Matin Première : manifestation contre l'austérité

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Retranscription

L'invité du 7-9              Et on va passer à l'actualité du jour, la manifestation annoncée aujourd'hui à Bruxelles.

Claude Rolin pour la CSC et Anne Demelenne pour la FGTB, ce sont nos invités ce matin, Bertrand Henne.

 

BH             : - Oui et l'accord est bouclé, vous le savez, la négociation est donc terminée, on peut donc se demander ce que va changer cette manifestation. Anne Demelenne, on commence par vous, bonjour, ça va changer quoi, qu'est-ce que vous en espérez ?

 

AD             : - Bonjour. Mais vous savez, nous sommes encore, nous l'espérons, dans une démocratie. Ca veut dire, quand vous me demandez, est-ce qu'on peut encore faire bouger les choses, bien entendu, nous y croyons fermement. Alors, nous leur avions dit que nous avions des alternatives par rapport à l'austérité, qu'il ne fallait pas se tromper de cible. Or, que constatons-nous dans cet accord, du moins pour ce que nous en savons parce que les informations ne sont pas encore tout à fait complètes, nous constatons que les vrais responsables de la crise, c'est-à-dire les banques, c'est-à-dire la finance, n'est absolument pas mis à contribution, si, il y a,

 

BH             : - On ne vous a pas écoutés ?

 

AD             : - Mais, je vais expliquer pourquoi nous disons qu'on ne nous a pas écoutés, donc les banques ne sont pas mises à contribution, elles ne sont pas régulées non plus, donc ça veut dire que toute la pression que nous avons eue ces dernières années, tout ce chaos qu'a provoqué la finance, eh bien, ça risque de continuer. On le voit. On a dû sauver Dexia dernièrement, quelle autre banque va-t-on encore devoir sauver ? Combien de moyens va-t-on devoir encore consacrer à ce secteur qui continue à faire tout et n'importe quoi ? Autre chose, il y a des reculs sociaux qui sont totalement injustifiés, que ce soit pour les jeunes, que ce soit par rapport aux plus de 50 ans, par rapport aux fins de carrière, c'est-à-dire la mise à mal de nos prépensions. Et donc on demande des efforts qui sont injustifiés à certains, à ceux qui sont les victimes ; par contre au niveau des employeurs qui reçoivent 15 milliards de cadeaux fiscaux chaque année, il n'y a pas de contraintes, on ne demande rien. Et la fiscalité reste beaucoup, beaucoup trop favorable pour les multinationales au niveau des intérêts notionnels mais aussi pour les plus fortunés et les revenus du travail continuent  être mis sous contribution, sous pression au niveau fiscal, ça, nous ne l'admettons pas.

 

BH             : - Claude Rolin, sur le message, sur le constat et sur le fait que vous aviez déjà envoyé un message, on se souvient, au Heysel, où vous étiez près de 6.000, avec la FGTB et la CGSLB, on ne vous a pas entendus ?

 

CR              : - Manifestement, non, nous n'avons pas été entendus, pourtant le message était très, très clair. Ce que nous voulions, c'est un Gouvernement le plus rapidement possible, un Gouvernement qui mette l'emploi au coeur de ses priorités, nous étions conscients et nous sommes toujours conscients qu'il faut un assainissement et pas n'importe quel assainissement. Ce que nous voulons, c'est un assainissement qui soit économiquement intelligent mais surtout socialement juste. Le constat qu'on fait aujourd'hui, c'est qu'il n'est pas socialement juste ; il n'est pas équilibré. Sans toucher aux travers de ce budget, celles et ceux qui sont les victimes de la crise, les premières victimes de la crise, dans laquelle, on est, sont touchés celles et ceux qui sont au chômage, ce n'est pas en augmentant la dégressivité des allocations de chômage qu'on va créer de l'emploi. On touche à l'adaptation des allocations sociales au bien être, c'est-à-dire des faibles allocations qui rattrapent en quelque sorte un tout petit peu l'évolution des autres revenus, on va empêcher que ce soit possible donc on va mettre les gens dans des situations de pauvreté et plus terrible en quelque sorte, c'est que dans les faits, derrière ce budget, c'est un nouveau pacte des générations qui se dessine, avec une mise en cause,

 

BH             : - Qui va encore plus loin ?

 

CR              : - Certainement, un pacte de générations, qui va rendre pour toute une série de travailleurs, l'accès à la prépension, impossible, alors que l'enjeu, c'est effectivement de permettre aux gens de travailler plus longtemps mais pour ça, il faut travailler sur l'amélioration des conditions de travail, sur les transitions dans la vie professionnelle, on n'a aucune réponse en la matière.

