'Moi, raciste ?', une histoire populaire de Schaerbeek

Moi, raciste ? Une histoire de Schaerbeek
Moi, raciste ? Une histoire de Schaerbeek - © Liévin Chemin

"Ah ça, vous vous intéressez au quartier, au multiculturel ? Et bien moi, je vais vous dire, monsieur Liévin, le racisme, je l’ai vu naître. C’était en 1973, avec le choc pétrolier. J’avais 16 ans, je crois.” Ainsi s’exprime Abdel, 62 ans.

Abdel est l’encadrant des apprentis qui rénovent la maison de Liévin Chemin, à Schaerbeek. Il raconte une histoire populaire du quartier, depuis les années 60.

Questionnant l'auditeur sur nos séquelles collectives de ces discriminations continuées envers les Belgo-Marocains, Liévin Chemin écrit et raconte une lecture douce-amère de 'notre racisme belge', saupoudré de quelques archives choisies pour nous plonger dans un contexte risquant l'oubli, sans une lecture documentaire approfondie.


Une époque idyllique

Abdel dépeint le décor idyllique de la vie ouvrière de Schaerbeek, qui brassait paisiblement tout le monde. Dans les belles années 60 et début 70, tout le monde s'entendait, tout le monde avait du travail. Il y avait une chouette ambiance entre jeunes, qu'ils soient néerlandophones, francophones, italiens... c'était multiculturel.

"Dans le milieu ouvrier, il y avait une entraide entre gens du quartier, un échange. Les gens étaient sur le pas de la porte, ils se parlaient, il n'y avait pas la télévision."

"Vous avez ici la première mosquée de Schaerbeek, qui était un centre culturel pour les Musulmans, un lieu de prière. A l'époque, on venait ici, ça ne dérangeait pas. Plus loin, il y avait les Italiens qui avaient leur centre culturel. Il y avait beaucoup de tolérance."

Les enfants marocains fréquentaient les écoles catholiques où la tenue, la discipline étaient cadrés. Le monde catholique et le monde musulman partageaient des valeurs communes.

Puis, début des années 70, la vie du quartier a peu à peu changé. Les pâtisseries et les triperies ont progressivement disparu. Petit à petit, les familles belges ont émigré vers de nouveaux quartiers. Ils voulaient tous du chauffage central et une vraie salle de bain. Les riches d'abord et après, seuls les plus pauvres sont restés dans ces quartiers qui devenaient pourris, comme on disait.


L'époque Nols

Puis survient une époque dont Bruxelles pourrait rougir, un épisode long de plus de 15 ans de vulgarité politique. Si 'l’époque Nols' encapsule les années de son long mayorat et limite à un homme l’immoralité du discours sur les étrangers, la mémoire d’Abdel nous montre le temps continu où les Marocains de Belgique ont vécu et vivent la discrimination.

" Ce qui était triste, c'est qu'on voyait, dans un bête café ici à Schaerbeek, si tu voulais rentrer, t'asseoir à une terrasse, quelque chose que les Italiens ont vécu et nous les Maghrébins, on a vécu. Au début, c'était "Interdit aux chiens, interdit aux Italiens". Et puis tu voyais la même chose : "Interdit aux chiens, interdit aux Maghrébins."

Pour Abdel, ce changement est dû à la première crise pétrolière, en 1973.

La crise s'est ressentie dans les écoles où certains professeurs se sont mis à critiquer les Marocains, par exemple en les assimilant aux producteurs de pétrole.

Le bourgmestre Nols s'en est pris d'abord aux Flamands puis aux immigrés. Il refusait d'inscrire des familles à l'Etat civil, il les pointait du doigt dans le journal communal. Son slogan : stop à l'immigration ! 
Les Belges qui sont restés se sont alors lâchés derrière des dirigeants racistes, décomplexés, ultra-populaires. 

 

Heureusement les luttes antiracistes ont revisité et redressé une politique assumée d’un racisme ciblé qui pourtant perdure jusqu'à aujourd’hui.

Ecoutez ici la suite de l'histoire.

 

'Moi, raciste ?' est un documentaire de Liévin Chemin
Montage par Hervé Brindel
Mixage et création sonore de Jeanne Debarsy
Prises de son : Liévin Chemin et Pascale Stevens
Documentation : Liévin Chemin et Julien Tondeur du CARHOP
Musique: GAM, Mohamed Al Mokhlis  
Une production de parlecoute.org, avec l’aide de l’acsr
et du Fonds d’aide à la Création radiophonique
de la Fédération Wallonie Bruxelles

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