Mémoires vives (13/13) : De parfaites épouses d'agriculteurs

Si vous regrettez de ne pas avoir assez questionné vos grands-parents, voici l’occasion de vous rattraper ! A travers une série de reportages, la RTBF vous propose de fouiller les greniers, d’ouvrir les vieux albums, d’explorer la mémoire des anciens à la recherche d’histoires du passé. Des histoires pourtant bien vivantes, racontées par celles et ceux qui sont encore parmi nous et ont pourtant vécu une époque qui semble déjà si lointaine. Quel que soit le thème (la vie de château, les lavoirs, les écoles ménagères, la contrebande, … ),  les reportages dessinent la silhouette de nos ancêtres et, au passage, permettent de mesurer le chemin parcouru. C’est l’occasion de graver notre mémoire collective, de creuser les sillons du 45 tours de notre tradition orale…

Le bâtiment, imposant, domine encore des champs. C’est l’Institut de la Sainte-Famille, à Virton, autrefois " école ménagère agricole ". A l’intérieur, les odeurs des salles de classe et le craquement des planchers font doucement remonter les souvenirs. Paulette Flamant, Josiane Henriquet, et Nicole Wanlin ont entre 68 et 78 ans. Dans les années 50 et 60, elles ont passé de nombreuses années dans ce pensionnat qu’elles redécouvrent aujourd’hui. Sœur Marie-Noëlle (80 ans) a organisé la visite. Elle a été élève, enseignante puis directrice des lieux. Elle en connaît l’histoire par cœur : " A la fin du 19esiècle, le collège d’ici à côté a créé une section d’agriculture. Et, comme la mixité était loin d’exister, le fondateur de cette école a demandé qu’on crée une école ménagère agricole pour les jeunes filles. La région étant essentiellement agricole, elles étaient appelées à seconder leur maris dans les travaux. " Sœur Marie-Noëlle présente la liste des cours d’alors. L‘énumération est éloquente : religion et morale, arithmétique, les aliments et leur préparation, l’ameublement, tenue de la maison, (…), les vêtements et leur entretien, histoire naturelle, notions sur le climat, les engrais, (…) soins à donner aux veaux, aux porcs, la basse-cour, la laiterie , principes de développement corporel des enfants, hygiène de l’homme... Rien ne dit ce que recouvre la notion d’ " hygiène de l’homme "… Mais le but est bien de transformer les jeunes élèves en de parfaites épouses d’agriculteurs.

Au fil des années, l’école va évoluer, bien sûr, mais quand on entend les raisons pour lesquelles les parents de Nicole Wanlin l’y placent, à ses 12 ans, en 1952, on sent bien que l’esprit des origines est toujours là, quelque part. " Je voulais être infirmière, explique-t-elle, mais mes parents refusaient. Ils disaient qu’une femme devait avant tout savoir tenir son ménage et avoir de l’instruction. "

Dans les années 50 et 60, l’école est encore bien une école MENAGERE agricole. Les anciennes élèves se souviennent qu’en plus des cours de sciences ou de français, elles avaient aussi des cours d’entretien de l’habitation, de couture, et même de lessive et de repassage. Monique et Nicole rappellent que l’examen, pour ce dernier cours, consistait à repasser parfaitement une chemise d’homme ! Il y a aussi, évidemment, le cours de cuisine. En voyant une vieille carte postale de l’école, Nicole se remémore : " J’ai travaillé dans cette cuisine où chaque élève avait son bloc individuel avec sa cuisinière, son évier et tout son plan de travail. " Une parfaite femme au foyer doit aussi pouvoir s’occuper des enfants, des cours de puériculture venaient donc compléter cette formation.

Dans une aile du bâtiment, il y avait aussi une ferme. Car s’il s’agissait d’une école ménagère, c’était aussi, on l’a souligné, une école AGRICOLE. Paulette, aimait beaucoup apprendre à tailler un arbuste, repiquer une plante, ou biner la terre. Mais cela évoque aussi des souvenirs moins plaisants chez les anciennes élèves : " J’ai dû traire une vache et tuer des poules. Couper la tête d’une poule avec une hache, et voir le corps qui se sauve et court sans tête. 

Une idée, une histoire à raconter ? Ecrivez-nous à dava@rtbf.be

Réalisation, prise de son, montage : Daphné Van Ossel 

Montage et mixage : Nicolas Poloczek 

Avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles 

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