"Les touristes envahissent la planète", l'écotourisme la solution ?

Comment adapter nos habitudes de consommation tout en respectant les pays que nous visitons ? Qu’est-ce que l’écotourisme ? Est-ce la même chose que le tourisme vert ? Pierrette Nicolosi, administratrice chez Altervoyages asbl et Paul Lorsignol du tour-opérateur Travel Sensations étaient les invités de Fabrice Lambert dans Tendances Première.

L’écotourisme quèsaco ?

L’écotourisme, ce n’est pas un concept neuf, l’objectif est que le touriste, par ce qu’il dépense sur place, aide à ce qu’il y ait une préservation de l’écosystème naturel et soutienne aussi des populations locales. Le concept est large et l’intérêt financier du tourisme encore plus.

La séparation entre l’aspect financier et le projet réel ne tient en effet qu’à un fil, car autant l’aspect marketing que le projet sont véritablement intéressants. Le Costa Rica, est souvent cité en exemple de ces pays qui pratiquent l’écotourisme. Mais en fait, cette étiquette "écotouristique" n’est parfois pas beaucoup plus qu’une étiquette pour vendre un concept. En effet le pays a beaucoup développé l’écotourisme, mais tellement que le projet en a perdu son essence.

Beaucoup de sites sont intensément visités, suraménagés avec énormément de touristes, alors que d’autres sites sont oubliés des tour-opérateurs.

Le cas du Costa Rica, qui s’est construit une image autour de l’écotourisme, est aussi la conséquence des méga tour-opérateurs très friands de cette image, et qui ont envoyé les touristes vers ce pays. Mais le bilan retiré est malheureusement très négatif : les communautés sont envahies, expropriées. L’image donnée cache une vérité différente et l’écotourisme mis à toutes les sauces.

Du coup, comment faire la différence ?

Rien de plus facile, en effet, que de labelliser un voyage "d’écotouriste " en ajoutant la visite d’une communauté, d’un parc national etc.… Or, l’écotourisme c’est beaucoup plus complexe que cela. Beaucoup plus qu’une communauté qui se retrouve marchandisée, exploitée, folklorisée. Si les gens demandent de l’authenticité dans l’approche, il faut réellement se renseigner et prendre le temps de choisir la bonne agence. Et souvent, la bonne agence c’est la petite structure à taille humaine. Le seul conseil : se méfier des grands tour-opérateurs et se méfier des visites de masse. Cela dit, il n’y a pas une bonne façon de pratiquer l’écotourisme, c’est vraiment au cas par cas.

Écotourisme vs tourisme vert

Écotourisme n’est pas forcément synonyme de tourisme vert ou dans la nature. Il faut bien différencier les deux approches, l’écotourisme correspond plutôt au concept où, grâce aux touristes, on peut développer, soutenir des modifications locales, préserver des écosystèmes. Le tourisme vert, c’est voyager en limitant au maximum son emprunte carbone tout au long de son voyage, ce qui signifie par exemple ne pas voyager en avion etc.. A contrario il ne faut pas forcément partir loin pour pratiquer l’écotourisme et pour soutenir des communautés locales.

Partir loin est une tendance toujours présente, et plus qu’actuelle. Les gens sont tentés, bombardés par des images d’îles paradisiaques à l’autre bout de la terre. Le voyage à l’autre bout de monde s’est bien développé et devient de plus en plus accessible. C'est bien pour le voyageur, mais mauvais pour l’environnement et pour les populations locales. On peut malgré tout le faire convenablement et pas comme un mouton. Comme l’explique Paul Lorsignol tous les quarts d’heure, en Afrique, on tue un éléphant. Il y a énormément de braconnage mais si on pousse tous les touristes à aller dans tel ou tel parc plus respectueux de l’écosystème, on va motiver alors les autorités, c’est tout bénéfice. C’est un peu l’idée de l’écotourisme.

L’écotourisme s’oppose, par essence, aux endroits survisités et propose d’amener les touristes vers autre chose et d’éviter les pratiques qui peuvent nuire à l’environnement, aux communautés et à l’écosystème. Par exemple, ne plus monter sur le dos d’un éléphant lors d’un voyage en Asie. Il s’agit réellement d’orienter le voyageur vers autre chose: un tourisme alternatif. Car souvent les gens paient des sommes astronomiques pour être dépaysés et reviennent finalement très déçus par cette expérience du tourisme de masse.

Ça coûte plus cher ?

Oui répondent sans hésitation les deux invités, mais ça vaut la peine.

Si on se contente de réserver un hôtel 5 étoile à Bali ou en Thailande, ça ne coûte pas cher mais ça ne mérite certainement pas plus, tant pour le voyage, les découvertes et bien sûr que pour l’impact sur la région.

Si on veut une découverte intelligente, encadré, avec un guide local avec un vrai retour pour les communautés, oui on doit mettre la main à la poche, mais on va avoir un tout autre voyage qui va réellement répondre aux attentes.

 

 

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