Louer un ami ou une amie, pour une heure ou pour une journée... c'est possible au Japon

Une amie de location
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Une amie de location - © Mint images / Afp

Les limites de la communication virtuelle

A l'heure des réseaux sociaux et de la communication par écrans interposés, certains en sont réduits à louer des amis... Des vrais, en chair et en os...

Les Japonais ont beau être connectés en permanence, ils ont manifestement du mal à créer du lien en dehors du net. Et du coup, ils s’achètent les services d'un ami ou d'une amie. Pour 20 euros de l'heure, vous pouvez payer quelqu'un pour quelques heures d'attention.

Depuis près d'une dizaine d'années maintenant, des agences spécialisées proposent différents services de location, destinés tant aux hommes qu'aux femmes. L'amitié, les relations humaines, tout se monnaie.... Et c'est un business florissant.

Sophia Marchesin est allée à Tokyo, pour Transversales, où elle a tout d'abord suivi deux jeunes trentenaires qui, l'espace de quelques minutes, vivent dans l'illusion d'être de vraies amies...

Richesse économique, misère relationnelle

Après la seconde guerre mondiale, les mentalités ont changé au Japon, on est devenu très riche, en termes de matériel, d'infrastructure, de technologies, mais on est devenu plus pauvre en termes de relations humaines.

A Tokyo, il y a beaucoup de personnes seules, tout particulièrement des personnes âgées. Souvent, elles ont perdu un membre de leur famille, plus personne ne vient les voir. Ou une fois à la retraite, elles se retrouvent seules. Il n'y a pas ici de groupes et de communautés avec lesquelles on peut parler, par exemple il n'y a pas d'églises au Japon ou d'espaces de rencontre. 

Par ailleurs, de nombreux jeunes hyper-connectés parviennent difficilement à créer des liens véritables. Pour du shopping ou une séance de cinéma, pour une semaine de vacances ou un mariage, les service proposés par les agences peuvent s'adapter à tous les besoins. 

 

Extraits...

"Ça fait 4 ans que je loue mes services comme amie, raconte Yo. Je sais que c'est un travail un peu particulier mais il y a une grande demande pour ce genre de services et certaines personnes ont besoin de nous, donc pour moi c'est normal. Quand j'étais plus jeune, j'étais comédienne, et les acteurs sont là pour jouer la comédie et donner de la joie. Il y a tous types de clients, des jeunes, des très vieux, et autant d'hommes que de femmes. Au Japon, il y a des hommes qui ont passé toute leur scolarité dans des écoles pour garçons sans avoir aucun contact avec des femmes, donc c'est très dur pour eux d'aborder une fille. C'est mon travail aussi de les entraîner à ça".
 

"Mes amis ne savent pas que Yo n'est pas ma véritable amie. Je n'ai pas envie qu'ils aient pitié de moi" explique Natski.


"Ce phénomène s'est mis en place petit à petit, précise Muriel Jolivet, sociologue à Tokyo. Ça a commencé par les mariages. Quand vous avez une famille qui n'est pas présentable, vous pouvez en louer une... C'est possible au Japon car une fois qu'on est marié, on ne voit plus beaucoup les familles et car il faut savoir que ce qui compte le plus, c'est la forme, beaucoup plus que le fond. L'emballage compte plus que le cadeau...

On peut tout louer au Japon, un ami, un petit-enfant, un petit ami à tenir par la main, jusqu'au sex friend. La société moderne est devenue très utilitaire, et finalement il y a une grande solitude partout et elle est particulièrement visible car les Japonais ne veulent pas déranger en racontant leurs problèmes ou en demandant un service.

C'est le problème numéro un des Japonais, ils ont l'air de communiquer beaucoup, mais au fond ils ne connaissent personne. Ils sont vraiment bloqués dans les rapports humains. Ils ne peuvent pas montrer ce qu'est leur vie intérieure."

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