Marie Mineur: histoire d'une des premières féministes belges

Marie Mineur une des premières féministes belge
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Le vendredi 18 mai 1923, à 10h, dans le minuscule hameau de Thimister, juste au nord de Dison, près de Verviers, s’éteint celle qui aura consacré une grande partie de sa vie à militer pour le droit des femmes, pour l’égalité et la liberté. Pour la laïcité aussi. Elle s’appelait Marie Mineur, elle avait 91. L’Histoire, jusqu’il y a peu, a été injuste avec cette grande figure de l’émancipation féminine et du mouvement ouvrier puisque Marie Mineur est morte dans un anonymat presque total. Quelques piqûres de rappel, de temps à autres, comme ce groupe de militantes, dans les années septante, à La Louvière, qui prirent son nom pour lui rendre hommage. Depuis, pas grand-chose. Freddy Joris lui consacre un livre Marie Mineur, Marie rebelle.

Nous sommes au dernier quart du XIXe siècle à Verviers. La ville wallonne a tous les atouts en main: théâtre, ligne de tram, etc. En parallèle, une misère effroyable touche la classe ouvrière. Pourtant, Verviers fût le berceau de la révolution industrielle et de la première lutte des classes qui ne concerne, cependant, qu'une petite bourgeoisie puisque les ouvriers sont illettrés et donc absents du combat dans un premier temps. 

Infériorité légale

Le 30 septembre 1831 naît Marie Mineur, un an après l'indépendance de la Belgique. À cette époque, naître fille, c'est naître vassal. Les ouvriers n'ont ni le droit de vote ni l’opportunité de s'organiser en syndicat. Pire encore, la femme est dans un état d'infériorité légale. Elle n'a pas le droit de toucher son salaire elle-même, pas le droit de vote, pas le droit de contracter des dettes mais est tributaire de celles de son mari, etc.

Pour défendre la cause féminine, quelques voix se sont élevées comme celles de Lucien Jottrand ou Zoé Gatti de Gamond. Personnes issues, encore une fois, de la bourgeoisie.

Marie Mineur naît dans la misère. Issue d'une famille pauvre, elle perd son père à 5 ans ce qui la plonge sous un seuil de pauvreté encore plus bas. Ceci ne l'empêche pas de réussir à faire partie des quelques filles à avoir pu assister à certains cours à l'école. Elle entre à l'usine à 8 ans et exerça différents petits boulots toute sa vie afin de gagner un franc par jour. 

Le militantisme épistolaire

C'est grâce à une série de lettres qu'elle parvient à se faire entendre et que débute son militantisme pour l'égalité des sexes. Dans celles-ci, elle fait des allusions à sa propre expérience professionnelle et au fait que les femmes vivent trop sous la coupe de l'Église. Selon Marie Mineur, il faut combattre l'influence religieuse, combattre l'ignorance et s'éduquer. "Ses lettres sont un peu naïves voire candides. Cependant, avec si peu d'instructions, elle écrit de manière assez correcte" explique Freddy Joris. 

Quelques noms de femmes suivent le mouvement, mais Marie Mineur s'impose comme une sorte de leader. Militante énergique constamment placée sous surveillance policière lors de ses meetings, Marie Mineur propose un féminisme positif et souhaite lutter avec les hommes et non contre lui. Pour elle et celles qui partagent ses idées, le réel combat c'est d'acquérir l'autorisation de leur mari à combattre pour leurs droits. 

Malgré le fait que Marie Mineur dérange beaucoup, elle n'a jamais été arrêtée par la police. Elle milite jusque fin du XIXe siècle avec la perpétuelle certitude qu'elle n'en tirera jamais un profit personnel. Elle meurt le 18 mai 1923 sans qu'aucune ligne ne lui soit destinée dans la presse. La guerre de 14-18 aura eu raison des héros du siècle précédent. 

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