Les réseaux sociaux, une menace pour la langue française ?

Phnober (ou snober quelqu’un quand on est sur son smartphone), fake news, putaclics : de nouveaux mots pour de nouvelles pratiques. Mais notre utilisation des réseaux sociaux et des nouvelles technologies est-elle "un danger" pour la langue française ? Pour Michel Francard, linguiste et professeur émérite à l’UCL, c’est une diversification et une évolution logique.

Comme d’autres, la langue française est soumise aux avis des puristes et défendue corps et âme par son Académie. Une langue sur laquelle pèse certaines normes installées depuis le 17ème siècle pour des raisons, notamment, politiques. "Le rapport des Français à leur langue est un rapport de type patrimonial, ils complexifient les rapports à la langue", signale Michel Francard.

Une langue française éclatée

Mais force est de constater que la langue française subit un éclatement certain en raison des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Réseaux sociaux où chacun peut s’exprimer beaucoup plus facilement. Pour Michel Francard, cette réalité s’exprime dans le domaine de l’écrit en particulier : "Jusqu’à présent le domaine de l’écrit était un domaine d’une langue très formelle et très académique. Les réseaux sociaux vous proposent des formes d’écriture qui n’ont plus rien d’académique mais qui ouvrent le champ de l’écrit à des tas de locuteurs, à des tas de francophones qui auparavant n’avaient pas ce medium".

Pas appauvri, mais diversifié

On entend régulièrement que les réseaux sociaux appauvrissent le langage des jeunes. "Il y a toujours dans ces constats une part de vérité. C’est vrai que si on fait des enquêtes comparatives de compétences on arriverait sans doute à montrer que le niveau n’est pas le même qu'auparavant. Je n’ai pas dit qu’il était moindre mais il n’est pas le même aujourd’hui. Il n’est certainement pas appauvri", insiste-t-il.

Ce qu’il se passe, pour le linguiste auteur de "Vous avez de ces mots", c’est que certaines personnes ayant toujours été confrontées au français académique sont aujourd’hui devant toute une série de messages qu’ils n’avaient pas l’habitude de lire. Ces mêmes messages peuvent heurter leurs habitudes grammaticales et leurs habitudes d’expression. "Il y a un choc qui se produit : un choc entre les générations, un choc aussi entre des situations de communication. Des personnes ne peuvent pas comprendre que Twitter ou Facebook, c’est un style informel. Donc on n’écrit pas sur Twitter comme on écrit à l’Académie ".

Spoiler ou divulgacher ?

Certains puristes pointent parfois du doigt les anglicismes présents dans la langue française. C’est le cas, récemment, du verbe "spoiler" : gâcher le plaisir d’une personne en lui divulguant la fin d’un livre ou l’intrigue d’un film. "C’est un terme qui donne du sens et qui ne trouve pas d’équivalent en français", dit Michel Francard. Bien que nous ayons "divulguer" ou "dévoiler", il manque selon l’auteur cette notion de gâcher quelque chose. Cependant les Canadiens, eux, ont trouvé la parade et utilisent le mot le mot-valise … "divulgacher": "Je suis prêt à l’utiliser mais dans la réalité des réseaux sociaux, c’est spoiler qui s’est manifestement imposé".

 

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