"Like a King" de Ben Harper, une chanson sur l'affaire Rodney King et les émeutes de L.A. en 1992

Des chansons sur la question raciale aux États Unis, il n’en manque pas, depuis le fameux " Strange Fruit " de Billie Holiday " en 1939. On songe à des œuvres qui glorifient le fait d’être noir, comme James Brown et son " Say it loud ! I’m black and I’m proud ".

Ben Harper, artiste californien, fin compositeur guitariste chanteur, aux influences musicales nombreuses (blues, reggae, funk) est un héritier à la fois de Jimi Hendrix et Bob Marley. Ses origines sont multiples aussi. Blanc par sa mère d’origine juive lithuanienne, noir par son père, et indien par son grand-père paternel Cherokee…

Il est révélé au monde avec l’album " Welcome to the Cruel World " en 1994. C’est dans cet album qu’on trouve " Like a King ", directement inspiré par un fait divers dont l’onde de choc a secoué l’Amérique en 1991, et qui est connu sous le nom de " Affaire Rodney King ".

Une histoire malheureusement assez banale de racisme et de violence policière -  et dont heureusement pour lui le dénommé Rodney King sort bien abîmé mais vivant.

Nous sommes la nuit du 3 mars 1991 à Los Angeles. Rodney King rentre d’une soirée  avec des amis, ils ont regardé un match de basket, en compagnie de deux autres personnes. Il est pris en chasse par une patrouille pour excès de vitesse et mauvais réflexe, il fuit. S’en suit une course poursuite à toute allure sur 13 km. Il finit par s’arrêter. À ce moment-là, il est déjà pourchassé par trois voitures et un hélicoptère !

Les deux passagers se rendent sans protester et sans incident mais King refuse de sortir du véhicule. Une femme policier le braque, lui ordonne de sortir et de se coucher à plat ventre. Ce qu’il fait mais il se débat, il a alors quatre policiers sur lui, l’un d’eux utilise un taser avant de le tabasser. Il reçoit près de 50 coups. Une vingtaine de policiers sont présents et personne ne bouge. King finit par être maitrisé et menotté, les deux autres sont relâchés. King s’en sort avec 20 points de suture dont cinq dans la bouche, une mâchoire et une cheville cassées. Il est libéré après quatre jours, un procureur estime qu’aucune charge ne peut être retenue contre lui. On ne peut rien lui reprocher même s’il a un petit passé judiciaire, comme alcoolique qui a basculé dans la petite délinquance. Il a été condamné en 1989 pour avoir piqué la caisse d’un magasin.

Le " hic " c’est que toute la scène a été filmée depuis le balcon d’un habitant du quartier, George Holiday, une vidéo de 9 minutes qui va faire le tour des télévisions du monde entier.

Le deuxième " hic ", c’est qu’il porte plainte et s’ouvre alors le procès de quatre policiers en mars 1992 pour usage excessif de la force. La défense récuse les candidats jurés noirs et se trouve donc composé de 12 non noirs (10 blancs, un latino et un asiatique). Le 29 avril, ils sont acquittés. Dans l’heure des émeutes se déclenchent à Los Angeles.

Elles vont durer six jours. Le bilan est lourd, plus de 50 morts et plus de 1.000 bâtiments incendiés. Rodney King, qui n’est pas un orateur né, tente de calmer le jeu au bout du troisième jour. Il est pétrifié devant les caméras, il a du mal à trouver ses mots, et il dit en gros : " Euh, on ne peut pas tous s’entendre ? (Can we all just get along ?) Il y a déjà plein de brouillard en ville, c’est pas la peine d’en rajouter en allumant des incendies, ce n’est pas bien ". Et malgré le verdict, il dit qu’il faut faire confiance à la justice.

Le chef du LAPD (Los Angeles Police Department) doit démissionner et les policiers sont jugés en appel en 1993. Deux d’entre eux sont condamnés à 30 mois de prison, peine qu’ils purgent. Il s’en suit des réformes au sein de la police et la création de comités de vigilance citoyens (" Copwatch "). Il s’agit d’un réseau d'associations militantes qui surveillent la police afin de dénoncer et de faire connaître les dérapages et les violences policières.

Et que devient Rodney King ?

Pas grand-chose. Il tente de chercher du boulot mais sa célébrité le dessert. Il touchera près de 4 millions de dollars. Ça lui permet d’acheter une petite maison et une autre pour sa maman. Il fonde même avec cet argent une éphémère compagnie de disques dédiée au rap. Mais l’alcool et la conduite en état d’ébriété lui valent d’autres déboires. En 1993, il crashe sa bagnole contre un mur. En 1995, il est accusé d’avoir bousculé sa femme avec sa voiture. Rebelote en 2003 pour " conduite erratique "… Après quoi il s’engage enfin dans un programme de " réhabilitation " comme disent les américains.

Un peu avant sa mort en 2012, il a publié un livre intitulé " The Riot within : My journey from rebellion to redemption ". Et chose étonnante, le chef de la police de Los Angeles, Charlie Beck, en poste en 2012, a eu ces sages paroles après son décès : " Il faut se souvenir de lui non pour les épreuves qu’il a traversées et les démons de sa vie personnelle mais pour les changements très positifs que son existence a apporté aux forces de police de cette ville. "

La subtilité de Ben Harper est de mélanger deux " King " dans sa chanson : Rodney et Martin Luther King, la grande figure du mouvement pour les droits civiques des années 60.

Écoutez l’intégralité de " Like a king " de Ben Harper :

Paroles et traduction de "Like A King" ("Comme un roi") :

Well Martin's dream
Voici que le rêve de Martin
Has become Rodney's worst nightmare
Est devenu le pire cauchemard de Rodney.
Can't walk the streets
On ne peut pas Auguster dans la rue,
To them we are fair game
Pour eux nous sommes des proies,
Our lives don't mean a thing
Nos vies ne signifient rien.

 

Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
Rodney King, Rodney King, Rodney King
Rodney King, Rodney King, Rodney King.
Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
How I wish you could help us Dr. King
Comme j'aimerais que vous puissiez nous aider Docteur King.

Make sure it's filmed
Assurez-vous que ce soit filmé,
Shown on national T. V.
Montré à la télévision nationale.
They'll have no mercy
Ils n'auront aucune pitié.
A legal lynch mob
Un lynchage légal organisé,
Like the days strung up from the tree
Comme aux jours où l'on pendait haut et court.
The L. A. P. D.
La police de Los Angeles.

 

Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
Rodney King, Rodney King, Rodney King
Rodney King, Rodney King, Rodney King.
Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
How I wish you could help us Dr. King
Comme j'aimerais que vous puissiez nous aider Docteur King.

So if you catch yourself
Si vous vous prenez
Thinking it has changed for the best
à penser que la situation s'est améliorée,
You better second guess
Vous feriez mieux de vous raviser
Cause Martin's dream
Parce que le rêve de Martin
Has become Rodney's worst nightmare
Est devenu le pire cauchemard de Rodney.

 

Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
Rodney King, Rodney King, Rodney King
Rodney King, Rodney King, Rodney King.
Like a king, like a king, like a king
Comme un roi, comme un roi, comme un roi.
How I wish you could help us Dr. King
Comme j'aimerais que vous puissiez nous aider Docteur King.