Les grands-parents sont-ils les pires trolls d'internet?

Les seniors sont de plus en plus connectés. En Wallonie, les plus de 75 ans sont 46 % à être connectés à internet, et la moitié d'entre eux utilise les réseaux sociaux. Entre silver influenceurs et trolls invétérés, l'usage de nos aînés a de quoi nous intéresser.

Elle s'appelle Baddie Winkle. Elle vient d'avoir 90 ans. Et dans la bio de son compte Instagram à 3,8 millions d'abonnés, elle écrit "stealing your man since since 1928", "je vole ton mes depuis 1928". Rouge à lèvre rose, bikini flashy, chez Baddie Winkle, tout est couleurs sauf ses cheveux, impeccablement blancs.

Les 90 ans de Baddie Winkle

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Thankful 2 be here, 90 has never felt so good ????

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Chez Baddie Winkle, tout est produit comme pour n'importe quel influenceur, sauf qu'elle a le titre de "silver influenceur". La mamie d'internet a été initiée par sa petite-fille, Kentucky, aux codes d'Instagram et travaille au quotidien avec elle. Parmi les followers, ce sont d'ailleurs avant tout des jeunes.

Toujours est-il que Baddie Winkle, en ça, est bien une senior caractéristique. Arrivée sur internet sur le tard, elle s'est appropriée les réseaux sociaux, via une socialisation familiale, grâce à ses enfants ou petits-enfants. Et pour les générations les plus âgées, le maintien du lien social est une des fonctions premières des réseaux sociaux.

Tous des trolls ?

Et puis il y ont une pratique un peu contre-intuitive: ce sont des trolls. Ils débattent de manière polémique sur les réseaux sociaux, postent parfois de la désinformation. En réalité, plutôt que de dire que les seniors sont des trolls, on devrait plutôt que parmi les trolls, il y a une part importante des personnes qui a atteint l'âge de la retraite.

Le podcast programme B sur Binge audio proposait récemment un épisode intitulé "Nos grands-parents sont des trolls". Samuel Laurent, journaliste aux Décodeurs sur le site du quotidien Le Monde, a une pratique importante des réseaux sociaux. Il a constaté que dans les internautes les plus virulents, il croisait beaucoup de seniors. Notamment, parce qu'ils ont du temps libre et qu'ils possèdent une culture numérique. À 75 ans, ils ont travaillé, bien souvent, sur un ordinateur. Et ils peuvent y être très virulents.

Une génération plus militante, mais hors des radars de l'éducation à la désinformation

Arnaud Mercier, professeur à l'Université Paris 2 part d'un constat: ce sont des générations qui sont plus engagées dans leurs convictions politiques. "Vous avez d'autant plus de chance d'être engagé politiquement, de voter, si vous êtes âgés que si vous êtes jeunes. (...) Ce sont des générations qui ont vécu une socialisation politique, un engagement militant."

Et qui trouvent dans les réseaux sociaux un contre-espace public où ils peuvent partager des convictions qui ne sont pas forcément relayées par les médias grand public.

Parallèlement, les seniors sont des cibles adaptées à la désinformation, explique Guillaume Brossart du site Hoaxbuster, notamment parce qu'ils sont complètement hors des radars de l'éducation aux médias et à la désinformation.

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