Mets-m'en donc une p'tite rawette s'il-te-plaît bien !

Mets-m'en donc une p'tite rawette s'il-te-plaît bien !
Mets-m'en donc une p'tite rawette s'il-te-plaît bien ! - © Tous droits réservés

Michel Francard, professeur ordinaire à l’Université catholique de Louvain, a épinglé quelques-unes des expressions françaises de Belgique dans son nouvel ouvrage paru aux Éditions Racine : "Tour et Détours – le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique". Il était l’invité de Sophie Brems dans l’émission Jour Première et il dévoile les secrets de ces belgicismes que nous utilisons quotidiennement.

 

Spécificités régionales

Toutes les langues possèdent leurs spécificités et dans le cas du français, les usages diffèrent également en fonction du territoire géographique. En effet, tous les francophones ne se comprennent pas entre eux : certaines expressions existent en France et en Belgique sans vouloir dire la même chose, d’autres sont nées dans le plat pays qui est le nôtre. Ces expressions font partie de notre patrimoine puisqu’il s’agit de notre façon de percevoir le monde environnant. Le langage participe à un sentiment d’appartenance et crée un rapport identitaire entre personnes vivant dans la confraternité de la famille ou des amis. Finalement, personne ne parle vraiment la langue des grammaires et des dictionnaires. Ces mots et expressions sont donc le témoignage du français d’aujourd’hui, tel qu’il vit, avec sa coloration spécifique.

 

Emprunts

Certaines expressions trouvent leur origine dans notre histoire, dans le jeu ou dans la mémoire collective. Beaucoup viennent aussi d’autres langues et à ce niveau-là, la Belgique a l’avantage d’avoir une tradition multilingue puisque cela produit une véritable richesse culturelle. De nombreuses expressions ont donc été empruntées au néerlandais, comme le blocus qui vient du verbe ‘blokken’ signifiant ‘être assidu dans ses études’ déjà depuis le 16ème siècle. Les francophones ont repris ce verbe, l’ont transformé en ‘bloque’ et ensuite en ‘blocus’, utilisant ainsi un mot qui existait déjà. Le wallon a également nourri la langue française actuelle avec sa 'rawette' et le bruxellois avec une 'klette' et un 'stuut'. C’est dans toutes les régions que les Belges ont ainsi puisé pour enrichir leur vocabulaire.

 

Processus d’introduction

Dès lors, comment expliquer l’introduction et l’évolution de ces mots dans la langue française ? Un mot s’impose en général parce qu’il est relayé par des personnalités en tous genres. Avant, les écrivains classiques étaient les vecteurs du bon usage, mais aujourd’hui les termes vivent grâce aux médias, en particulier aux réseaux sociaux. Internet représente donc une formidable caisse de résonance. En définitive, une expression s’imposera comme une habitude grâce à l’usage, jusqu’à parfois faire son entrée dans le dictionnaire. À l’inverse, certains mots peuvent également tomber dans l’oubli car ils cessent d’être employés et relayés.

Retrouvez l’interview complète de Michel Francard ci-dessous.

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