Matin Première analyse le débat présidentiel français

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Débat - © Belga

Retour sur le débat Hollande-Sarkozy avec François Heinderyckx, professeur de communication et directeur du département des sciences de l'information et de la communication de l'ULB, et Charline Vanhoenacker, correspondante de la RTBF à Paris.

Posez vos questions à nos invités au 070/22.37.37, via Twitter (#matin1), Facebook, ou en utilisant le formulaire ci-après.                      

 

G.Lauwerijs : - Et on va retrouver nos invités,  François Heinderyckx et Charline Van Hoenacker ;

 

on va décrypter le débat de hier soir, Bertrand Henne.

 

 

 

 

 

 

 

BH    : - Oui, qui est un débat tendu, électrique, entre les deux candidats à la présidentielle, François Hollande, assez agressif, Nicolas Sarkozy assez agressif aussi, un vrai combat, dont finalement, les deux adversaires ont fait preuve de pugnacité. Alors comme de bien entendu dans cet exercice, chacun va chercher un gagnant ce matin, qui a dominé l'autre, alors, les sites Internet de la presse de centre gauche, comme Libération et Nouvel Obs, pointent plutôt Hollande, eux, et ceux de la presse de centre droite comme

 

Le Figaro, pointent plutôt Nicolas Sarkozy. Et au milieu par exemple, le site Internet du Monde, estime lui, qu'il n'y a ni vainqueur, ni vaincu, que c'est un match nul. On va commencer par cette question très simple, est-ce qu'il y a vraiment un gagnant ce matin, François Heinderyckx, vous qui décryptez la communication à l'ULB ?

 

 

 

 

FRH  : - Ah,  je pense que le grand gagnant, c'est l'électeur français qui a eu droit à un vrai débat comme on les aime, un débat à la française comme on dit, un débat où est en face à face, ce qui est extrêmement rare actuellement.

 

 

 

 

BH    : - Les yeux dans les yeux.

 

 

 

 

FRH  : - Les yeux dans les yeux, on s'adresse directement l'un à l'autre, on s'interrompt, on s'invective de temps en temps, le ton monte, on échange des arguments, donc une vraie confrontation, pour le coup, on n'a pas été déçu et ça a démarré au quart de tour. Quant à la question de savoir qui a gagné et qui a perdu, il y a un certain nombre de cas dans l'histoire des débats, où il y a un moment marquant, où un des deux débatteurs est déstabilisé, il y a un peu comme en boxe où on prend un mauvais coup, voire où on est chaos. Ca n'a pas été le cas hier et le fait qu'effectivement que chacun se réjouisse des bonnes performances de son poulain, montre que le débat était assez équilibré. Il faut dire que les attentes que l'on avait par rapport à ce débat, étaient tout à fait importantes, un Nicolas Sarkozy finalement dans le, acculé à faire quelque chose pour changer la tendance qui semble tellement inéluctable, donc il devait absolument être à l'offensive.

 

Un François Hollande que l'on attendait, lui, peut-être un peu en retrait parce que ce n'est pas vraiment son type d'exercice préféré, donc il a plutôt été meilleur qu'on pouvait s'y attendre mais néanmoins, il devait juste assurer, il a largement assuré. Certains relèvent des moments où il a fait preuve de pugnacité, il a eu du répondant, il a eu du mordant, mais de manière générale, je dirais que c'est quand même Sarkozy qui avait l'initiative dans ce débat, c'est lui qui amenait les thématiques,  c'est lui qui attaquait en quelque sorte alors même que c'est lui qui devrait défendre un bilan et ensuite, François Hollande qui, qui se défendait là aussi avec pugnacité, parfois avec un petit peu de précipitation et de nervosité mais enfin, on retrouve chez ses partisans un certain réconfort dans l'idée qu'il puisse être pugnace, c'est un peu ça qu'on attendait, du coup, les gens sont satisfaits.

 

 

 

 

BH    : - Oui, c'est ça, donc si on suit votre analyse, il n'y a pas eu chaos, de boue, il n'y a pas eu de moment

 

où vraiment un des deux candidats s'est complètement effondré mais vous donnez quand même un petit avantage à Nicolas Sarkozy, dans le sens qu'il a été, c'est lui qui a attaqué quoi, c'est lui qui a, c'est lui qui a peut-être donné le rythme du débat ?

 

 

 

 

FRH  : - Voilà, il a donné le rythme, donc de ce point de vue-là, avantage, par contre avantage à Hollande dans la mesure où il s'est très bien défendu et mieux qu'on ne l'attendait.

 

 

 

 

BH    : - Mieux qu'on l'attendait, oui et notamment à l'UMP où on avait beaucoup misé sur ce débat, Charline Van Hoenacker, vous, vous pensez que François Hollande s'en est mieux sorti notamment parce qu'on ne l'attendait pas nécessairement aussi pugnace face à Nicolas Sarkozy ?

 

 

 

 

CHVH: - Oui, je pense que l'agréable surprise de ce débat, c'est plutôt François Hollande parce que Nicolas Sarkozy, lui, est tout de même habitué et je l'ai trouvé étonnamment crispé, il avait quasiment un masque de douleur sur son visage pendant le débat alors qu'on sait que quand Nicolas Sarkozy est à l'aise même s'il n'est pas réputé pour son humour, il lance toujours des petites piques avec le sourire ou essaie de faire de l'humour, ce n'était pas le cas, il était dans la gravité. J'ai trouvé aussi que François Hollande avait réussi de s'approprier les thèmes comme la justice ou le rassemblement et qu'il obligeait Nicolas Sarkozy à arriver tout le temps en contre. Et puis, s'il n'y a pas vraiment eu de chaos, qu'est-ce qu'on retiendra de ce débat parce que finalement dans ces débats, c'est toujours la forme qui prime sur le fond parce que les propositions, on les connaît. On sait que Nicolas Sarkozy a essayé de dresser un peu le procès en incompétence qui n'y est pas tellement parvenu, que François Hollande lui, a passé au crible et a essayé de désintégrer le bilan de Nicolas  Sarkozy. Alors finalement, qu'est-ce qu'on retient surtout ce matin avec un peu de recul, on retient toujours l'écume et la force. Ici, mais cette petite phrase de Nicolas Sarkozy qui dit à François Hollande, vous êtes un petit calomniateur, tandis que ce qu'on retient dans la forme de François Hollande, c'est sa longue tirade où pendant seize fois, il dit "moi, Président de la République", par exemple, je ne considérerais pas le Premier ministre comme un collaborateur, "moi, Président de la République, je ne nommerais pas le président de l'audiovisuel public" et ça, il y a quand même une forme de mini chaos, j'aurais bien voulu avoir un plan de coupe de Nicolas Sarkozy pendant cette longue tirade de François Hollande.

 

 

 

 

BH    : - Oui, on n'a pas pu en avoir parce que tout simplement parce que tout ça est très contrôlé, ce type

 

de débat, François Heinderyckx, sur les stratégies, nos confrères de La Libre,  sur leur site Internet, disaient, finalement, c'était "moi, Président" pour Hollande, "toi, menteur" de la part de Nicolas Sarkozy. C'était ça, l'idée, Nicolas Sarkozy devait chercher à démonter toute la campagne de François Hollande tandis que François Hollande essayait plutôt de jouer la carrure présidentielle ?

 

 

 

 

 

 

 

FRH  : - Je pense que la stratégie "menteur" n'était pas, n'était pas la plus heureuse et je ne pense pas que c'était la stratégie ; le mot "menteur" est sorti à mon avis, plus souvent que Sarkozy n'aurait voulu, la stratégie, c'était de décridibiliser Hollande, montrer qu'il n'a ni l'expérience, ni la carrure de prendre les commandes du navire France au milieu de la tempête, c'était ça très explicitement sa stratégie et il y est allé par petites touches, des petites touches que l'on avait déjà entendues mais tout de même, il a souligné que lui

 

était parmi les grands et qu'il travaillait avec Obama et avec Merkel, alors que François Hollande n'avait jamais rencontré Zapatero, Zapatero qui a dirigé l'Espagne pendant 7 ans et on a vu où on en est arrivé.

 

Donc ces petites touches comme ça, qui essayaient de rappeler, de laisser entendre, sans être trop direct, qu'il n'avait pas l'expérience. Et Hollande a lui très habilement essayé de contourner la difficulté, en montrant que, eh bien lui, il avait des idées, il savant s'entourer et qu'au fond, il transformait cet inconvénient en une sorte de virginité qui lui donnait toute légitimité au contraire à diriger la France dans une phase de changement qui est la thématique principale de sa campagne.

 

 

 

 

BH    : - Oui, Charline Van Hoenacker, ce débat a été évidemment très attendu par les Français, est-ce qu'il va pouvoir et c'est la question que beaucoup de gens se posent, influencer en quelle que manière que ce soit, les résultats de dimanche ? Beaucoup de sondeurs disent que manifestement, ça n'a jamais vraiment joué dans les différentes élections présidentielles françaises et en même temps, il y a encore des indécis. Donc, est-ce qu'à votre avis, ça peut jouer sur le reste de la campagne ? Est-ce que ça peut influencer plus qu'à la marge, les résultats ?

 

 

 

 

CHVH: - Non, influencer, je ne pense pas parce qu'on s'est rendu compte que finalement ce type de débat ne faisait que renforcer les convictions de chacun, chaque électeur qui regarde cette émission, trouve que son poulain a gagné finalement, c'est ce que vous disiez en introduction, avec la presse de gauche ou de centre gauche, la presse de droite ou de centre droite même si certains éditorialistes trouvent qu'il y a match nul.

 

On sait qu'il y a toujours quand même une petite part d'indécis parce que vous savez, au premier tour en France, c'est un vote de coeur, on vote vraiment pour son candidat et au deuxième tour, on peut voter par défaut. Alors dans cette position, effectivement la marge d'indécis peut être plus grande. Mais généralement, si on regarde les études des entreprises de sondages, depuis le premier débat en 1974, la marge d'influence est de 1 à 1,5%, donc ce qui est très faible et donc encore une fois, on sort renforcé de ces convictions. Peut-être qu'ici pour François Hollande, il y aura peut-être éventuellement une agréable surprise dans le chef de ceux qui votent Sarkozy, peut-être pas par conviction mais par défaut, et pour Nicolas Sarkozy, finalement, un statu quo, finalement, il était là où on l'attendait, donc je pense que là, ce n'est peut-être rien à signaler à ce niveau-là.

 

 

 

 

BH    : - François Heinderyckx, un mot sur le rôle de la télévision dans cette campagne, évidemment, ce débat, c'est le point d'orgue de la campagne, beaucoup d'observateurs voyaient la télévision perdre un peu de pouvoir au pouvoir de la presse en ligne, des réseaux sociaux. Or ce rendez-vous a sans doute été très suivi, on va bientôt avoir les chiffres mais en tout cas, il y a eu beaucoup de ramdam autour de ce rendez-vous - là. Ca reste quand même le coeur de la campagne en France ?

 

 

 

 

FRH  : - Indiscutablement, la télévision a fait de très bonnes audiences sur l'ensemble de ces programmes depuis les primaires du Parti Socialiste, ça a été très surprenant d'ampleur, on sent qu'il y a une vraie attente du côté du public. Donc la télévision reste un élément central du dispositif d'information en général, c'est-à-dire que les autres moyens viennent plutôt en complément, les gens vont s'informer en continu sur les médias, sur les réseaux sociaux et sur les médias en ligne mais ça vient en complément, ils continuent en gros consommateurs notamment des journaux télévisés. Lorsque vous demandez aux gens par quels moyens, ils s'informent, de la politique, de l'actualité en général, ça reste dans la plupart des pays occidentaux, la télévision.

 

 

 

 

BH    : - Oui. Charline Van Hoenacker, on termine avec vous, la télévision qui reste ultra dominante, mais est-ce que les journalistes de télévision, ont vraiment pu faire leur travail très correctement, hier, on les a vus quasi en pots de fleurs, ils n'ont pas eu beaucoup de rôle dans ce débat, Charline Van Hoenacker, rapidement ?

 

 

 

 

CHVH: - Hier, à mon sens, ils n'ont pas été journalistes, ils ont été passeurs de plat, modérateurs et encore, modérateurs avec pas beaucoup de succès étant donné qu'on est quand même resté une heure trente sur le pouvoir d'achat, qu'ils ont eu du mal à s'imposer pour essayer de cadrer le débat et qu'on a fini par évacuer l'international en un quart d'heure. Donc j'ai trouvé que hier effectivement, cela ne servait pas le journalisme si on les appelait journalistes ; trouvons un autre mot pour les qualifier parce que ça ne sert pas notre métier, je trouve.

 

 

 

 

BH    : - Merci, Charline Van Hoenacker, peut-être très rapidement, François Henderyckx là-dessus, ce n'était pas vraiment des journalistes, hier ?

 

 

 

 

FRH  : - Non, mais ce n'était pas, je pense que leur rôle était clairement identifié dès le départ, ils étaient là pour animer le débat, répartir le temps de parole. Ils ont tenté, je pense, courageusement, parce que face à deux personnalités pareilles, de vouloir les interrompre, en leur disant, passez à autre chose, ils ont fait ce qu'ils ont pu et je pense qu'ils ne pouvaient pas faire davantage.

 

 

 

 

BH    : - Merci François Heinderyckx, merci Charline Van Hoenacker. On vous retrouve tout à l'heure à

 

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