"Ma mère, l'ai-je assez aimée ?" - Philippe Labro

Henriette, dite Netka ou Mamika
2 images
Henriette, dite Netka ou Mamika - © Tous droits réservés

" Elle s’appelle Netka — que son père, qu’elle n’a jamais vu, avait ainsi prénommée. Au début, on disait sans doute Netouchka, et puis Netka. Son mari, mon père, l’appelait Netka. Nous disions maman, et les petits-enfants ont dit Mamika.
Netka, Netouchka, Mamika, il y a du slave dans ces noms qui sonnent clair, et pour cause. Elle a cinquante pour cent de sang polonais dans ses veines. Il me faudra beaucoup de temps pour mieux identifier la Pologne, chercher la trace du père inconnu, reconstituer la traversée de l’Europe, imaginer l’enfant-valise, la définir comme celle que l’on a abandonnée. Elle est, elle était ma mère. "

 

Entretien avec Philippe Labro
pour son livre Ma mère, cette inconnue, chez Gallimard.

La vie de ma mère, c'est un roman.

Henriette a été une enfant sans amour, plusieurs fois abandonnée, et est devenue malgré tout une force tranquille et aimante. Philippe Labro a mené l'enquête pour retrouver les traces de son histoire et pour répondre aux questions qui le troublent.

D'où venons-nous ? Quel est le sang qui coule en nous ? Comment sa mère, après un tel manque d'amour, a-t-elle réussi à perdre sa mélancolie, son sentiment de solitude, pour devenir un tel monument d'amour ? D'où lui venaient force, volonté, résilience, amour de la vie, générosité sans limites ? Cette générosité qui vaudra à Jean-François et Henriette Labro le titre de Justes parmi les Nations, pour avoir protégé des Juifs pendant l'Occupation.
 

En écrivant on raccourcit le fil du temps, on coupe le temps

Philippe Labro lui-même est souvent sujet aux doutes, à la dépression, à la tristesse. Il attribue cela en partie à un héritage génétique : son père était neurasthénique, sa mère portait en elle la slavitude, la mélancolie slave. La littérature est pour lui un médicament, comme l'a été son métier de journaliste.

Il lui a fallu dix ans après la mort de sa mère pour écrire ce tombeau littéraire. Tant qu'elle était vivante, cela lui était impossible, tant elle incarnait la vie. Ce livre a été un travail thérapeutique tout autant que journalistique, à travers lettres, carnets de poésie, carnets de citations d'une mère qu'il a découvert intellectuelle, témoignages aussi. En lisant les lettres d'amour que ses parents se sont échangé, il est entré à petits pas dans leur intimité, leur amour charnel, leurs sentiments. 
 

Aimons-nous assez ceux que nous aimons ? se demandait Montherlant

Philippe Labro a le sentiment qu'il n'a pas assez aimé sa mère, ou qu'il aurait pu mieux l'aimer. Il est convaincu qu'il aurait pu lui donner plus de lui-même, de son temps et de son affection. Il aurait dû aussi passer plus de temps avec son père, qui était un lettré. Comment éviter le sentiment de culpabilité lorsque ceux que nous aimions ont disparu ?

 

Ecoutez l'entretien complet avec Philippe Labro

Newsletter La Première

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir