Marie-Antoinette révélée dans des lettres inédites

Un ouvrage paru chez Albin Michel, préfacé par Catriona Seth
Un ouvrage paru chez Albin Michel, préfacé par Catriona Seth - © Albin Michel

Depuis les journées révolutionnaires d’octobre 1789, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants ont été installés au palais des Tuileries, à Paris, après avoir été ramenés de Versailles par les émeutiers. Les conditions de détention sont difficiles. Le courrier, notamment, est sous haute surveillance. La reine, toutefois, écrit. Dans une très longue lettre au comte Mercy-Argenteau, elle révèle son sentiment d’avoir été abandonnée de tous et d’être la seule à lutter. 

Comment comprendre Marie-Antoinette à travers ses lettres ? Catriona Seth nous éclaire. Elle est membre de la British Academy et de l’Académie royale de Belgique, spécialiste du siècle des Lumières. Elle présente Marie-Antoinette – Lettres inédites, chez Albin Michel.

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Marie-Antoinette souffre de deux images fausses, qui sont le produit de son historiographie, mais qui sont enracinées dans des paroles ou des représentations de son vivant :

  • D’un côté, elle est vue comme une sotte complète, une écervelée, incapable de faire autre chose que de dépenser, de s’intéresser à la mode et à des choses futiles.
  • De l’autre, on la voit comme une harpie intrigante, lubrique, enchaînant les amants, manigançant des complots sans fin.

Pour Catriona Seth, ces images sont toutes deux caricaturales et donc fausses. Pour mieux comprendre qui était Marie-Antoinette, on dispose heureusement d’une partie de sa correspondance.


Une correspondance qui révèle une personnalité

Malgré le passage de la Révolution française, ces archives sont en effet curieusement abondantes. C'est grâce en particulier aux lettres et billets qu’elle échange, durant une vingtaine d’années, avec l’ambassadeur impérial à Paris, qui nous donnent à lire les propres mots de Marie-Antoinette, parfois tracés à la hâte et raturés, et à entendre sa voix.

Ce diplomate liégeois, le comte de Mercy-Argenteau, a une vision de l’Histoire avec un H majuscule. Il pense servir une cause, celle de l’Empire, c'est la raison pour laquelle il accumule tous ces documents. Cette correspondance a également un rôle politique, comme dans le cas de l’affaire du collier.

Dans son courrier, Marie-Antoinette parle beaucoup de santé. C'est courant à l'époque, où il faut beaucoup de temps pour que les nouvelles arrivent. On y voit sa personnalité, sa manière de réagir, ses intérêts et ses colères. On peut ainsi s'approcher au mieux de qui elle était vraiment.

Elle parle très peu de son mari, le dauphin puis le roi Louis XVI. Un peu plus au moment de la Révolution, pour dire à quel point il est accablé et par la suite, pour expliquer que c'est avec son accord qu'elle suggère des positions politiques.

C'est véritablement en 1788 qu'on la voit agir sur le plan politique pour aider la France en crise. Au moment de la révolution, ses mots disent comment elle ressent la situation, comment la famille royale perçoit le climat ambiant, c'est tout à fait éclairant.


Le goût de l'écriture

Au départ, Marie-Antoinette n’aime pas écrire. Elle arrive à la cour de France à l’âge de 14 ans, mariée au futur Louis XVI. Sa mère l’impératrice Marie-Thérèse s’agace, en lisant les lettres de sa fille, de ses pâtés, de sa façon peu claire d’écrire, de son écriture peu soignée. En réalité, elle ne sait pas très bien quoi dire à sa mère. Elle dicte ses lettres dès qu’elle le peut.

Le goût de l’écriture va lui venir peu à peu, et on le voit à travers cette correspondance avec le comte de Mercy-Argenteau. Il est ambassadeur du Saint-Empire en poste à Paris lorsque Marie-Antoinette arrive à Versailles. C’est donc avec lui qu’elle est souvent en contact, via d’abord de courts billets pratiques, de très petit format, parfois clandestins. 

Lors de la Révolution française, lorsqu’elle est à Paris, aux Tuileries, pour une vie de cour sous surveillance, elle va utiliser l'écriture pour appeler à l'aide son entourage, sa famille, les puissances étrangères. L’écriture sera son moyen d’action. Elle aura recours parfois à des lettres codées, à de l'encre sympathique,... pour des documents politiques très délicats.


Le lien avec l'Autriche

Le comte de Mercy-Argenteau est donc la courroie politique, commerciale, culturelle, entre le Saint-Empire et la France. Il a comme rôle, envers Marie-Thérèse, de surveiller les agissements de Marie-Antoinette. Il s’agit aussi pour lui de cultiver la présence de l’archiduchesse autrichienne Marie-Antoinette dans la place, pour favoriser les intérêts de l’Autriche. Mais celle-ci ne voudra soutenir l’Autriche que quand elle saura que ce n’est pas aux dépens de la France. Elle représente le renversement des alliances atypique pour les Français. Son surnom de l'Autrichienne va lui coller à la peau, sous la Révolution.

Marie-Antoinette se sent souvent laissée pour compte, même par sa propre famille, elle aime recevoir de leurs nouvelles. Elle ne reverra plus toute une partie de sa famille et de ses amis proches. Elle voit donc le comte de Mercy-Argenteau comme un lien immédiat avec l'Autriche et avec sa famille, et se tourne très volontiers vers lui. 

Un attachement lie Marie-Antoinette au comte de Mercy-Argenteau, à qui Marie-Thérèse a confié sa fille. Elle va construire un investissement affectif envers lui tout au long de sa vie. Ce sera moins le cas de son côté à lui, qui pense que s'il faut sauver une chose, c'est l'Empire et pas nécessairement l'archiduchesse...

 

Extrait de la lettre de Marie-Antoinette au comte de Mercy-Argenteau en 1791

"[…] Vous voyez mon âme tout entière dans cette lettre.
Je peux me tromper, mais c’est le seul moyen que je vois encore pour pouvoir aller.
J’ai écouté autant que je l’ai pu des gens des deux côtés, et c’est de tous leurs avis que je me suis formé le mien.

Je ne sais pas s’il sera suivi.
Vous connaissez la personne à laquelle j’ai affaire : au moment où on la croit persuadée, un mot, un raisonnement la fait changer sans qu’elle s’en doute.
C’est aussi pour cela que mille choses ne sont point à entreprendre.
Enfin, quoi qu’il arrive, conservez-moi votre amitié et votre attachement. J’en ai besoin.
Et croyez que, quel que soit le malheur qui me poursuit, je peux céder aux circonstances, mais jamais je ne consentirai à rien d’indigne de moi.
C’est dans le malheur qu’on sent d’avantage ce qu’on est.
Mon sang coule dans les veines de mon fils, et j’espère qu’un jour il se montrera digne petit-fils de Marie-Thérèse.
Si vous pouvez me garder cette lettre, je serai bien aise de la ravoir un jour. "

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