Matin Première : grève nationale ce vendredi

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INVITES                        : Anne Demelenne (FGTB)

 

                                           Bernard Noël (CGSLB)

 

 

JOURNALISTE                : Bertrand Henne

 

 

Georges Lauwerijs         : Ils sont deux ce matin, un homme et une femme au coeur de l'actualité, Anne Demelenne, FGTB et Bernard Noël de la CGSLB.

On va faire le point Bertrand Henne, sur les manifestations du jour et les revendications.

 

BH                         : - Oui et la mobilisation qui est déjà importante manifestement, on l'a entendu dans notre trafic info, beaucoup de carrefours qui sont bloqués, les TEC et De Lijn qui sont fortement perturbés, les accès au port d'Anvers qui sont visiblement complètement bloqués également. A 7:45 heures, Anne Demelenne, on va commencer par vous. Est-ce que vous imaginez qu'on peut déjà parler d'une réussite chez vous ?

 

AD                         : - Mais je pense que ce qu'on entend maintenant, montre l'ampleur du mécontentement des travailleurs. Pendant plusieurs années, ils ont vécu une austérité, se sont serré la ceinture et maintenant la colère est là. Malheureusement les employeurs n'ont pas entendu ce que nous leur disions pendant les négociations. Nous avons mis en avant ce mécontentement, ce fait que le fait, le fait que le blocage salarial, en tout cas pour nous, était inacceptable et qu'il fallait, parce qu'il y a des secteurs qui renouent avec les bénéfices, il fallait pouvoir donner une part des gains de productivité, qui sont engendrés dans les entreprises, qu'il fallait un retour pour les travailleurs. Ils n'ont pas voulu l'entendre et veulent brider la liberté de négociations dans les secteurs. Ca, c'est inacceptable.

 

BH                         : - Bernard Noël, vous êtes Secrétaire national du syndicat libéral, la CGSLB, à cette heure-ci, à 7:48 heures, vous imaginez déjà que c'est une réussite cette journée de mobilisation pour vous ?

 

BN                         : - Mais c'est incontestablement un mouvement très, très important. Nous n'avions pas, en ce qui nous concerne, appelé véritablement à une grève générale dans l'ensemble du pays mais on s'attendait et nous souhaitions effectivement une forte mobilisation, ceci étant et un conflit collectif, ce n'est pas une réussite, c'est malheureusement le signe d'un tout, tout gros problème, un gros problème qui, comme l'a dit Anne Demelenne, est dû au fait que les employeurs n'ont pas reçu ce message de la part de gens qui s'attendaient quand même à mieux, vu la reprise économique;

 

BH                         : - Et un problème dont on ne voit pas tellement la solution, hier, le Gouvernement, enfin, les partis du Gouvernement et en particulier le PS, ont redit qu'on ne changerait plus rien à l'accord interprofessionnel, Anne Demelenne, pourquoi est-ce qu'il y a finalement mobilisation aujourd'hui puisque manifestement le Gouvernement va rester inflexible ?

 

AD                         : - Mais le dossier n'est pas clôturé, loin de là ; tout d'abord, il faut savoir que ignorer ce que 52% de l'ensemble des travailleurs de ce pays, ont

exprimé, pour moi, c'est une erreur. C'est une erreur parce qu'il est clair qu'ils ont dit qu'ils ne voulaient pas de blocage salarial. Ils ont dit que la protection sociale devait être renforcée, en particulier contre le licenciement sans pour cela enlever quoi que ce soit aux employés.

 

BH                         : - Oui, vous en voulez au PS de ne pas suffisamment se battre au sein du Gouvernement ?

 

AD                         : - Je pense que le PS s'est battu au sein du Gouvernement pour notamment mettre en place toute une série d'avancées sur l'augmentation desz allocations sociales et il faut le souligner.

 

BH                         : - Mais ce n'est pas suffisant ?

 

AD                         : - Mais ce n'est pas suffisant.

 

BH                         : - Bernard Noël, c'est quoi maintenant, l'influence que vous pouvez avoir sur le processus ; c'est au niveau parlementaire, c'est ça ?

 

BN                         : - Mais il y a évidemment le débat parlementaire et puis il y a toute une série d'autres échéances, à bref délai. Nous allons évidemment devoir évaluer ce qu'a donné cette journée, voir quelles sont les nouvelles données qui peuvent éventuellement venir sur la table parce qu'on peut quand même percevoir une inquiétude dans les milieux patronaux, aussi du côté du Gouvernement. Nous espérons qu'on trouvera les voies qui permettront de revenir à un climat meilleur.

 

BH                         : - Oui, qu'est-ce que vous attendez ? Je vais répéter la question, sur le Parlement ? Des amendements précis ? Qu'est-ce qui pourrait vraiment débloquer la chose sur l'accord interprofessionnel, Anne Demelenne ?

 

AD                         : - Nous avons des demandes très précises. Tout d'abord, la liberté de négociations. Deuxièmement, le fait d'avoir entendu notre appel pour des augmentations du salaire minimum interprofessionnel, bon, OK, ça a été entendu mais c'est beaucoup trop peu, 10 Euros, et en plus, c'est sur le dos de la collectivité. Nous, ce que nous voulons, les employeurs doivent contribuer à cela. Et puis comme je l'ai dit, il y a cette protection sociale contre le licenciement qu'il faut renforcer. Mais au-delà de tout cela, il y a aussi la défense de l'index. Quand on entend à l'heure actuelle,

 

BH                         : - Le Gouvernement a dit qu'il ne toucherait pas à l'index, il y a eu une sorte de garantie gouvernementale ?

 

AD                         : - Il y a eu une garantie gouvernementale mais au-delà de la volonté gouvernementale, il y a les faits et il y a ce qu'on entend. Ce qu'on entend du côté des employeurs, ce qu'on entend du côté de l'Europe ; n'oublions pas que Monsieur Van Rompuy a écrit une Note en préparation des Sommets du 11 mars et des 24 et 25 mars prochains. Ce Sommet va devoir à un moment donné, trancher sur l'indexation automatique des salaires. Vous savez, si on supprime l'index au niveau des salaires en Belgique, c'est 3% de pouvoir d'achat, par année, en moins. Ca, évidemment, c'est considérable. C'est un sujet qui est extrêmement sensible et qui vient s'ajouter aussi à tous les sujets institutionnels. N'oublions pas que le Gouvernement a aussi une responsabilité, je parle des politiques au sens large, par rapport,

 

BH                         : - Dans la longueur de la crise, oui ?

 

AD                         : - De la longueur de la crise mais aussi par rapport au maintien de notre système de Sécurité sociale qui nous a bien aidés à traverser la crise financière que nous avons connue.

 

BH                        : - Bernard Noël, là-dessus, Herman Van Rompuy dit, il faut améliorer le système d'index et ça fait peur à tout le monde ; c'est paradoxal ?

 

BN                         : - Mais il y a certainement, cela a été dit également par la Banque Nationale, le fait qu'il y a des mécanismes qui contribuent à rendre parfois effectivement problématique, la question de l'indexation des salaires, les hausses absolument désordonnées qu'on constate notamment dans le secteur de l'énergie, l'augmentation,

 

BH                         : - L'inflation,

 

BN                         : - Là, ce sont manifestement des choses qui posent problème, ce n'est pas le système d'indexation en lui-même des salaires qui pose problème.

 

BH                         : - Oui, mais c'est parce qu'on a l'impression que parfois, on a peur du débat ?

 

BN                         : - Non, on n'a pas peur du débat et je suis content d'ailleurs même s'il y a des craintes de notre part par rapport à ce que ferait l'Europe en définitive, il y a quelques jours, le Commissaire européen, Olli Rehn, qui avait été briefé par Guy Verhofstadt, a dû se rendre à l'évidence et constaté que le système d'indexation des salaires tel qu'il existe en Belgique, est un bon système. Donc on est inquiet mais finalement les gens commencent peut-être à comprendre.

 

BH                         : - Oui et alors c'est notre collègue Vincent Slit(?) qui dit oui, il y a une vague menace, lui parle d'une vague menace sur l'index et alors, il dit ceci, son éditorial dans La Libre Belgique est assez rude, au départ, une revendication floue et d'une menace très virtuelle, il parle de l'index, les syndicats ont décidé de sortir l'artillerie lourde, "cette grévitude idéologique" mine le moral des entrepreneurs, voilà ce qu'il dit.

 

AD                         : - Deux choses par rapport à cela ; tout d'abord, les menaces par rapport à l'index, malheureusement, sont bien réelles. Et il faut s'attaquer aux causes de l'inflation et non pas à ce qui contribue tout simplement à accompagner l'augmentation du coût de la vie. Mais en Belgique, nous avons un problème réel par rapport aux autres pays. On sait que l'augmentation des produits énergétiques et des matières premières, des produits alimentaires, a été de + 15% en Belgique. En Allemagne, à titre d'exemple, c'est 8,7% d'augmentation et en France, 10%.

 

BH                         : - Oui, les détracteurs disent que c'est à cause de l'index indirectement ?

 

AD                         : - Nous avons, non, non, nous avons directement un problème en Belgique par rapport à ça. Il y a des solutions. Les solutions, c'est par exemple, de contrôler davantage les prix de l'énergie pour voir si les modifications des prix sont justifiées. Moi, quand je vois qu'on va augmenter de 20 à 40 Euros, la facture d'Electrabel en prévision de toute une série d'augmentations, c'est quand même inquiétant. C'est le consommateur qui en fait les frais. Ca ne peut pas être le cas. Nous voulons aussi une facturation beaucoup plus transparente. Et puis je pense qu'il y a des bénéfices qui ont été réalisés au niveau des centrales nucléaires qui sont amorties et payés par les consommateurs belges, il doit y avoir un retour pour les consommateurs. Quant au moral des entrepreneurs, il faut savoir que ce ne sont pas tellement les salaires qui leur posent problème mais bien le coût des prix énergétiques et des prix des matières premières.

 

BH                         : - Bernard Noël, il y a une vraie menace sur l'index selon vous dans les prochaines semaines, dans les prochains jours, au niveau européen, on risque vraiment de toucher à l'augmentation des salaires des Belges ?

 

BN                         : - Mais il est certain que ce débat sur l'index n'est probablement pas terminé et il est absolument clair, après le sortie du couple Sarkozy-Merkel, qu'on peut effectivement être inquiet. La manière dont Van Rompuy a réagi à cette chose, est une version quelque peu amoindrie mais nous n'avons certainement pas nos apaisements. Et nous espérons en tout cas que le Gouvernement belge qui a eu le courage de dire rapidement, nous défendrons notre système d'indexation, eh bien, soit ferme, absolument ferme sur ce dossier et qu'on ne baisse pas pavillon ni dans les prochaines semaines, ni dans les prochains mois, ni dans les prochaines années.

 

BH                         : - Il nous reste une grosse minute, Anne Demelenne, là-dessus, vous allez pouvoir réagir et je voudrais juste introduire encore cette info, selon les calculs du PTB, Parti du Travail de Belgique, c'était aussi dans La Libre Belgique ce matin, il y a une marge d'augmentation salariale de 3 à 5%, ils ont un petit peu calculé la différence entre l'augmentation des salaires et celui du bénéfice des entreprises. Ils estiment qu'il y a une vraie marge des augmentations salariales. Vous êtes d'accord avec ça ?

 

AD                         : - Mais il y a clairement des secteurs qui sont en train de renouer avec les bénéfices ; trois exemples, l'industrie alimentaire, l'industrie chimique, la métallurgie, ils ont des chiffres d'affaires d'avant la crise, avec des bénéfices qui sont assez importants. Là, il y a des marges de négociations, on doit nous laisser cette liberté de négociations. On doit nous laisser cette liberté de négociations.

 

BH                         : - 3 à 5% de marge salariale selon le PTB, vous êtes d'accord ?

 

BN                         ; - Il est certain qu'il y a des secteurs et des entreprises dans lesquelles, ça existe, c'est un peu la même situation qu'en Allemagne, c'est un  patchwork, finalement l'économie, mais nous devons être raisonnable, il y a des secteurs où nous savons que cette marge n'existe pas et cela, il faut pouvoir faire confiance aux partenaires sociaux pour négocier librement.

 

Georges Lauwerijs : Anne Demelenne de la FGTB, Bernard Noël de la CGSLB, sont nos invités ce matin. Posez-leur vos questions au 070/22 37 37.

Ils répondront tout à l'heure en direct à 8:35 heures.

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