Les logiciels sur mesure,les métaux magnétiques et les transgressions sexuelles

Ce samedi 18 janvier 2020,  Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ECLAIREURS : Bertrand Dupé, Théoricien en Sciences des matériaux, Chercheur qualifié FNRS au NANOMAT de l’ULiège ; Vincent Englebert, Professeur à la Faculté d'Informatique de l’UNamur et membre du NADI & Sophie Leclère,  Docteure en Histoire médiévale, rédactrice du blog What-Sup et Coordinatrice du projet PhDs@Work à l’UCLouvain.

 

DIRECT : samedi 18 janvier 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 19 janvier 2020 à 23h10’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bertrand Dupé

Bertrand Dupé est Chercheur Qualifié FNRS, affecté à l’équipe de recherche Nanomat de l’Université de Liège.

Après avoir étudié la physique pendant un an à l’Université de Lisbonne, Bertrand Dupé a obtenu un Master et un Magistère de Physique fondamentale de l’Université Paris Sud Saclay en 2007. Il a ensuite obtenu un Doctorat en Science des Matériaux de l’Ecole Centrale de Paris en 2010. Après 9 ans de recherches en Allemagne, Dr. Bertrand Dupé a intégré le FNRS en 2019.

Regardez ici la vidéo FNRS sur les recherches de Bertrand Dupé :

Depuis 2007, ses travaux portent sur l’exploration théorique de nouveaux matériaux pour le stockage et le transfert de l’information numérique sans application de courant électrique.  En effet, dans notre utilisation quotidienne d’objet électronique (téléphone portable, ordinateur…), le courant électrique est la principale source de perte d’énergie sous forme de chaleur. Ces pertes sont dues aux collisions entre les particules électriques élémentaires (les électrons) et leur environnement (les atomes, les défauts…). Limiter les pertes d’énergie électrique revient donc à limiter l’utilisation de ces courants.

En 2007, une première voie est ouverte avec l’utilisation d’aimants manipulables par un champ électrique: Les matériaux multiferroiques. Ces matériaux sont très rares ;  cependant, le plus connu est simplement composé de Bismuth, de Fer et d’Oxygène. Ces matériaux ont la particularité de pouvoir stocker l’information sur de très longues durées et pouvoir être intégrés dans les dispositifs industriels actuels.

Depuis 2011, Bertrand Dupé s’intéresse à l’utilisation d’aimants de la taille de quelques atomes pour stocker et transmettre l’information numérique. En effet, le comportement collectif de ceux-ci peut être surprenant : dans certaines configurations, ces ensembles d’aimants deviennent très stables ou topologiquement protégés. Pour les physiciens de la matière,  l’utilisation de la topologie est assez récente et fut l’objet d’un prix Nobel de Physique en 2016.

La topologie est une branche des mathématiques qui permet de classer différents objets en fonction de leurs formes. Par exemple, un boulet Liégeois a la même topologie qu’une gaufre mais est différente d’une tasse de café : contrairement à la gaufre, elle est trouée à cause de son anse. Pour les physiciens, changer la topologie implique qu’une très grande quantité d’énergie est nécessaire pour changer la forme de ces aimants. Les aimants dotés de cette propriété peuvent donc présenter l’avantage de pouvoir stocker l’information numérique pendant un temps infiniment long.

En 2014, une découverte fascinante est effectuée : l’un de ces groupes d’aimants, appelé skyrmion, peut être manipulé à température ambiante dans des matériaux conventionnels (bien que très chers) comme du Cobalt, du Fer avec de l’Iridium ou du Platine. Cette découverte pourrait permettre l’avènement d’une technologie de rupture : l’utilisation de disque dur tri-dimensionnel beaucoup plus compact et beaucoup moins gourmand en énergie.