 

BH             : - Voilà pour les constats donc sur l'accord de Gouvernement sur votre marge de manoeuvre réelle, vous n'allez pas faire tomber le Gouvernement et qu'est-ce qu'on peut encore négocier, les arrêtés d'exécution, est-ce que c'est vraiment à la marge, est-ce que vous pensez que vous pouvez vraiment encore influencer la manière dont va se faire la politique en Belgique,

 

CR              : - Les négociateurs, les formateurs ont été attentifs à ce que disait le marché, ils ont entendu en quelque sorte la voix du marché.

 

BH             : - On a vu que l'avertissement de Standard & Poors avait été entendu ?

 

CR              : - Il est important qu'ils entendent la voix des travailleurs salariés, la voix des allocataires sociaux et je pense que c'est une démarche assez normale. Ce qui est un peu bizarre aujourd'hui, c'est qu'on a un budget, un accord sur un budget et un Gouvernement qui va seulement se former, la logique, c'est de travailler dans l'autre sens et donc, il est tout à fait normal qu'à partir du moment où il y a un accord sur un budget, il puisse s'ouvrir une négociation avec les partenaires sociaux et puisse s'ouvrir une négociation avec les organisations syndicales pour rééquilibrer cela, pour rendre le budget plus social.

 

BH             : - Il y a encore moyen ?

 

CR              : - Pour rendre le programme du Gouvernement plus social.

 

BH             : - Oui, oui. Anne Demelenne, il y a quelques éditos dans la presse, ce matin, tant au Nord qu'au Sud, qui disent, eh bien l'agenda syndical, il vient un petit peu trop tard, l'accord est bouclé, ça ne servira plus à grand-chose, c'est un peu une soupape pour que la base puisse s'exprimer mais ça ne va pas changer ; sur quoi, est-ce que vous espérez encore peser ?

 

AD             : - Mais vous savez, notre action au niveau syndical, elle, elle se fait dans la durée. N'oubliez pas qu'au niveau de la FGTB, on s'est battu depuis le début de l'année pour continuer à sauver l'index qui était, qui est toujours mis sous pression et quand j'entends en tout cas certaines déclarations de négociateurs mais aussi d'employeurs, je pense que c'est un combat qui, non seulement, nous l'avons remporté là maintenant momentanément mais qui va être aussi, lui, de longue durée. Alors sur quoi pouvons-nous encore peser ? Mon collègue vient de parler de tous les aspects sociaux bien entendu, c'est extrêmement important pour nous. Mais ce qui est aussi important, c'est qu'on puisse enfin dégager des moyens pour une relance économique. Vous savez, en ne prévoyant rien pour une relance économique durable, au contraire, en mettant en péril certains secteurs, moi, je vois qu'il y a des abattements fiscaux qui sont supprimés au niveau de la construction par rapport aux chaudières, isolation, murs, des fenêtres, audit énergétique, ça va non seulement avoir un impact en terme d'emploi chez les verriers, dans la construction, dans les PME. Par contre, on ne va pas faire diminuer la facture énergétique, encourager à cela. C'est mauvais pour l'environnement et c'est mauvais pour le pouvoir d'achat des gens. Donc ce que nous demandons, c'est qu'il puisse y avoir des marges de manoeuvre pour une politique économique, non seulement cela mais aussi qu'il y ait une grande réforme fiscale.

Vous savez, ce n'est plus tolérable en Belgique, que la Belgique soit un paradis fiscal pour les plus fortunés et que ce soit un enfer fiscal pour tous ceux qui travaillent et qui ne parviennent plus à boucler leur fin de mois. Nous voulons qu'il y ait beaucoup moins de taxations des revenus du travail et beaucoup plus de justice fiscale et qu'on fasse contribuer les plus fortunés. Nous n'admettons pas non plus, je parlais de relances économiques, quand je pense qu'on donne des cadeaux tout à fait sans demander aucune contrepartie aux employeurs, des cadeaux de 15 milliards par année, ça, ça devient inacceptable.

 

BH             : - On a revu les intérêts notionnels à la baisse, quand même dans l'accord ?

 

AD             : - On a fait, on a égratigné les intérêts notionnels. Vous savez, sur les intérêts notionnels, au départ, ils étaient en 2005, les ancêtres des intérêts notionnels, les centres de coordination coûtaient 500.000 Euros à la collectivité. Maintenant, c'est plus de 10 fois plus. Alors on vient de limiter les dégâts mais pour nous, c'est le système en tant que tel qui ne va pas. On donne des cadeaux aux multinationales sans avantager les PME, sans créer réellement les conditions pour avoir des investissements de l'emploi, ça, nous ne pouvons plus l'accepter.

 

BH             : - Claude Rolin, on a entendu tout à l'heure avec Anne Demelenne, vous disiez contester l'accord parce qu'il touchait selon vous, les plus faibles, les victimes déjà de la crise, hier, Rudi Thomaes a dit, mais non, les plus touchés, ce sera les cadres supérieurs parce qu'il y a les voitures de société, il y a les dividendes, les stock options qui sont revus et on entend et c'est notamment la une du Standaard ce matin, que la classe moyenne finalement, avec une série de déductions d'impôts dont vous venez aussi de parler, Anne Demelenne, va être touchée, on se dit, tout le monde est touché. Est-ce qu'il n'y a pas quand même une logique à ce que quelque part, tout le monde soit touché ?

 

CR              : - Il n'est pas normal et il n'est pas logique que les plus faibles, que les moins forts soient touchés de la façon dont ils sont touchés. Alors c'est vrai que certains, d'aucuns nous disent, le pouvoir d'achat n'est absolument pas remis en cause. Je pense qu'au travers notamment de coupes linéaires dans les services publics, le pouvoir d'achat des gens des services publics, va être remis en cause. Je pense qu'au travers de mesures sociales ou plutôt à caractère non social, comme les prépensions, c'est en quelque sorte aussi, le pouvoir d'achat des gens, vous savez que le pouvoir d'achat des pensionnés, des prépensionnés, qui va être remis en cause. Je pense enfin que nous n'avons pas toutes nos certitudes par rapport à un dossier comme celui de l'indexation automatique des salaires. C'est clair que c'est un avantage, c'est un élément positif dans l'accord du Gouvernement, c'est que le Gouvernement décide de ne pas toucher au système de l'indexation automatique des salaires. Mais on a malheureusement vu que l'encre de cet accord n'était pas encore sèche pour que certains disent déjà qu'il faille le modifier et on entend aussi la voix des organisations patronales qui disent que c'est tout de suite qu'il faut modifier ce système d'indexation automatique des salaires.

Donc nous avons vraiment là en la matière, des raisons d'avoir des craintes.

 

BH             : - Anne Demelenne, il nous reste une minute, ça fait plus de 30 ans qu'il n'y avait pas eu un Premier ministre Socialiste francophone en l'occurrence. Est-ce que de ça, vous vous en réjouissez ?

 

AD             : - Mais en tout cas, il faut dire qu'Elio Di Rupo a réussi à former un Gouvernement de plein exercice, ce qui,

on l'a tous vu, n'est pas chose aisée dans notre pays. Mais nous avons toujours demandé au niveau syndical à avoir un Gouvernement mais pas pour faire n'importe quoi. Et vous savez, bon, les politiques prennent leurs responsabilités et nous, nous prenons les nôtres.

 

BH             : - Un Premier Socialiste, ce n'est ni bien ni mal ?

 

AD             : - Mais écoutez, à priori, ça pourrait être un plus mais nous verrons sur base des actes. Vous savez, nous

avons toujours dit au niveau syndical, eux, c'est eux ; nous, c'est nous. Nous nous basons sur des actes, pas sur des impressions.

 

BH             : - Claude Rolin, est-ce qu'on doit s'attendre après cette journée-ci, à des journées de grève générale, certains disent déjà qu'on pourrait aller vers des 48 heures, 72 heures de grève générale, Claude Rolin ?

 

CR              : - Ce que nous allons faire après cette journée, nous allons évaluer, nous ferons ensemble, d'ailleurs nous allons faire une évaluation des résultats de cette mobilisation, de voir comment le politique réagit et de voir comment nous allons continuer et en sachant que notre mouvement va continuer à se décliner sur plusieurs terrains d'ailleurs, sur le terrain national, mais il ne faut pas oublier aussi qu'il y a un terrain important qu'est le terrain de l'Europe parce que les réponses à la crise, sont avant tout des réponses qui doivent être données sur le plan européen. Et on le voit un peu partout en Europe, les réponses en terme d'austérité, sont de très mauvaises réponses.

 

BH             : - Merci Claude Rolin, merci Anne Demelenne.

Et on vous retrouve tous les deux à 8:35 heures pour Questions Publiques.

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