Les soldats allemands étaient-ils dopés ?

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Durant la seconde guerre mondiale les soldats allemands étaient-ils dopés ? Quel usage la Wermacht faisait de la Pervitine, méthamphétamine crée dans les années 30, interdite à l’usage privé dès 1941 mais qui était visiblement prisée des conducteurs de chars, des aviateurs et des commandos de l’armée allemande ?

En observant la mécanique de la Guerre Eclair, Hugues Wenkin, historien belge, auteur des livres "Eben-Emael, l'autre vérité" et " Rommel. En pointe du Blitzkrieg, de l'Ardenne à la Manche " (ed. Weyrich) apporte quelques éléments de réponse.

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Les junkies d'Hitler

Pourquoi l'Allemagne du IIIe Reich a-t-elle drogué à la méthamphétamine ses cadres et ses soldats jusqu'à épuisement ? Comment Hitler a-t-il mis en place une véritable course à l'armement médicamenteux, dans sa quête effrénée d'une pilule miracle donnant un sentiment d'invincibilité ? Quel était le rapport du Führer avec les drogues, qu'il consommait lui-même quotidiennement ? Ce film raconte l'incroyable épopée du projet D-IX et de la méthamphétamine, dont la distribution massive aux soldats du IIIe Reich a certainement changé le cours de l'histoire...

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"Eben-Emael, l'autre vérité": les manquements belges ont facilité la création d'un mythe

"Eben-Emael, l'autre vérité", c’est le titre du dernier ouvrage signé par Hugues Wenkin et qui vient de paraître aux éditions Weyrich. Auteur pour plusieurs magazines spécialisés de nombreux articles consacrés à l’histoire de la guerre mécanisée, Hugues Wenkin a également publié un ouvrage traitant de la bataille de Stavelot-La Gleize et un autre sur le maréchal allemand Erwin Rommel.

La chute du fort d'Eben-Emael, dans les premières heures de la seconde guerre mondiale, est un épisode qui a été abondamment utilisé par la propagande allemande de l’époque. Il faut dire que le fort était la clé de voûte de la ligne défensive du Canal Albert et qu’il était considéré par le commandement germanique comme le plus puissant d'Europe. Sa garnison était forte de 600 artilleurs. Attaqué avant l'aube le 10 mai 1940, il ne tiendra pourtant que 36 heures face à une unité allemande de moins de 100 sapeurs-parachutistes, les Fallschirmjäger.

Des manquements à tous les niveaux

L'armée allemande était certes bien préparée et dotée de moyens nouveaux. Elle a mené à Eben-Emael, la deuxième opération parachutée de l’histoire, la première avait été son attaque de la Norvège un mois plus tôt. Elle a aussi, pour la première fois dans l’histoire, utilisé des planeurs et des explosifs à charge creuse.

Mais sa tâche a été facilitée par d'importants manquements côté belge. C'est ce que met crûment en lumière "Eben-Emael, l'autre vérité". Certaines fautes commises alors étaient connues, mais leur étendue réelle a surpris Hugues Wenkin lui-même : "Il y a eu énormément de manquements du côté belge. Mais je voudrais dire que ce n’est pas uniquement la garnison qui était dans les manquements, il y avait des manquements à tous les niveaux".

"Il y avait des manquements au niveau de l’état-major de l’armée belge qui, depuis le 1er janvier 1940, savait que le pays était menacé par une attaque aéroportée parce qu’il y avait un avion qui s’était crashé en Belgique avec des plans qui expliquaient un projet très concret d’une attaque aéroportée."

"Dans les faits, il n’y a pas d’instructions très claires qui ont été données par exemple au fort d’Eben-Emael pour défendre sa superstructure. Il y a également eu des problèmes au niveau de la division qui vient s’installer autour du fort d’Eben-Emael, qui arrive le 1er mai. Cette division devait normalement aider à la défense de la superstructure du fort. Dans les faits, non seulement elle ne met pas des mitrailleuses dirigées vers la superstructure du fort, mais quand elle doit contre-attaquer, sa contre-attaque est pour le moins inefficace."

"Ensuite, oui, il y a eu des manquements à l’intérieur du fort : des erreurs de commandements, des erreurs tactiques, qui peuvent être associées au stress de l’attaque proprement-dite, mais on ne peut pas dire qu’il y a eu un effet de surprise parce que le fort a été averti d’une menace potentielle à minuit trente, les Allemands arrivent trois heures trente après et il n’y a qu’un seul ouvrage sur la superstructure du fort capable de se défendre à ce moment-là."

Le rapport de 2000 pages de la commission de 1947

Cette "autre vérité", où Hugues Wenkin l’a-t-il trouvée ? "J’ai eu la chance de la découvrir aux archives de l’armée belge", explique l’auteur.

"Quand vous faites des recherches sur le sujet, quand vous vous présentez là-bas, la première chose qu’on vous donne, c’est ce qu’on donne à tous les historiens d’habitude et c’est déjà une bonne base. Mais ce travail avait été écrit après-guerre, il y a des informations qui sont rigoureusement exactes, par contre elles étaient lacunaires sur la chute du fort."

"J’avais entendu parler d’un dossier, le dossier de la commission des forts, faite en 1947, pour analyser pourquoi les forts sont tombés aussi vite. J’ai demandé ce dossier en 2010. J’ai dû montrer patte blanche et j’ai fini par l’avoir. Ces 2000 pages de dossier révèlent en fait tout ce qui s’est passé."

Tuer le mythe

Le contenu de ce dossier a ébahi Hugues Wenkin. Pour lui, il était important de faire connaître cette "autre vérité" : "C’est une tache indélébile dans notre histoire militaire. Je suis belge, et fier de l’être, et je suis, à la limite, triste que cela fasse autant de bruit. Mais comme les Allemands ont tiré un mythe d’Eben-Emael, ils sont à la base de la création de ce mythe. Ils l’ont utilisé à des fins de propagande. Ne pas tuer ce mythe, c’est laisser survivre les mensonges nazis encore à notre époque".

Hugues Wenkin donnera des conférences sur le sujet le 29 mai à 16 heures au fort d'Eben-Emael et le 9 juin prochain à 20 heures à l'administration communale d'Aywaille.

(Martial Giot)

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