"Ma philosophie" d'Amel Bent, un petit classique R&B post-Touche pas à ma pote...

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" Ma philosophie " d’Amel Bent est un petit classique de variétés R&B post-Touche pas à mon pote. Ou plutôt post-Touche pas à ma pote car il y est essentiellement question de représentation féminine. C’est un gros best-seller des soirées karaoké ! Passé une certaine heure, un peu bourré, chanté à tue-tête, " Ma philosophie " peut aider à rendre les gens heureux…

" Ma philosophie " est un texte qui a été écrit en 2004 par Diam’s,  avant sa conversion et sa retraite de la scène musicale.

 

Dans son autobiographie, Diam’s évoque la genèse de cette chanson et la collaboration avec Amel Bent (qui a à peine 19 ans). Elle écrit : " Je me souviens que tout est allé très vite. Je commençais une phrase, elle la terminait – et vice versa. En quelques heures, nous avions écrit un titre que nous avons intitulé " Ma philosophie " (…) Toutes les deux, dans la plus grande simplicité, nous venions de signer un tube qui s’écoulerait à plus de 600.000 exemplaires et deviendrait l’hymne d’une génération. "

Elle nous parle d’un temps évidemment où les singles s’écoulaient à 600.000 exemplaires. Quinze ans plus loin, la notion même de single ne veut plus rien dire…

 

La phrase seuil de la chanson – " Je n’ai qu’une philosophie. Être acceptée comme je suis " - va servir de miroir tendu à une jeune fille dont la description du quotidien décline plusieurs archétypes féminins, tous plus ou moins discriminés…

" Pour le meilleur comme le pire. Je suis métisse mais pas martyre " :

Premier archétype : la jeune beurette dont l’identité se construit sur l’insulte.

Une réalité politique qui est dans le texte : " Malgré nos peines, nos différences. Et toutes ces injures incessantes " : ici, il y a l’idée d’une tranquillité jamais trouvée.

 

" Je ne suis pas comme toutes ces filles. Qu’on dévisage, qu’on déshabille. Moi, j’ai des formes et des rondeurs. Ça sert à réchauffer les cœurs " :

Deuxième archétype : la fille ronde, cible de ce qu’on appelle la " grossophobie ".

" Fille d'un quartier populaire. Qui a appris à être fière. Bien plus d'amour que de misère. Bien plus de cœur que de pierre " :

Troisième archétype : la fille des quartiers ou la fille des cités…

À cette galerie de personnages – la beurette, la boulotte et la fille de la cité – il faut en ajouter un qui n’était pas prévu dans l’écriture et qui s’est invité dans le texte : c’est la petite lesbienne…   

 

C’est un message de résistance véhiculé par Amel Bent (on parle de " poing levé ").

On parle d’un sentiment de dignité (" lever la tête, bomber le torse ").

On parle d’injures… Et dans ce cas-ci, l’insulte raciste équivaut à l’insulte homophobe.

Il faut savoir que la chanson d’Amel Bent a aussi été comprise comme une volonté des jeunes lesbiennes à se faire entendre dans un environnement hostile. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que la chanson a été assimilée à un chant de fierté entonné et repris en chœur durant les cortèges de la Pride où, dans une espèce de romantisme juvénile, on se promet des jours meilleurs et des combats radieux : " Viser la lune. Ça ne me fait pas peur "

Le tout avec une volonté d’éviter certaines poses doloristes (" Je suis métisse mais pas martyre "), même si la première critique du clan néo-réactionnaire, face à ce genre de bluette populaire, sera toujours de souligner la position de victime de celui ou de celle qui tente de déconstruire la norme pour en dénoncer la violence symbolique…

À quoi on reconnaît un pauvre ? Bah, ça se plaint tout le temps, c’est jamais content !

 

Dernière chose dans l’analyse du texte : le fait d’intituler la chanson " Ma philosophie " ne fait pas seulement référence au système de valeurs de la narratrice (" ma philosophie " signifie ici " ma façon à moi de mener ma barque ") mais on peut aussi y voir un clin d’oeil ironique à une culture de classe : une passion française, qu’on apprend dans les grandes écoles et qu’on défend au Bac. Cette philosophie qui reste le socle du débat à la française dont sont exclus pas mal de citoyens…

En ce sens, " Ma philosophie " est une chanson qui emmerde le monde parce qu’elle se réapproprie ce que le monde a voulu lui confisquer : le pouvoir des mots !

 

Écoutez " Ma philosophie " d’Amel Bent :        

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