MédiaTIC : Censure sans frontière

Bureau du New York Times
Bureau du New York Times - © Belga

L'actualité des médias et des nouvelles technologies avec Alain Gerlache.

Les attaques informatiques à répétition qui ont visé le New York Times ces derniers mois démontrent qu’aujourd’hui la liberté de presse fait face à de nouvelles menaces.

Oui. Ces attaques provenaient de Chine. Elles faisaient suite à la publication de révélations sur la fortune de l’entourage du Premier ministre chinois Wen Jiabao, évaluée à 2 milliards 700 millions de dollars. Du coup, les journalistes du New York Times n’avaient pas été autorisés à couvrir le dernier Congrès du Parti communiste chinois. Et la version chinoise du site du journal avait été bloquée. Selon des quotidiens de Hong Kong, le pouvoir a déclenché une vaste enquête interne pour tenter démasquer les informateurs.

Le New York Times soupçonne que c’est aussi ce que cherchaient les auteurs des tentatives d’intrusion dans son système informatique. Elles ont notamment visé l’ordinateur du Chef du bureau du journal à Shanghai. C’est lui qui avait rédigé les articles. Les attaques ont duré 4 mois. Elles commençaient généralement à 8 heures du matin heure de Pékin. Des ordinateurs et les mots de passe de journalistes ont été hackés. La technique utilisée, le harponnage, est connue comme une des méthodes favorites de l’armée chinoise.

La Chine a réagi à cette mise en cause ?

Oui. Le ministre chinois de la Défense a vu dans ces accusations " sans fondement " la preuve que ce journal " n’est pas professionnel ".

Quoi qu’il en soit, ça démontre que la censure est entrée dans l’ère numérique. Et ce n’est pas sans conséquence.

C’est clair. A domicile, un régime autoritaire peut bien sûr continuer à utiliser les bonnes vieilles méthodes : saisies des exemplaires, fermeture du journal, emprisonnement voire " disparition " des journalistes.

Avec le numérique, il devient même possible de s’en prendre à des médias étrangers. Et pas seulement en bloquant leur site. Ces tentatives d’identification des auteurs de fuites ont évidemment pour but de les faire taire. Mais aussi de dissuader tous ceux qui seraient tenté d’informer des journalistes venant de pays où le secret des sources est pourtant reconnu. Résultat : plus d’informateurs, plus d’infos. Une forme de censure subtile et efficace.

La sécurité des informations est donc un nouveau défi que les médias ne doivent pas sous-estimer. Quant aux journalistes, ils peuvent méditer la mésaventure arrivée il y a quelques mois à Mat Honan du magazine américain Wire. Toutes ses données numériques, boîtes de messagerie, comptes sur les réseaux sociaux, tout a été effacé en moins d’une heure par des hackers. Il le reconnaît lui-même : "Avant, quand j’avais le choix entre la simplicité d’utilisation et la sécurité, je choisissais la simplicité. Ma vie numérique est anéantie et c’est de ma faute."

Pour aller plus loin : Journaliste à l’ère numérique: un rappel salutaire, par Prashant RAO, directeur du bureau de l'AFP à Bagdad sur l’excellent blog Making-of / les coulisses de l'info. (Via Nicolas Becquet )

@AlainGerlache #médiaTIC

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK