Matin Première : élections au Congo

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Le point, ce matin, sur les résultats des élections présidentielles au Congo avec Dieudonné Wamu Oyatambwe, docteur en sciences politiques et Maryse Jacob rédactrice en chef de la cellule internationale de la RTBF.

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Georges Lauwerijs         :  - On va retrouver nos invités, Dieudonné Wamu Oyatambwe, Docteur en sciences politiques et Maryse Jacob, Rédactrice en chef à la RTBF. On parle ce matin des élections au Congo. Réaction aussi à l'interview d'Etienne Tshisekedi, diffusée ce matin, " le sphinx de Limite " qui refuse toujours le résultat des élections, qui accorde la victoire à Joseph Kabila, Bertrand Henne.

 

BH                                : - Le Congo qui se retrouve dans une situation, on va dire dans le brouillard ce matin, avec un Président qui est sorti vainqueur des urnes, Président sortant, Joseph Kabila, on va rappeler le score, 48% des voix, selon la Commission Nationale Indépendante et un Président auto-proclamé, Etienne Tshisekedi, qui lui, aurait récolté donc 32% des suffrages. Mais vous l'avez compris, il conteste le résultat et évoque des fraudes massives. Maryse Jacob, est-ce qu'il y a un risque de dérapage de spirale de la violence et ça nous fait penser un peu à la situation en Côte d'Ivoire où il y avait aussi eu une contestation après le score électoral et on a vu ce que ça a donné, une guerre ?

 

MJ                                  : - Un risque de dérapage certainement, évident ; ce qu'il y avait en Côte d'Ivoire, c'est qu'on avait deux camps, avec des armes de chaque côté. Ici, je dirais, on a un camp, c'est le pouvoir, avec l'armée, avec la police, avec des forces de sécurité importantes et de l'autre côté, on a Etienne Tshisekedi, il y a certes des milices dans les différents partis mais qui a pour lui, je vais dire, une grosse partie de la population et on a vu à quel point, il arrivait à mobiliser des foules et les foules mobilisées dans les différents côtés, ça donne aussi des affrontements et des violences. Donc maintenant la question est de se poser, est de savoir pendant combien de temps, le régime en place, avec ses forces de sécurité imposantes, qui ont quadrillé Kinshasa mais aussi d'autres villes, vont pouvoir mettre un couvercle sur cette marmite qui est en train de bouillir et combien de temps, le régime en place, va pouvoir tenir. Alors évidemment, on peut compter sur les pressions internationales, des pressions pour le moment, pour que la situation ne dégénère pas mais on ne sait pas combien de temps, ça va tenir, c'est certain.

 

BH                                : - Dieudonné Wamu Oyatambwe, vous êtes Docteur en sciences politiques, vous êtes avec nous ce matin et vous êtes chercheur spécialisé dans les questions développement et processus de démocratisation en Afrique. Maryse Jacob vient de le rappeler, il y a des pressions de la communauté internationale, très fortes, on s'en doute. On voit aussi que finalement ce week-end, il y a eu 4 morts lors de manifestations ; certains s'attendaient à plus, vu la manière dont la tension a été montée ces derniers jours. Comment est-ce que vous voyez le Congo, dans la semaine qui va s'écouler maintenant ? Est-ce que vous pensez que la population risque de manifester de plus en plus ? On a entendu Etienne Tshisekedi, tout à l'heure, appeler à des manifestations mais pacifiques. Comment est-ce que vous pensez que ça va se passer ?

 

DWO                             : - Je crains fort que le pire soit encore à venir dans la mesure où d'une part depuis que le processus démocratique, enfin électoral, a commencé, on n'a pas arrêté de compter des morts. On l'oublie de le dire, c'est Mbuji Mayi, c'est Katanga, en période pré-électorale comme le jour des élections et aujourd'hui encore, et là on parle de contestations sur base des élections présidentielles. On n'a pas encore les résultats législatifs. Et là aussi, ça sera beaucoup plus grave parce que là, il y a beaucoup plus de candidats, beaucoup plus de personnes concernées et donc je crains fort que les pressions internationales ne suffisent pas si on ne trouve pas une solution beaucoup plus globale à la problématique électorale ou contentieux électoral tel quel.

 

BH                                : - Est-ce qu'Etienne Tshisekedi a, je veux dire, un pouvoir, une capacité de, j'ai entendu ça, lancer des milices éventuellement contre le pouvoir ou est-ce que c'est pas du tout dans la culture de l'UDPS de faire ce genre de choses ? Est-ce qu'on risque vraiment une militarisation quelque part du conflit ? Comment est-ce que vous voyez les choses, vous ?

 

DWO                             : - Une militarisation, je ne dirais pas ; je crois que ce n'est pas maintenant que l'UDPS va devenir un parti armé et ce n'est pas un parti qui a l'habitude d'entretenir des milices et tout ça. Le risque serait que, à chaque mot d'ordre, les gens descendent massivement dans la rue et que ce qu'on appelle les forces de sécurité ou les forces de l'ordre au Congo, ne soient pas capables de se retenir face à ces marées humaines. On a vu à chaque déplacement, à chaque meeting d'Etienne Tshisekedi à Kinshasa par exemple, à quel point, il était capable de mobiliser sur tous les,

 

BH                                : - C'est surtout dans la capitale qu'il est fort ?

 

DWO                             : - Surtout dans la capitale mais je crois qu'il est capable de mobiliser aussi ailleurs, surtout dans le Kasaï et même au Katanga, sa dernière tournée au Katanga, était tout, sauf un manque d'engouement populaire.

 

BH                                : - Maryse Jacob, là-dessus ?

 

MJ                                  : - Mais je pense que le danger aussi, quand on arrive à mobiliser des foules, c'est qu'à un moment donné, on n'arrive plus à les contrôler aussi et que face à une armée qui fait usage de la force et c'est arrivé plusieurs fois puisqu'il y a eu quand même de nombreux morts depuis, depuis quelques semaines, la provocation répond à la provocation et on entre facilement dans un engrenage où à un moment donné, la situation devient incontrôlable.

 

BH                                : - Alors on va évoquer le rôle que peut jouer la communauté internationale : on a entendu tout à l'heure à 7:20 heures, Etienne Tshisekedi lancer un appel à la communauté internationale, on va entendre la réponse du Gouvernement, c'est le porte-parole du Gouvernement, Lambert Mende.

 

LM                                 : - D'abord ce pays n'appartient pas à cette entité que vous appelez communauté internationale ; il en fait partie. Deuxièmement, la Fondation Carter elle-même dit, je vous le répète, que ces irrégularités ne mettent nullement en cause le classement de Joseph Kabila en tête, de quoi voulez-vous que nous ayons peur ?

 

MJ                                  : - Etienne Tshisekedi fait appel à la communauté internationale, en disant, il faut faire pression sur Joseph Kabila pour qu'il s'en aille. Est-ce qu'il y a des pressions sur Joseph Kabila pour qu'il s'en aille ?

 

LM                                 : - Nous sommes en train de regarder, nous ne voyons que des messages de félicitations à Joseph Kabila, qui tombent de la communauté internationale. Nous ne voyons que des messages, des appels au calme, qui invitent tout le monde à attendre que la Cour Suprême de Justice confirme ou infirme la décision provisoire prise par la Commission Electorale Nationale Indépendante. Troisièmement, la communauté internationale n'a pas qualité pour faire partir un Président de la République, dans quel que pays que ce soit. Il n'y a que le peuple à travers le corps électoral, et donc à travers les décisions qu'annonce l'administration électorale, qui peut faire partir un Président. Je pense que Monsieur Tshjsekedi est dans un monde tout à fait d'illusions.

 

MJ                                  : - Alors une dernière chose, la France jugeait hier soir la situation explosive en République Démocratique du Congo, vous considérez qu'elle est explosive ?

 

LM                                 : - Je pense que l'autorité française qui a parlé .. est certainement influencée, elle est de bonne foi certainement, influencée par certains rapports ou reportages de médias qui veulent toujours peindre tout en noir, peut-être pour se donner du travail. Moi, qui viens de déposer mes enfants à l'école, je ne vois pas où est la situation explosive, Kinshasa tourne, Monsieur Tshisekedi a bien voulu semer la confusion en faisant semblant d'appeler ces gens au calme, en les envoyant commettre des pillages ici et là, la situation est revenue au calme, les Congolais sont suffisamment mûrs, il n'y aura pas de déluge parce que Tshisekedi n'a pas été élu.

 

BH                                : - Voilà, Lambert Mende, donc le Ministre de la Communication, que vous avez joint, il y a quelques minutes, Maryse Jacob. Alors on entend, il minimise un petit peu les risques, il n'y a pas de risques de déluge parce que Tshisekedi n'a pas été élu et alors il renvoie un peu la communauté internationale vers l'extérieur, en disant, il n'y a que les urnes qui peuvent défaire le Président et donc il ne s'en ira pas.

Et donc ce scénario-là, c'est inimaginable ?

 

MJ                                  : - Mais en tout cas, ce qu'il dit aussi, c'est qu'il renvoie à la Fondation Carter. Alors, la Fondation Carter, du nom de l'ancien Président américain, avait des observateurs sur le terrain et c'est une association que l'on connaît pour son sérieux. Et la Fondation Carter a fait tout un rapport, enfin plusieurs rapports dont un ce week-end, dans lequel, elle dénonce des irrégularités, en disant, tout ça rend ce processus peu crédible. Mais la Fondation Carter comme pratiquement tous les observateurs qui étaient sur place, à aucun moment ne dit, eh bien, ces élections n'ont pas fonctionné, on va devoir les annuler. Alors quelque part, eh bien, le Gouvernement se retranche aussi derrière tous ces observateurs qui font des rapports mais qui n'interviennent pas à un moment pour dire, ça suffit, ces élections ne se sont pas déroulées comme il fallait. Alors, est-ce que le Président Kabila va céder, va partir ? Là franchement, je pense que le Président Kabila, fort d'un résultat qui, pour le moment, est en tout cas, n'est pas contesté par la communauté internationale, ne va pas partir demain, ça, il y a peu de chance.

 

BH                                : - Dieudonné Wamu Oyatambwe, je le disais, vous suivez particulièrement les processus de démocratisation en Afrique. Comment est-ce que vous jugez le processus électoral au Congo. Vous avez vu, je suppose, le rapport de la Fondation Carter. Et c'est vrai, ils disent, les résultats ne permettent pas de dire si l'ordre de sortie des urnes, est bien celui-là ou pas, c'est aussi votre avis, il y a sans doute eu des fraudes mais c'est difficile de dire quels ont été leurs impacts ?

 

DWO                             : - A mon avis, l'intérêt du rapport de la Fondation Carter, c'est de démontrer avec quelques exemples à l'appui, ce qu'on a appelé des irrégularités. C'est plus grave que de simples irrégularités. Quand on voit ce qui s'est passé par exemple à .. ce qu'ils ont mis en avant ou ailleurs, on peut,

 

BH                                : - C'est quoi, par exemple, oui ?

 

DWO                             : -On trouve dans une région favorable au Président de la République, un taux de participation qui est presque de 100% et là, il est élu aussi à presque 100%.

 

BH                                : - Oui, tout le monde a voté pour lui ?

 

DWO                             : - Tout le monde a voté pour lui et tout le monde était là, c'est-à-dire qu'entre l'enrôlement et le jour d'élections, il n'y a pas eu de décès, il n'y a pas de gens malades, bon, on peut se poser des questions là-dessus. Mais il appartient alors à l'opposition de pouvoir saisir de genre d'arguments pour aller justement devant les instances juridiques pour contester les résultats, parce que ce sont quand même des indices sérieux de dysfonctionnement dans le système électoral. Et malheureusement, j'ai l'impression que bon, le Président, Monsieur Tshisekedi, a pris l'option de ne pas saisir les instances et,

 

BH                                : - Oui.

 

MJ                                  : - C'est ça.

 

DWO                             : - Et cela est un peu contre productif, à mon point de vue.

 

BH                                : - Maryse Jacob, c'est vrai qu'il y a la Cour Suprême, Etienne Tshisekedi dit,

 

MJ                                  : - Oui, c'est ça.

 

BH                                : - Bon, c'est la chose de Kabila, ça ne sert à rien d'y aller. Sa stratégie, c'est l'affrontement ?

 

MJ                                  : - Je ne sais pas si c'est l'affrontement mais en tout cas, il ne reconnaît ni la Commission Electorale, ni le Conseil Supérieur de Justice dont les magistrats, sur proposition du Collège des Magistrats, si je ne me trompe, sont quand même nommés par le Président.

 

DWO                             : - Tout à fait.

 

MJ                                  : - Et donc Etienne Tshisekedi dit, mais quel intérêt est-ce que moi j'ai à aller contester des résultats devant le Conseil Supérieur de la Justice dans la mesure où tous les magistrats sont acquis au Président ? Donc le problème, c'est qu'on ne sait pas très bien vers quoi, on va. Il ne conteste pas les résultats, pour le moment, c'est un face à face dont on ne sait pas de quelle manière, il va s'arrêter.

 

BH                                : - Dieudonné Wamu Oyatambwe, on a évoqué un Gouvernement d'union nationale, est-ce que c'est une piste de sortie de crise, de remettre les deux ensemble, Thsisekedi-Kabila pour qu'éventuellement, ils gouvernent ensemble ?

 

DWO                             : - Les deux sont partis sur des logiques extrêmes, bien avant les élections, tous les deux ont déclaré qu'ils ne perdraient pas les élections, aussi bien le Président Kabila que Monsieur Etienne Tshisekedi. Donc déjà concilier ces deux extrêmes, va être très difficile. En deuxième lieu,

il y avait quand même eu un cycle électoral. On ne connaît pas encore l'issue des législatives, on ne sait pas encore qui va être dans la majorité ou pas, enfin, quelle sera la majorité issue des urnes et on proposerait d'emblée déjà un Gouvernement d'union nationale, comme si,

 

BH                                : - Oui, ça voudrait dire qu'on n'aurait pas voté quoi ?

 

DWO                             : - Comme s'il suffisait de gouverner et puis les choses sont réglées, alors il n'aurait même pas fallu gaspiller autant d'argent pour gagner des élections. Cela dit, je pense que la solution pour pacifier le pays, passe aussi par un accord entre ces deux logiques extrêmes. Et ça, c'est surtout des pressions politiques qui doivent être faites de part et d'autre pour trouver un modus vivendi qui permette à l'opposition aussi bien qu'au pouvoir, d'avoir droit au chapitre.

 

BH                                : - Merci à tous les deux, c'est déjà la fin de l'émission et on continuera tout à l'heure, ça sera à 8:35 heures avec Questions Publiques.

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