Depuis 2019, Bertrand Dupé poursuit ses recherches sur les matériaux et les structures topologiques à l’Université de Liège et souhaite les appliquer aux ordinateurs quantiques

Vincent Englebert

Vincent Englebert est Professeur à la Faculté d'Informatique de l’Université de Namur et membre de l’Institut de recherche NADI. Il a été doyen de la Faculté d’informatique de 2015 à 2019 et directeur du programme de Master de spécialisation en Informatique & Innovation. Son domaine de recherche est l'ingénierie du logiciel, à savoir comment produire efficacement des systèmes informatiques de qualité respectant les cahiers des charges. Ses recherches ont mené à différents résultats.

Le premier est un atelier logiciel de " métamodélisation " (MetaDONE). Il permet aux informaticiens de concevoir des langages de modélisation spécifiques à leurs besoins et de disposer d’outils ad hoc facilement configurables sans recourir à des développements qui se révéleraient trop onéreux. En effet, quelques centaines de lignes suffisent à définir un outil de modélisation spécifique là où normalement plusieurs dizaines de milliers de lignes sont nécessaires avec un langage de programmation usuel ou d’autres outils de métamodélisation.

Regardez ici comment le langage BPMN (le langage le plus utilisé dans le monde industriel pour modéliser des processus métiers) est mis en œuvre dans MetaDONE.

 

Le deuxième est  une extension de l’environnement Eclipse (DicoMEF) permettant à de grandes équipes d’informaticiens réparties géographiquement de travailler indépendamment sur un même projet de conception tout en s’assurant que leurs contributions s’intégreront de manière consistante.

Actuellement, Vincent Englebert poursuit aussi deux autres projets.

Le premier projet porte sur l’élaboration d’une méthode de conception permettant d’automatiser la production de lignes de produits logiciels, c.-à-d. comment produire des familles de logiciels distincts, mais présentant suffisamment de similitudes pour appartenir à une même famille. Par exemple, une application touristique conçue tantôt pour un musée, un parc d’attractions, ou un office de tourisme d’une ville ; pouvant fonctionner avec différentes technologies ; autorisant différents types de paiements ; s’interfaçant avec différents réseaux sociaux à la demande ; disponibles dans différentes langues, se conformant aux législations nationales et offrant des services à la demande des commanditaires. Cette famille comprend potentiellement des milliers d’applications qui ne peuvent être développées spécifiquement. Cette méthode permettra d’élaborer une forme d’usine propre à un domaine spécifique et capable de produire différents logiciels répondant aux caractéristiques souhaitées par un commanditaire.

Le second projet auquel travaille Vincent Englebert est lié à la problématique du vieillissement. D’ici 2060, un tiers de la population en Europe aura plus de 65 ans, et sera donc constituée de personnes qui ont forcément moins de 65 ans aujourd’hui. Or notre vie quotidienne est devenue dépendante d’un " capital numérique " constitué d’applications qui sont tantôt indispensables (taxonweb, e-banking, …), tantôt avec une valeur ajoutée telle qu’il deviendra difficile voire impossible de s’en priver (agenda, aide à la navigation, réseaux sociaux, appareil photo, outil de planification, réservation en ligne …). Malheureusement, le vieillissement entraîne une perte de capacités de différents ordres (cognitif, visuel, ouïe, dextérité …) qui  complique potentiellement  l’accès aux applications informatiques (apps sur smartphones, sites web…). Ainsi, un problème de vision peut  altérer notre perception des détails sur un écran, le rhumatisme peut altérer notre dextérité et compliquer l’usage d’écrans tactiles, la perte de capacités cognitives peut nous faire perdre nos repères devant un écran présentant trop d’informations … Le projet Silverkit a pour objectif de concevoir un outil qui permettra d’adapter l’interface graphique des applications aux difficultés de chaque utilisateur, et ce de manière spécifique. Ce projet est financé par le Fundraising de l’Université de Namur.

Enfin, Vincent Englebert a également été l’initiateur du projet School-IT qui a permis de développer des matériaux pour faciliter l’enseignement de la pensée informatique dans les écoles.

