Mémoires vives (12/13) : "Monsieur le Maître"

Si vous regrettez de ne pas avoir assez questionné vos grands-parents, voici l’occasion de vous rattraper ! A travers une série de reportages, la RTBF vous propose de fouiller les greniers, d’ouvrir les vieux albums, d’explorer la mémoire des anciens à la recherche d’histoires du passé. Des histoires pourtant bien vivantes, racontées par celles et ceux qui sont encore parmi nous et ont pourtant vécu une époque qui semble déjà si lointaine. Quel que soit le thème (la vie de château, les lavoirs, les écoles ménagères, la contrebande, … ),  les reportages dessinent la silhouette de nos ancêtres et, au passage, permettent de mesurer le chemin parcouru. C’est l’occasion de graver notre mémoire collective, de creuser les sillons du 45 tours de notre tradition orale…

En 1975, la RTBF tourne un reportage sur la vie d’un petit village ardennais, vue par les enfants. On y découvre l’école de Framont et son professeur Monsieur Toussaint, dit " Monsieur le Maître ". Parmi la vingtaine d’élèves de la classe, il y a José, et Edith.  Quarante ans plus tard, nous les avons retrouvés, ainsi que l’instituteur Louis Toussaint, désormais à la retraite, mais qu’on appelle toujours " Monsieur le Maître ".

L’école existe toujours aujourd’hui. Monsieur Toussaint y a travaillé durant 36 ans. "J’y ai aussi habité pendant 10 ans, précise-t-il. A ce moment-là, le logement était compris dans le métier, on ne se posait pas la question. On était instituteur, on logeait dans le logement de l’école, comme le curé au presbytère. "

A l’époque, avec le curé et le bourgmestre, " Monsieur le Maître " fait partie de la sainte trinité du village. Il n’y a qu’un seul instituteur car il n’y a qu’une seule classe, qui mélange tous les âges. " C’était une classe unique, raconte Louis Toussaint. Ca demandait beaucoup d’organisation, il fallait bien prévoir la veille ce que chaque élève allait faire, selon son niveau. Ca demandait beaucoup de travail, d’autant que j’étais vraiment seul. Dans les quelques classes uniques qui existent encore aujourd’hui, ils ont tout de même l’aide d’un professeur d’éducation physique, de langues ou de religion. " Les photocopieuses n’existaient pas encore, il fallait donc aussi arriver en classe bien à l’avance pour tout écrire au tableau avant que les élèves n’arrivent. 

Ce sont les cours hors les murs qui ont le plus marqué José Wavreille et Edith Jourdan. Dans le reportage de 75, on voit Monsieur Toussaint et ses élèves le long d’un ruisseau, parler confluent, sens du courant, débit. Il se souvient : " Au début de ma carrière, on travaillait par thème. On choisissait un thème et toutes les leçons tournaient autour. Par exemple, en septembre, au moment où on arrachait les pommes de terre, on allait sur le terrain et on mesurait le champ, on parlait poids brut, poids net. Et puis, au cours d’histoire, on se demandait depuis quand on cultivait la pomme de terre chez nous,… Ca revient actuellement avec la pédagogie par projet. C’est beaucoup plus concret. " Les filles avaient un cour de plus que les garçons : le cours de couture. La petite fille qu’était Edith Jourdan n’y voyait aucune discrimination : " Comme c’était dans l’éducation générale, je ne l’ai pas vécu comme une différence. C’était instauré depuis des années, c’était naturel. " 

Côté discipline, ça ne rigolait pas, avec " Monsieur le Maître ". José Wavreille en a encore un souvenir très vivace : " Je me souviens d’un gamin qui s’était fait empoigner par les cheveux. J’en ai encore l’image. Cette fois-là, ça avait été un peu violent. Mais, entendons-nous, je pense que c’était de l’autorité positive, pour nous inculquer de bonnes choses et faire de nous ce qu’on est devenus. " Edith Jourdan, elle, insiste sur le contexte de l’époque : " Il y avait des petites tapes qui se perdaient de temps en temps. Mais c’était normal à ce moment-là. D’ailleurs, quand il y avait une punition, les parents soutenaient la décision de l’instituteur. " " Aujourd’hui, les parents ont plutôt tendance à exiger le retrait d’une punition, ajoute Louis Toussaint.  

Les enfants étaient sans doute moins choyés qu’aujourd’hui. Après l’école, José comme Edith devaient travailler à la ferme. "Après l’école mais aussi pendant les vacances d’été, explique José Wavreille. Lors de la fenaison, on devait récolter des petits ballots. Ca demandait beaucoup de main d’œuvre. En forçant un peu le trait, on peut dire que la taille de l’exploitation familiale dépendait du nombre d’enfants. Moi, en l’occurrence, j’en ai de très bons souvenirs. C’est une belle école de la vie. " Edith, elle, aidait sa mère à faire du beurre. Elle ne l’a pas vécu comme une obligation : " On était contents de participer à quelque chose. " En fait, rien ne vient entacher la photo de classe de ces années 70 désormais bien révolues…

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Réalisation, prise de son, montage : Daphné Van Ossel 

Montage et mixage : Nicolas Poloczek 

Avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles 

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