Prêt à travailler 2h45 par mois pour consommer sain et équitable ?

Bees Coop à Bruxelles collabore avec des petits maraîchers qui viennent de Bruxelles et alentours
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Bees Coop à Bruxelles collabore avec des petits maraîchers qui viennent de Bruxelles et alentours - © Bees Coop

Le modèle des super et hypermarchés est de plus en plus souvent décrié, au profit de structures plus petites, comme les supermarchés coopératifs et participatifs, plus éco-responsables, plus soucieux du bien-être social.

Un exemple ? Le Bees Coop, ouvert officiellement depuis six mois après une phase test, dans un bâtiment de 600 mètres carrés, rue van Hove à Schaerbeek. 

Une alternative à la grande distribution classique, qui propose des produits de qualité à des prix accessibles à tous, moyennant quelques heures de bénévolat par mois pour les coopérateurs. Aujourd’hui, il y a déjà 1800 coopérateurs. Le défi, vu le succès, sera justement de rester à taille humaine.

Un reportage de Jérôme Durant
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Chez Bees Coop, premier supermarché participatif en Belgique, les clients sont propriétaires et participatifs, c'est à dire qu'ils doivent donner de leur temps. Ils ont ainsi accès à des produits de haute qualité à des prix intéressants. 1800 coopérateurs ont déjà franchi le pas.

Toutes les personnes qui veulent faire leurs courses chez Bees Coop s'engagent donc à y travailler 2h45 toutes les 4 semaines, contrairement à d'autres supermarchés coopératifs mais pas participatifs. Les coopérateurs reçoivent une formation. "C'est du win-win, c'est motivant de s'engager." Les salariés, en très petit nombre, sont toujours présents pour donner leurs conseils et assurer les shifts.

Bees Coop est aussi une coopérative sans but lucratif, elle propose des produits de qualité au prix le plus juste possible, tant pour les producteurs que pour les consommateurs. On y trouve principalement des produits issus de l'agriculture biologique, d'autres non-bio mais respectueux de l'homme et de l'environnement, à des prix moins élevés que dans les supermarchés classiques. 

Ce modèle économique est-il viable ?

Martin Raucent est un des salariés de Bees Coop, il gère l'aspect financier du projet. Il nous en explique le financement. Pour être membre de cette coopérative à finalité sociale, il faut prendre au moins une part.

  • La part A est à 25 euros et concerne les personnes physiques qui viennent travailler dans le magasin. On peut ne prendre qu'une part, 4 étant le nombre recommandé.
  • La part B est pour les personnes morales, comme les associations du quartier qui s'approvisionnent au magasin mais avec contrepartie. Comme par exemple La Balsamine qui offre en échange un lieu d'accueil pour les assemblées générales de Bees Coop.
  • La part C est la part de soutien à 250 €.

Le chiffre d'affaires est en augmentation constante mais "le grand défi de Bees Coop c'est qu'on a une marge unique, très petite, à 1.2, c'est à dire qu'on achète à 1€, on revend à 1.20€. Alors que dans la grande distribution classique, les marges sont très variables. On vise uniquement à être rentable, donc à avoir suffisamment d'argent pour nos frais de fonctionnement de 16%, la banque, les salaires, mais on ne cherche pas à engendrer de bénéfices. Il est marqué statutairement qu'on donne 0% de dividendes à nos coopérateurs."

La coopérative collabore avec des petits maraîchers qui viennent de Bruxelles et alentours et travaillent en bio-intensif. 70 % de leur production part chez Bees Coop, qui prend aussi les produits non standards en termes de forme ou de taille. Les invendus sont placés dans de seaux par les coopérateurs et deviendront un engrais liquide pour les champs. Les coopérateurs comprennent ainsi mieux ce qu'est le maraîchage. Ils se réapproprient leur nourriture, leur environnement.

 

Un modèle inspirant

Park Slope Food Coop à New York a inspiré Bees Coop. C'est un bon exemple de la pérennité de ce type de structure. Il faut effectivement un modèle économique solide, avec une chaîne de valeur bien étudiée et maîtrisée en amont, car on est bien dans un projet entrepreneurial avec des contraintes économiques importantes.

D'autres initiatives commencent à essaimer, comme Coopéco à Charleroi. C'est bien de coopérer au sein de sa structure, en interne, mais c'est encore mieux de coopérer entre structures et de montrer que dans le même secteur, on peut s'entraider. Coopéco s'est inspirée du modèle de Bees Coop, qui a aménagé les règles, donné des conseils. "Il y a beaucoup de bienveillance dans ce type de projets, et ça fait vraiment avancer les choses." Coopéco a la volonté de s'intégrer dans le tissu urbain de Marchienne, travaille en collaboration avec une entreprise d'insertion, projette d'ouvrir un repair café. La coopérative grandit au rythme de ses coopérateurs, qui sont aujourd'hui 400.

Quentin Crespel, l'un des fondateurs de la coopérative Bees Coop, ne souhaite pas que la coopérative grandisse exagérément. "Pour que ça reste convivial, agréable, il y a une taille limite au projet. Il y a de la place encore pour au moins mille collaborateurs en plus. Mais on est dans un projet open source, on est prêt à partager notre expérience, nos fournisseurs, et on le fait déjà. L'idée est plus de répliquer des projets à taille humaine que d'en faire un méga grand supermarché. On a créé 7 emplois directs, on crée aussi de l'emploi de qualité autour du magasin avec la multitude de petits fournisseurs de produits ou de services."

En terme de mixité sociale, il est clair que les coopérateurs dans un premier temps ont un capital culturel élevé plutôt qu'économique, ils sont déjà conscients des enjeux de la consommation responsable. Par ailleurs, une cellule de mixité sociale a été mise en place pour aller à la rencontre des acteurs de quartier et créer des ponts.

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En face, il y a donc la grande distribution. Comment réagit-elle à cette nouvelle tendance ?  Eh bien, elle tente de s’adapter, à sa façon, en proposant des produits bio et des produits en vrac, pour réduire les emballages. Mais tout le monde n’est pas convaincu de la sincérité écologique de cette démarche. Certains accusent la grande distribution de ne suivre le mouvement que pour des raisons de profit.

Nicolas Lejman a rencontré divers acteurs de ce secteur : Carrefour, Lidl... Ecoutez ici...

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