Matin Première : Grèce et Europe au bord du gouffre?

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G.Lauwerijs : -  La Grèce a-t-elle encore sa place en Europe ? Le couple franco-allemand va-t-il tenir ?

 

Voici deux thèmes à débat, avec vos invités, Bertrand Henne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BH                             : - Oui, deux invités ce matin, Jorgo Chatzimarkakis, Euro Député Allemand du Groupe Libéral donc au sein du Parlement Européen et puis Marianne Dony, Présidente de l'Institut d'Etudes Européennes, bonjour, Marianne Dony.

 

 

 

 

MD                             : - Bonjour.

 

 

 

 

BH                             : - D'abord votre commentaire sur la situation, deux événements importants hier, un nouveau ¤0 ]] C1.5 G 0 [[

 

 

 

 

couple franco-allemand qui a fait son entrée sur la scène européenne et puis évidemment l'annonce de nouvelles élections en Grèce. Vous êtes une spécialiste de la construction européenne, est-ce que ça vous a inquiétée, l'annonce de ce scrutin et on sait qu'il pourrait ouvrir une page, peut-être pas de chaos mais en tout cas à tout le moins assez chahutée en fonction donc du résultat de ce scrutin, on pourrait aller vers une sortie de l'Euro, tout le monde en parle, est-ce que vous vous en inquiétez ?

 

 

 

 

MD                             : - Je m'inquiète effectivement de l'annonce des élections en Grèce et de l'échec des négociations, bien plus que de l'élection de François Hollande comme Président de la République Française parce qu'en  effet, la situation grecque est une situation extrêmement compliquée et qui risque d'avoir un effet de contagion sur l'ensemble de la Zone Euro, qui interpelle par rapport à l'avenir de la construction européenne, elle-même.

 

 

 

 

BH                             : - La sortie de la Grèce de la Zone Euro, depuis les élections, on en parle beaucoup,  c'est à la une de beaucoup de journaux, ça redevient une hypothèse parmi d'autres, c'est possible pour vous ou c'est de la politique-fiction, c'est trop compliqué ?

 

 

 

 

MD                             : - C'est extrêmement compliqué, je ne dirais pas que c'est impossible, ce qui pour moi, est absolument juridiquement impossible, ce serait une exclusion de la Grèce de la Zone Euro, que les autres Etats disent à la Grèce, écoutez, on ne peut plus de vous, vous ne méritez plus d'être dans la Zone Euro, ça, pour moi, c'est totalement impossible dans l'état des textes actuels. Par contre, si effectivement à l'issue des nouvelles élections en Grèce, un mouvement massif devait se dessiner en Grèce, demandant à pouvoir sortir de la Zone Euro, là je pense qu'il faudrait négocier et il faudrait trouver une solution et on peut pas obliger un Etat à rester quelque part où il ne veut absolument pas rester, c'est le respect de la démocratie. Une exclusion par contre comme on a pu voir dans certains journaux notamment allemands, en disant, on n'en veut plus, ça, c'est quelque chose qui est impossible.

 

 

 

 

BH                             : - On va rejoindre notre invité par téléphone, Jorgo Chatzimarkakis, bonjour.

 

 

 

 

JCH                           : - Bonjour.

 

 

 

 

BH                             : - Vous êtes donc Euro Député Libéral Allemand né à Duisbourg et on l'entend à votre nom, d'origine d'ascendance grecque. Alors votre perception sur ce retour aux urnes en Grèce, est-ce que vous, vous craignez que la Grèce sorte de la Zone Euro, à terme ?

 

 

 

 

JCH                           : - C'est aux Grecs de décider sur cette question, je crois que Madame a tout à fait raison, c'est pas possible de forcer la Grèce de quitter la Communauté Européenne ou l'Euro Zone mais maintenant, les élections du 17 juin, auront la possibilité comme un référendum, de dire "oui" ou "non" à l'Euro. Il n'y a pas des groupes qui disent, on veut quitter l'Euro Zone. Il y a des petits partis mais la plupart des Grecs veulent rester, 80% veulent rester dans la Zone Euro mais la plupart ne veulent plus l'austérité. Et c'est très, très difficile de faire les deux choses et c'est pour ça que maintenant, ça semble qu'il y a une grande liste pro-européenne qui se forme et il y a des autres partis qui sont absolument contre les mesures de la Troika et là, c'est comme un référendum.

 

 

 

 

BH                             : - Est-ce que, Marianne Dony, je reviens vers vous, ce qui risque de se passer en Grèce dans le mois qui vient, puisque les élections vont avoir lieu dans le mois qui vient, c'est une sorte de référendum contre ou pour l'Euro, ça peut devenir ça ?

 

 

 

 

MD                             : - C'est peut-être bien, je suis assez bien d'accord avec le Député, ce n'est peut-être pas pour ou contre l'Euro en tant que telle parce qu'effectivement l'immense majorité des Grecs souhaitent rester dans la Zone Euro mais c'est plutôt pour ou contre les programmes d'austérité exceptionnels qui ont été imposés à la Grèce et donc toute la difficulté va être de trouver le moyen d'un petit peu adoucir la situation de la Grèce tout en continuant à avoir les réformes structurelles qui sont totalement indispensables mais je crois qu'on n'a pas assez conscience de l'effort énorme qui a déjà été fait par la Grèce et qui peut-être du point de vue des Grecs, n'a pas été assez pris en compte par les autres et on punit peut-être trop la Grèce, il y a peut-être trop un sentiment d'être puni qui s'est regretté dans ces élections.

 

 

 

 

BH                             : - Jorgo Chatzimarkakis, est-ce qu'il faut que l'Union Européenne, enfin on va être précis, la Commission Européenne, le FMI, la Zone Euro, changent de discours par rapport à la Grèce et acceptent de renégocier le plan de sauvetage de la Grèce. Est-ce qu'aujourd'hui, tous les partenaires prennent bien conscience de ce qui se passe en Grèce et changent leurs discours ?

 

 

 

 

JCH                          : - Alors le mot "renégocier", c'est un peu tabou, on ne parle pas de ça et je crois que ça ouvre la porte à beaucoup de choses qu'on ne veut pas en Europe, au Parlement Européen, au Conseil, etc. Mais il faut ouvrir les yeux sur la situation sociale en Grèce ; il y a un chômage de 22%, il y a un demi-million de Grecs sans salaire, sans rien et ça, c'est trop, ça ressemble beaucoup à la situation de la démocratie de Weimar en Allemagne et on sait très bien historiquement, ça sert, oui, à l'extrême politique, on ne veut pas ça en Europe, c'est-à-dire adoucir, oui, renégocier, non. Et ça, c'est très difficile à aboutir mais c'est aux politiciens européens maintenant de communiquer cela, Monsieur Hollande était hier à Berlin, pour discuter cela. Je crois que le couple franco-allemand, toujours était en équilibre parce que la France représentait, l'Allemagne représentait le Nord, Monsieur Sarkozy a changé ça, il a représenté aussi le Nord un peu plus qu'il faut et c'est pour ça que maintenant, avec Hollande, je crois qu'il y a un équilibre et je crois que cet équilibre est important pour trouver une mesure, pour trouver une formule, pas renégocier mais adoucir.

 

 

 

 

BH                             : - Oui, Marianne Dony, ce nouveau couple franco-allemand investi hier, on peut le dire, après la prise de pouvoir de François Hollande, il a tout de suite été voir Angela Merkel, est-ce que cette nouvelle donne, c'est peut-être l'espoir pour la Grèce, c'est que, avec cette nouvelle donne-là, on va pouvoir repartir sur de nouvelles bases et si pas "renégocier" en tout cas quand même adoucir le plan, peut-être l'étaler ?

 

 

 

 

MD                             : - Je pense qu'effectivement l'arrivée de François Hollande est une chance, quelque part pour l'Union Européenne parce que l'arrivée d'un nouveau Président en France, est toujours un événement extrêmement important surtout qu'on voit qu'on ne va se situer dans une stricte continuité. Et je partage assez bien cette analyse de dire que la France et l'Allemagne étant partenaires mais strictement sur la même longueur d'onde, c'est une chance pour l'Europe parce que ça permet d'introduire un plus grand dialogue au sein de l'Europe et ce qui a peut-être été un problème pendant la période Merkozy, comme on l'a appelée, il y avait peut-être trop de suivisme du Président français par rapport à la position allemande tandis qu'une position peut-être un peu moins suiviste obligera l'Allemagne à avoir, à peut-être plus tenir compte de l'opinion des autres et aussi quand même très favorable à mon sens, c'est que tant François Hollande que Angela Merkel, sont plus des partisans de la méthode communautaire, de la méthode supra nationale, tandis que Nicolas Sarkozy, privilégiait tout de même très fort la méthode intergouvernementale.

 

 

 

 

BH                             : - Jorgo Chatzimarkakis, je le disais, vous êtes Euro Député Allemand, on a souvent tendance peut-être à tort et en caricaturant, à dire, qu'Angela Merkel est inflexible sur les questions de rigueur budgétaire et sur le plan de sauvetage de la Grèce. On avait le magazine Der Spiegel qui avait titré "Acropolis adieu". On a l'impression qu'une bonne partie de l'opinion publique allemande et de la presse allemande, a déjà fait son deuil de la Grèce. Est-ce que c'est le climat qui domine en Allemagne, on pense déjà que la Grèce ne pourra pas se relever et qu'il va falloir s'en séparer ?

 

 

 

 

JCH                          : - Malheureusement, c'était le climat dès le commencement de la crise des Etats, ce n'est pas crise Euro, c'est une crise des dettes d'Etat. Et c'était la Bielte, c'était la Frankfurter Allegemeine, les grands journaux, pas sérieux, l'un, très sérieux, l'autre, qui étaient contre la Grèce mais maintenant, l'atmosphère a changé. On ne menace plus. C'est surtout une atmosphère relaxée parce c'est un mécanisme de sauvetage européen, la contagion n'est pas le grand danger, on pense en Allemagne maintenant, on a déjà calculé les coûts d'une sortie de la Grèce, c'est à peu près 70-80 milliards d'Euros pour les Allemands mais ça, c'est un calcul. C'est-à-dire on ne menace et moi, je suggère aux politiciens allemands de ne pas menacer les Grecs parce qu'ils feront l'opposé. Ils doivent être maintenant un peu plus relaxés et discuter calme et tranquillement la situation de la Grèce. Et je retourne à ce que j'ai dit au commencement pour eux, maintenant, c'est la possibilité avec les élections, de souverainement de décider leur destin, l'avenir. Et je crois, il faut le faire en toute solidarité européenne mais pas menacer, ça, c'est un danger grand pour l'Europe.

 

 

 

 

BH                             : - Merci Jorgo Chatzimarkakis, d'avoir été avec nous ce matin. Je le rappelle, vous étiez et vous êtes toujours Euro Député Allemand du Groupe Libéral.

 

Et puis Marianne Dony, Présidente de l'Institut d'Etudes  Européennes, elle sera là à 8:35 heures pour Questions Publiques.

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