Sophie Leclère

Sophie Leclère est Historienne, Coordinatrice du projet PhDs@Work à l’UCLouvain qui vise à améliorer l’employabilité des docteur·es en dehors du monde académique. Elle est aussi rédactrice du blog What-Sup, consacré à des réflexions diverses sur la thématique générale de l’enseignement supérieur, avec un focus sur la question du doctorat, et le vécu des doctorant·es.

Blog What-Sup

Découvrez ici le blog What-Sup de Sophie Leclere :

Sophie Leclère est titulaire d’un diplôme en Histoire à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). En 2017, elle a soutenu une thèse, en cotutelle entre l’Université Saint-Louis et l’ULB, en Histoire médiévale. Sa recherche doctorale s’intitule : " Sexe, normes et transgression. Contrôler les pratiques sexuelles et matrimoniales à l’époque carolingienne (740-840) ". L’objectif de cette thèse était de contribuer à une meilleure compréhension du phénomène législatif durant la période carolingienne en partant d’un cas particulier : la répression de la sexualité. Dans ce cadre, elle s’est intéressée, à plusieurs pratiques sexuelles considérées comme déviantes au Haut Moyen Âge telles que :  l’inceste, l’adultère, la sodomie et la fornication. Les Carolingiens ont en effet pensé et régulé les comportements sexuels en termes résolument chrétiens, en étant tournés vers le passé, dans un cadre moral et légal tout à fait particulier. L’étude de leur production législative en matière de régulation des comportements sexuels a permis à Sophie Leclère de mieux saisir les mécanismes de normativité et de définition de la transgression à l’époque de cette société.

Pour en savoir plus à propos de la thèse de Sophie Leclère, écoutez sur Soundcloud l’émission Passion Médiéviste " Episode 30 – Sophie et les normes sexuelles au Haut Moyen-Âge ".

Aujourd’hui Sophie Leclère coordonne le projet PhDs@Work à l’UCLouvain. Ce projet, financé par la Région wallonne, regroupe toutes les Universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et l’asbl Objectif Recherche.

PhDs@Work a pour mission de développer une réflexion autour de certains aspects du doctorat, comme l’évaluation des compétences et les enjeux liés à l’employabilité.  Dans le cadre de ce projet interuniversitaire,  l’Université Saint-Louis – Bruxelles a pour objectif de lancer une Agence de diffusion des sciences (humaines) qui servira de vitrine pour les activités de l’institution menées en la matière. L’UNamur, de son côté, va bientôt proposer un " Welcome Pack " à ses doctorant·es. L’UMons a quant à elle lancé le PhD College et la PhD House. PhD College et la PhD House. L’ULB participe également à Phds@Work, notamment en mettant en lien des (post-) doctorant.e.s avec des alumni travaillant dans ou en dehors du monde académique, ou encore, en organisant des formations de développement professionnel et d’insertion professionnelle pour les (post-) doctorante.s  (ex. Summer School de 4 jours " Boost your career "). Par ailleurs, à l’UCLouvain Sophie Leclère et ses collègues ont mis en place la  brochure " Yes I can ! Évaluer mes compétences doctorales " permettant aux doctorant·es de trouver les outils nécessaires pour réaliser leur bilan de compétences. Cet outil est totalement transférable et pourra être utilisé par les autres universités.

 

Découvrez ici la brochure de l’UCLouvain " Yes I can ! Évaluer mes compétences doctorales "

Regardez aussi la vidéo " Yes I Can ! Evaluer mes compétences doctorales " dans laquelle Sophie Leclère présente la brochure.

 

Par ailleurs Sophie Leclère et son équipe organisent des événements de rencontre et de networking autour de thématiques particulières (voir ici). Lors de ces événements, les doctorant·es sont invité·es à rencontrer et à discuter avec 3 intervenant·es (docteur·es) qui viennent présenter leur parcours doctoral et professionnel.

Retrouvez plus d’infos sur le projet  PhDs@Work  dans l’article " Les universités s’intéressent-elles à l’avenir de leurs doctorant.es ? " que lui consacre Sophie Leclère sur son blog What-Sup.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK