Michel Abdissi est l'invité de Matin Première

Michel ABDISSI est le président de la CGSP Cheminots. Il sera des nôtres à 7h45 pour évoquer la grève de ce jeudi.

 

Retranscription de l'entretien:

GL              : - Notre invité ce matin, vous l'avez entendu, c'est donc Michel Abdissi, Président de la CGSP Cheminots. Ce sont les techniciens chargés de l'entretien des voies qui protestent aujourd'hui, personnel trop peu nombreux, vieillissant, travail de nuit harassant pour des salaires trop faibles. C'est un peu de tout cela dont il sera question ce matin, Marc Sirlereau.

 

MS             : - Tout à fait, Georges. Monsieur Abdissi, bonjour.

 

MA             : - Bonjour.

 

MS             : - Alors vous êtes venu de Namur ce matin, vous êtes venu en voiture, en train, ce n'était pas possible ?

 

MA             : - Je suis venu en voiture, si, c'était possible, mais étant donné que j'ai une journée, je dirais, assez chargée où je vais visiter toute une série de sièges de travail, donc j'ai préféré ce matin, utiliser la voiture.

 

MS             : - Oui, parce qu'on disait qu'entre 6 et 7 heures, les trains étaient bloqués à Namur, c'est,

 

MA             : - Oui, mais comme vous m'aviez invité, je dirais que pour 7 heures, je pouvais très bien prendre un train à Namur à 5:20 heures et être présent ici, en utilisant, je dirais, le rail ce matin.

 

MS             : - Voilà, vous avez bien contourné l'obstacle.

Alors au départ, c'était un mouvement de 2 heures, on parlait de ça, un mouvement de 2 heures, qui ne devait pas trop perturber le trafic, quand on voit les choses ce matin, c'est différent. Alors comment l'expliquer ?

 

MA             : - Tout simplement, nous avons déposé un premier préavis de grève où effectivement nous avions déposé une grève de 10 heures à 12 heures au niveau national et donc directement nous avons appris que la direction Infrabel avait l'intention de geler l'opération, tout simplement en ne permettant pas aux agents de venir aux endroits de concentration. Donc pour éviter cela, nous avons dû augmenter le timing de la grève et de couvrir nos affiliés pendant une période de 24 heures et donc c'est pour cette raison que nous avons décidé

de faire différentes actions en fonction, je dirais, des différentes régions.

 

MS             : - Vous ne craignez pas que ce matin, on remette sur la table, le service minimum ?

 

MA             : - Ecoutez, le service minimum, je dirais, nous avons,

 

MS             : - C'est l'arlésienne ?

 

MA             : - Oui, tout à fait mais nous avons conclu avec la direction du groupe SNCB, un protocole disant clairement que pour être en règle avec ce protocole, on soit obligé de déposer un préavis de grève 10 jours à l'avance. Ici, nous avons tout à fait respecté ce timing, donc il n'y a aucun risque de reparler, je dirais, d'un dérapage au niveau du service minimum.

 

MS             : - Donc selon vous, il n'y a pas de surprise aujourd'hui, les usagers étaient au courant ?

 

MA             : - Absolument pas, depuis 10 jours, depuis 10 jours, le préavis a été déposé, donc nous avons respecté à la lettre la fonction de fonctionner par rapport au protocole que nous avons signé avec la direction.

 

MS             : - Alors on va revenir sur le motif de cette action d'aujourd'hui, on parle des poseurs, on les présente comme ça, les poseurs de voies, les poseurs de rails. Ils sont 2.500 si je ne m'abuse,

 

MA             : - Tout à fait, 2.500.

 

MS             : - Ils se plaignent de quoi surtout, de leurs conditions de travail et aussi de leurs conditions salariales?

 

MA             : - Mais c'est surtout, je dirais, au départ, des problèmes au niveau des conditions de travail. Donc de moins en moins, on recrute du personnel dans ces catégories-là au niveau donc des agents de maintenance et donc étant donné qu'on a de moins en moins d'agent parce que bon, la pyramide des âges, elle est aussi chez nous, je dirais, hyper difficile et donc nous avons énormément de départs pour le moment et donc de moins en moins d'agents et donc ça veut dire que de plus en plus, ils sont obligés de travailler beaucoup plus souvent la nuit et plus souvent les week-ends. Et donc à partir du moment où une personne, un travailleur fait au moins 3 week-ends par mois, vous pouvez comprendre que les conditions de travail deviennent très, très difficiles, alors qu'au départ, ce personnel est engagé pour faire des prestations de 8 heures à 16 heures.

 

MS             : - C'est étonnant parce qu'on dit toujours qu'à la SNCB, on engage encore et visiblement pas dans ce secteur-là, alors pourquoi ?

 

MA             : - Pas dans ce secteur-là bien sûr, alors quand on dit, on engage encore, il faut faire très attention parce que c'est un leurre,

 

MS             : - Il faut nuancer ?

 

MA             : - Il y a 3.000 personnes qui quittent la SNCB par année et on en recrute entre 1.500 et 1.800. Donc ça fait toujours, je vais dire, un delta négatif de 1.200. Et donc on nous avait promis de garder un potentiel humain de 38.000 équivalents temps plein à l'horizon 2010. Nous sommes méchamment en-dessous de cette barre et nous, nous estimons que pour la sécurité des usagers, nous devons avoir notamment dans cette filière-voies, un potentiel humain pour pouvoir assurer la sécurité sur le rail.

 

MS             : - Parce qu'il faut bien dire qu'en terme de salaires, même s'ils ont des primes, s'ils travaillent sans doute la nuit et le dimanche, les salaires ne sont pas mirobolants à priori ?

 

MA             : - Vous savez, dans cette catégorie de personnel, je vais parler non pas en brut, mais de chiffres bien concrets, un agent de maintenance a un salaire de plus ou moins 1.250 Euros nets par mois.

 

MS             : - C'est quand même pas énorme, alors vous demandez quoi là-dessus, des augmentations et qu'est-ce qu'on vous dit du côté de la SNCB ?

 

MA             : - Au niveau de la SNCB bien sûr, on parle d'une augmentation, c'est-à-dire qu'au niveau de leur travail, on leur demande de plus en plus, de prendre de plus en plus de responsabilités et là, il n'y a pas de return financier par rapport à cela.

 

MS             : - Quel genre de responsabilités ?

 

MA             : - Responsabilités notamment au niveau de, je dirais de l'accompagnement de train d'escorte, de la mise à la terre des caténaires, ce ne sont pas, je dirais, des électriciens à la base mais on leur demande de faire des opérations de ce type-là, donc nous, on demande qu'il y ait un return par rapport à cela, qu'ils soient aussi mieux payés parce que lorsqu'il y a des accidents, lorsqu'il y a des chutes de neige abondantes qu'on a connues dernièrement, là, nous attendons bien sûr qu'ils soient rappelés mais qu'ils soient payés de façon convenable. Alors donc ce que nous demandons bien sûr, c'est qu'il y ait ce juste return par rapport à tous les problèmes qu'ils rencontrent.

 

MS             : - Les réponses, pour l'instant ?

 

MA             : - Les réponses, pour le moment, nous sommes en période de restrictions budgétaires, on entend la direction nous dire, nous n'avons pas d'argent. Par contre pour engager des consultants et des consultants qui demandent très cher au niveau d'Infrabel, ça, on trouve bien de l'argent !

 

MS             : - Toute dernière question sur ce volet-là, l'action ou la grève d'aujourd'hui, va perturber le trafic jusque quelle heure ?

A

MA             : - Ecoutez donc, par endroit, je vais par exemple, l'exemple de la gare, un noeud au niveau, je dirais belge, de la gare de Bruxelles-Midi, ce jour, donc nous allons bloquer le trafic international, entre 10 heures et midi et donc par après, une délégation demandera audience chez les CIO d'Infrabel. La même chose au niveau de la gare de Liège-Guillemins, là, l'ICE sera bloqué aussi entre 10 heures et midi. Donc dans la logique des choses, nous aurons fini nos actions pour aujourd'hui, midi, midi et demie, au plus tard.

 

MS             : - Donc vous pourrez retourner en train !

 

MA             : - Je pourrais laisser ma voiture sur Bruxelles et retourner en train sans problème.

 

MS             : - Alors quand on parle de la SNCB, on se pose beaucoup de questions notamment sur l'avenir de la SNCB, qui va la diriger, avec combien de responsables, on sait qu'il y a un choix politique qui a été fait par Paul Magnette et puis qui a été assumé par son successeur, Jean-Pascal Labille, c'est une SNCB si j'arrive à le dire, avec deux têtes, alors que pour l'instant, la SNCB, c'est trois entités.

 

MA             : - Tout à fait.

 

MS             : - Vous, pour vous, trois ou deux, c'est trop ; il fallait une SNCB avec une seule tête ?

 

MA             : - Nous avons depuis, je dirais, de nombreux mois bien sûr,

 

MS             : - On l'a toujours dit.

 

MA             : - Clamé que nous voulions une seule tête, un seul patron, un seul statut par rapport, je dirais, au bon fonctionnement au niveau des cheminots. On n'a pas été entendu par le Gouvernement, ils sont passés en force, ils nous imposent une entité à deux têtes, deux entités, pardon, avec deux têtes et donc là, nous craignons bien sûr à nouveau des conflits entre les futurs patrons d'Infrabel et de la SNCB, ce qui va pour nous, encore coûter beaucoup d'argent puisque les conflits seront réglés par le biais des cabinets d'avocats et donc nous disons que ce système-là est un très mauvais système. Mais je profite de dire que notre organisation syndicale n'a jamais donné son accord pour faire un système bicéphale à trois têtes puisqu'il y aura un responsable aussi au niveau de Achérail.

 

MS             : - Ca marchait mieux à la SNCB quand il n'y avait qu'un seul patron ?

 

MA             : - Mais, c'est, je dirais,

 

MS             : - Est-ce qu'on peut vraiment dire ça ?

 

MA             : - On ne peut pas, on ne peut pas dire ça, parce que non, il faut rester, il faut rester correct, c'est, on ne peut pas dire qu'on veut revenir dans le système d'avant 2004 mais je pense qu'avec les structures telles qu'on les connaît à l'heure actuelle, ce qu'on veut, c'est une nouvelle structure mais avec un seul patron et ça apparemment le politique ne l'a pas compris mais à un moment donné, ils se rendront compte qu'ils ont commis, je dirais, des erreurs et là, bon eh bien, il faudra à nouveau repenser une nouvelle structure.

 

MS             : - Qu'est-ce que vous craignez s'il y a encore deux patrons, ça veut dire qu'ils vont marcher chacun sur les platebandes de l'autre, qu'il y aura des risques en disant, c'est pas moi responsable, c'est l'autre, que chacun se renvoie les responsabilités. Vous craignez que ça continue comme ça à l'avenir, en ayant encore deux entités, avec deux patrons SNCB ?

 

MA             : - Bien sûr, donc pour le moment, le personnel de la SNCB sera mis à disposition de la SNCB et d'Infrabel par Acherail.

Acherail qui sera un véritable secrétariat social et donc si le secrétariat social n'est pas performant, automatiquement SNCB et Infrabel prendront leurs responsabilités pour eux-mêmes gérer le personnel, ce qui veut dire que là, c'est l'éclatement entre la SNCB et Infrabel

et nous aurons deux sociétés totalement différentes pour gérer le rail, vous vous rendez compte qu'à l'heure actuelle, c'est déjà la catastrophe. Donc si demain, nous avons deux entités qui ne se parlent même plus, là, je plains les usagers et les travailleurs, les cheminots en particulier.

 

MS             : - Normalement la nouvelle structure devrait être mise en place pour le début janvier 2014 ; pour l'instant, ça reste encore selon vous, très flou ?

 

MA             : - Ca reste très flou parce que le personnel qui se trouve pour le moment à la SNCB Holding, en partie, une partie du personnel, va glisser vers la SNCB, une autre partie vers Infrabel mais là, il y a encore toute une série, je dirais, d'équivoques, parce qu'il y a du personnel au niveau de l'informatique qui va devoir rester pour la gestion d'Achérail, donc nous ne savons pas exactement comment ça va se passer et la même chose au niveau du département finances. Donc là, le personnel s'inquiète parce que la logique des choses est de mettre en place cette nouvelle structure au premier janvier 2014 mais rien n'est réglé. Enfin, on nous promet un CIO biodégradable pendant une période de 6 mois, donc qui devrait,

 

MS             : - Ca veut dire quoi ça, un CIO biodégradable ?

 

MA             : - C'est un responsable qui sera présent au niveau de la tête du groupe SNCB, de la nouvelle structure pendant une période de 6 mois et bon après, il s'éteindra de lui-même.

 

MS             : - Vous voulez dire qu'aujourd'hui, il y a des gens qui ne savent toujours pas à la SNCB, dans quel secteur, ils seront, s'ils seront vraiment pour la SNCB ou chez Infrabel à l'avenir ?

 

MA             : - Tout à fait, tout à fait. Il y a, je dirais, toute une série de points d'interrogation et vous vous rendez compte, venir au travail sans savoir quel sera, je dirais, l'avenir de certaines personnes, c'est insoutenable dans certaines, dans certaines divisions.

 

MS             : - Alors dernière question, le Fyra ? On en a beaucoup parlé, depuis des mois, il ne roule plus. On dit que c'était un train qu'on n'aurait jamais dû prendre, de mauvaise qualité ; ça vous a surpris un peu, tout ce feuilleton, toute cette saga autour de ce train ?

 

MA             : - Non, pas du tout, il est vrai que c'était, je dirais, un enfant, je dirais, qui avait des problèmes avant sa naissance, je vais appeler ça comme ça et je dirais même sous forme de boutade, puisque nous, notre action était prévue déjà pour les brigades de voies puisqu'on en parlait tout à l'heure, de se faire au mois de mars. Donc on avait prévu d'arrêter le Fyra en gare de Bruxelles Midi. Donc ici, ils l'ont arrêté avant nous. Mais non, la problématique Fyra, bon, c'est, je dirais, un mauvais concept et je dirais, une mauvaise organisation dans le système actuel, c'est clair.

 

MS             : - Michel Abdissi, merci d'avoir répondu à nos questions, voilà, Georges, je pense qu'on peut être un peu rassuré, cet après-midi normalement, tout devrait rentrer dans l'ordre.

 

MA             : - Merci.

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