Libra vs billets, quand Facebook joue les banquiers

Facebook lance sa cryptomonnaie
Facebook lance sa cryptomonnaie - © Pixabay

Facebook lance sa crypto-monnaie et le monde risque bien de changer… dépassant le projet du bitcoin, souhaitant jouer d’abord un rôle dans les paiements transfrontaliers, le monstre aux pouces bleus inquiète les banques mais séduira sans doute de nombreux utilisateurs. Pour s’y retrouver et comprendre les enjeux, une chronique de Gilles Quoistiaux.

Facebook, l'un des géants mondiaux de la technologie, va lancer sa propre cryptomonnaie, le Libra.

Le Libra sera disponible sur les smartphones du monde entier, à partir de 2020. On pourra l’acheter via une application développée par Facebook, nommée Calibra, une sorte de portefeuille électronique. On pourra aussi l’utiliser dans les applications appartenant à la galaxie Facebook : WhatsApp, Facebook Messenger, Instagram.

Dans un premier temps, le Libra vise surtout le marché des paiements transfrontaliers, notamment les transferts d’argent vers les pays émergents. Le Libra veut remplir le rôle d’un Western Union en quelque sorte. Dans un deuxième temps, il sera possible de régler des paiements entre amis sur la messagerie WhatsApp ou sur Facebook Messenger.
 

Des ambitions illimitées

Clairement, Facebook ne compte pas s’arrêter là. Le réseau social a conclu toute une série de partenariats avec de grandes entreprises technologiques, qui utiliseront sa cryptomonnaie. Demain, il sera sans doute possible de payer sa course Uber avec du Libra, on pourra réserver un hôtel via Booking avec du Libra, Spotify a aussi annoncé qu’il prévoyait de rémunérer les artistes présents sur sa plateforme avec du Libra.

Et on peut imaginer que Facebook développe de plus en plus de services bancaires et financiers autour de cette nouvelle monnaie. Nous aurons peut-être bientôt un compte à vue ou un compte d’épargne en Libra, une carte de crédit Libra, ou nous contracterons peut-être un emprunt hypothécaire en Libra.
 

2,7 milliards d’utilisateurs potentiels

Cette cryptomonnaie a plusieurs atouts pour s'imposer. Tout d’abord, elle bénéficie d’un réservoir de clients potentiels absolument unique. On parle de 2,7 milliards d’utilisateurs des applications Facebook, WhatsApp et Instagram. Aucune banque n’est capable de s’adresser en un clic à une telle audience.

Deuxièmement, Facebook s’est associé à des entreprises réputées, pour lancer sa cryptomonnaie. Parmi la Libra Association, qui va gérer collectivement le Libra, il y a des grands noms du paiement et de la technologie : Visa, Mastercard, PayPal, Uber, Ebay, Booking, Spotify, la maison mère de Free en France, etc. Ces entreprises ont mis chacune au moins 10 millions de dollars dans l’aventure. Avec des soutiens pareils, le Libra est bien positionné pour devenir la première monnaie virtuelle mondiale.
 

La fin du bitcoin ?

Le Libra pourrait réussir son coup, là où le bitcoin a échoué. Le bitcoin et les cryptomonnaies aujourd’hui, c’est encore un espace assez underground. On parle de quelques dizaines de millions de détenteurs de cryptomonnaies dans le monde. Ce n’est pas mal, mais c’est sans comparaison avec l’audience de géants de la technologie comme Facebook ou ses partenaires.

Le bitcoin était une sorte d’utopie monétaire. L’ambition du bitcoin était de devenir une monnaie numérique mondiale. Aujourd’hui, c’est plutôt un instrument spéculatif et, pour les plus convaincus, une réserve de valeur, une sorte d’or numérique. Mais ce n’est pas une monnaie électronique qui permet d’acheter un magazine, un abonnement à une plateforme de streaming ou de payer son déplacement en trottinette électrique.
 

Le Libra ne fait pas que des heureux

Forcément, les banques ne sont pas hyper enthousiastes. Un géant comme Facebook qui vient marcher sur leurs plates-bandes, ça ne leur fait pas plaisir. L’économiste en chef de BNP Paribas parle de concurrence déloyale. Il craint que Facebook puisse proposer des services bancaires sans devoir se soumettre aux règles strictes qui s’imposent aux banques.

Et les Etats eux-mêmes peuvent aussi commencer à trembler. On parle de Facebook, une plateforme mondiale, une sorte de proto-Etat numérique. Et ce proto-Etat pourrait un jour battre monnaie, ce qui était jusqu’à présent une compétence réservée des Etats ou des associations d’Etats comme l’Union européenne.
 

Une bonne nouvelle pour le consommateur ?

Le Libra est un nouvel acteur dans les services des paiements et dans les services bancaires, le consommateur pourra donc faire jouer la concurrence.

Les avantages du Libra seront certainement l’accessibilité, la facilité d’utilisation sur son smartphone. Le Libra promet aussi des paiements rapides et sécurisés, forcément, mais aussi des frais réduits, ce qui sera à vérifier.

Mais il faudra aussi être attentif à la gestion de nos données personnelles. Nos données de paiement seront stockées dans le portefeuille en ligne Calibra, qui est une filiale de Facebook. On sait que Facebook a déjà été épinglé à de nombreuses reprises pour sa gestion défaillante des données personnelles de ses utilisateurs.

On voit bien qu’on est très éloigné de la philosophie du bitcoin, qui défend l’anonymat de ses utilisateurs , ainsi qu'une monnaie décentralisée gérée par la communauté du bitcoin, et pas par une grande entreprise comme Facebook. Mais ces grands idéaux seront probablement balayés par le Libra, qui débarquera donc en 2020.

Suivez ici la séquence de Gilles Quoistiaux

 

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