Mémoires vives (7/13) : La vie de Château

Si vous regrettez de ne pas avoir assez questionné vos grands-parents, voici l’occasion de vous rattraper ! A travers une série de reportages, la RTBF vous propose de fouiller les greniers, d’ouvrir les vieux albums, d’explorer la mémoire des anciens à la recherche d’histoires du passé. Des histoires pourtant bien vivantes, racontées par celles et ceux qui sont encore parmi nous et ont pourtant vécu une époque qui semble déjà si lointaine. Quel que soit le thème (la vie de château, les lavoirs, les écoles ménagères, la contrebande, … ),  les reportages dessinent la silhouette de nos ancêtres et, au passage, permettent de mesurer le chemin parcouru. C’est l’occasion de graver notre mémoire collective, de creuser les sillons du 45 tours de notre tradition orale…

Nivezé Farm, c’est un domaine énorme, un château avec, comme il se doit, plusieurs ailes, des tourelles, des dépendances, et un grand porche où l’on imagine encore arriver des calèches, ou des voitures anciennes. Il a aujourd’hui perdu de sa magnificence mais il suffit de se laisser bercer par le récit de Nicole Parmentier pour qu’il retrouve sa splendeur. Ses grands –parents sont arrivés ici dans les années 20, son grand-père était chef jardinier. " Il y avait un personnel important : le chauffeur, le valet de pied, la cuisinière, la femme de chambre de Madame, … "

Les domestiques, la vie de château : on se croirait dans la fameuse série  Downton Abbey, avec ces cloches actionnées par les maîtres des lieux, où qu’ils soient dans leur énorme demeure, pour appeler le personnel cantonné à la cave. Le grand-père de Nicole était lui au grand air, et heureux dans cet environnement d’exception. " On pouvait se permettre de faire pas mal de plantation. L’argent n’avait pas d’importance. Il y avait toute une partie réservée pour les fleurs coupées. La deuxième Madame Peltzer avait une pièce réservée pour faire les bouquets, mon grand-père lui apportait les fleurs qu’il avait coupées et Madame aimait beaucoup arranger les fleurs. "

Les fleurs, le Val-Saint-Lambert et les Miss

Il y avait aussi une ferme, qui permettait de subvenir aux besoins des châtelains et de leur personnel, mais c’était avant tout un univers de luxe et de faste. " On organisait des fêtes, que je n’ai pas connues naturellement, précise Nicole Parmentier, c’était bien avant la guerre.Quand il y a eu l’élection de Miss Univers au Casino de Spa, Miss Turquie a gagné. Toutes les miss ont été reçues ici au château, pour une grande réception. Il y a aussi eu des mariages, puisque Monsieur Peltzer a été marié plusieurs fois. Il paraît qu’il y avait un service en Val-Saint-Lambert absolument magnifique. C’était ma grand-mère qui me racontait ça. "

" Monsieur Peltzer ", c’était André Peltzer,  le propriétaire. L’un de ses héritiers, Daniel Peltzer, fait son apparition dans la cours du château. Il a la moustache élégante, même sa canne lui donne du style. Il accueillerait presque Nicole en propriétaire des lieux, même si le château n’est plus dans la famille : " Bienvenue à Nivezé Farm qui fut la maison de mon arrière-grand-père. " La propriété est ensuite passée dans les mains de son grand-oncle. " On a fait des Noël ici. Moi, j’étais petit garçon bien sage. Mon frère aîné a séjourné ici quand il était malade, pour prendre le bon air de Spa. L’oncle André accueillait très gentiment ceux qui en avaient besoin."

Le gris Peltzer

La famille possédait plusieurs châteaux dans la région spadoise, dont un que l’on aperçoit à l’horizon : le Neubois, en brique, à colombage rouge, imposant, magnifique. En 1918, il accueille l’empereur allemand, Guillaume II pendant plusieurs mois. Plus haut, la route s’appelle même avenue Peltzer. " Les Peltzer ont fait leur célébrité dans la laine à Verviers. Ils importaient la laine d’Australie ou d’Amérique du Sud, ils la lavaient, peignaient, filaient, tissaient et puis, au bout de la chaîne, il y avait un magasin à Bruxelles. C’était un magasin de vêtement, où on pouvait faire des costumes sur mesure pour les gamins que nous étions. " Nicole Parmentier se souvient que sa grand-mère pouvait aller 2 fois par an à l’usine de Verviers pour aller choisir des tissus : " elle ne pouvait pas choisir les tissus du " gris Peltzer " parce que c’était réservé à la famille. C’était des tissus à toute épreuve : dans les années 60, on m’a encore fait une jupe avec des tissus qui provenaient des réserves de ma grand-mère ". 

Les draps de billard

Si la laine fait longtemps les beaux jours de la famille Peltzer, à partir des années 50, le secteur connaît de grandes difficultés. " Des industries aussi belles que celle de notre famille se sont retrouvées en concurrence avec plein d’autres, explique Daniel Peltzer, et donc, forcément, elles ont commencé à décliner. " En 1954, André Peltzer vend Nivezé Farm. Tout le monde doit quitter le château. Les grands-parents de Nicole construisent alors, en 3 mois, une maison sur le terrain de leur fils horticulteur. Son grand-père y continuera à s’occuper des plantes.  Les Peltzer ont eux aussi dû s’adapter aux circonstances : " Maintenant, il n’y a plus grand chose comme industrie à Verviers, mais il y a encore le drap de billard Iwan Simonis, qui est mondialement connu. Il appartient à la firme Peltzer et fils. C’est la seule chose qui existe encore au niveau textile dans notre famille. "  

Une idée, une histoire à raconter ? Ecrivez-nous à dava@rtbf.be

Réalisation, prise de son, montage : Daphné Van Ossel 

Montage et mixage : Nicolas Poloczek 

Avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles 

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