, parce que c'est en comprenant ses erreurs qu'on peut installer des connaissances et des schémas de compréhension. C'est important que l'enfant puisse corriger lui-même ses erreurs en réfléchissant à la manière dont il est arrivé au résultat.


L'armoire à trois tiroirs

Le rôle du parent est que son enfant puisse comprendre et ranger ses connaissances. Pour concevoir où en est l'enfant dans l'apprentissage, il faut avoir dans sa tête une armoire à trois tiroirs, explique Bruno Humbeeck :

  • ce qui acquis, compris. On n'y revient plus. On range.
  • ce qui est en voie d'acquisition. Il faut aider l'enfant à installer ses mécanismes cognitifs en faisant des exercices pour ancrer la compétence et la connaissance.
  • ce qui n'est pas compris et doit être expliqué par quelqu'un, qui soit de préférence proche de ces schémas cognitifs. Comme un cousin un rien plus âgé, par exemple, et en le payant pour ne pas qu'il le fasse de façon flottante.

« Les connaissances s'installent toujours sur ce que nous connaissons déjà. Nous n'avons pas de connaissances qui viennent du vide, comme nous n'avons pas de mémoire qui s'installe dans le vide. On colle sur ce qu'on connaît déjà, donc c'est de la remémoration et de l'installation sur un patrimoine que nous avons acquis. »


« Il faut faire comme Madame a dit »

C'est une phrase que nos enfants nous sortent souvent lorsque nous essayons de leur expliquer à notre façon la matière. « Les enseignants sont effectivement payés pour comprendre les mécanismes qui fonctionnent le mieux pour installer les compétences, rappelle Bruno Humbeeck.  Ils essaient de mettre en place des systèmes d'intelligence qui permettent que, dès qu'on est confronté à un phénomène, on apprend à le connaître, le comprendre, l'analyser avant d'en faire une synthèse et de produire éventuellement une innovation. Ils savent comment programmer les apprentissages chez les enfants. » Par ailleurs, ils n'y mettent pas la tension que peuvent y mettre les parents.

Les parents rendent souvent les devoirs contre-productifs sur le plan pédagogique. Leurs méthodes s'appuient sur des raccourcis cognitifs, qui sont souvent des manières d'aboutir plus vite à un résultat, sans installer la démarche ou en l'installant tellement différemment que cela produit une confusion chez l'enfant.

Un apprentissage se décompose en effet en de multiples compétences qui doivent être réalisées pour l'obtenir. Malheureusement les parents sont trop préoccupés par l'idée que leur enfant produise un résultat. Il vaudrait mieux s'arrêter dès le premier signe d'énervement et proposer que quelqu'un d'autre réexplique à l'enfant le devoir. Le but n'est pas d'aller au bout des devoirs, mais plutôt jusqu'où l'enfant peut aller. C'est l'entraînement des compétences acquises, qui permet de repérer les compétences non acquises.

L'idéal est que l'enfant réexplique lui-même la matière, à nous-mêmes ou à un enfant qui n'a pas compris. Il développe ainsi la compréhension de ces mécanismes.

Ecoutez Bruno Humbeeck dans Tendances Première

 

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