De Marie Leszczyńska à Mademoiselle de Vaubernier : les femmes de Louis XV

La comtesse du Barry, 1770 par François-Hubert Drouais
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La comtesse du Barry, 1770 par François-Hubert Drouais - ©

Été 1769, à Versailles. Louis XV, dans un courrier, réagit à l’aversion que son chef de gouvernement, le duc de Choiseul témoigne à l’égard de la favorite, Madame du Barry.

Le roi écrit :

" … Vous faites bien mes affaires, je suis content de vous ; mais gardez-vous des entours et des donneurs d’avis ; c’est ce que j’ai toujours haï et que je déteste plus que jamais.
Vous connaissez Madame du Barry (…) Elle est jolie, j’en suis content, et je lui recommande tous les jours de prendre garde aussi à ses entours et donneurs d’avis : car vous croyez bien qu’elle n’en manque pas.
Elle n’a nulle haine contre vous ; elle connaît votre esprit et ne vous veut point de mal.
Le déchaînement contre elle a été affreux, à tort pour la plus grande partie.
L’on serait à ses pieds si …
Ainsi va le monde… "

 

Madame du Barry est une des femmes de Louis XV, qui les aimait beaucoup. Dans son entourage, on trouve, bien sûr, la reine Marie Leszczynska, ses filles, ses petites maîtresses et les favorites. 

Cécile Berly, historienne, spécialiste du XVIIIe siècle et auteure de 'Les femmes de Louis XV' aux éditions  Perrin, revient sur ce que ces femmes avaient en commun et sur le rôle qu'elles ont joué auprès du roi.

Louis XV, dit 'le Bien-aimé'

Louis XV vient au monde à Versailles le 15 février 1710, il y mourra le 10 mai 1774.

Il succède à son arrière-grand-père Louis XIV à l'âge de 5 ans. C'est son cousin, le Duc d'Orléans qui assurera la régence du royaume jusqu'en 1723, date de la majorité de Louis XV, où il prendra alors officiellement la direction du gouvernement.

Son enfance sera endeuillée par la mort de sa mère. Il en gardera, tout au long de sa vie, une grande tristesse et un rapport aux femmes très compliqué. Il aura besoin d'une présence féminine fidèle à ses côtés, alors que lui érigera l'infidélité en système.

La reine Marie Leszczyńska

Le 15 août 1725, à l'âge de 15 ans, Louis XV est marié à Marie Leszczyńska, princesse catholique et fille du roi détrôné de Pologne Stanislas Leszczynski. Le mariage n'est d'abord pas très bien vu en France, la jeune reine étant perçue comme de trop faible extraction pour un roi de France. Louis XV a une constitution fragile, il est donc nécessaire qu'il se marie au plus vite et ait rapidement des descendants, pour conserver le pouvoir au sein du clan Bourbon. Il y a effectivement des rivalités familiales, surtout avec le clan Orléans.

La reine est destinée à n'avoir aucune prétention politique, elle se contentera de l'ombre, qui correspond à son caractère et qui va lui laisser des espaces de liberté.

Le roi et la reine Marie Leszczyńska seront pendant une dizaine d'années très amoureux et très fidèles, mais ensuite l'infidélité va devenir le système privé et public de Louis XV. Le rôle de la reine de France est de donner des enfants au roi et à la couronne. Entre 1727 et 1737, elle accouche 9 fois. Elle regrette les changements de son corps et son manque de disponibilité pour son époux, qui doucement s'éloigne d'elle. Elle s'aperçoit que cette position est tout sauf gratifiante et épanouissante.

Parmi les 8 filles du roi, deux meurent en bas âge. Seule Madame Elisabeth se marie, elle devient infante de Parme, une mésalliance. Les autres, censées également servir à de futures alliances européennes, restent à la Cour de Versailles, malgré les stratégies élaborées. Elles coûtent cher, elles ont chacune une maison, une importante domesticité. Elles ne "servent" donc pas à grand chose. Leur célibat est moqué à la cour.

Le roi est un père assez moderne, très attaché à chacun de ses enfants, très complice, même si parfois il traverse des phases de dépression et de mélancolie. Il sera très affecté et mortifié par l'entrée en religion de sa fille Louise, qui veut ainsi racheter les fautes de son père.

Les soeurs de Nesle

Elles sont 5, dont une seule ne deviendra pas maîtresse du roi. Elles incarnent le 18e siècle dans ce qu'il a de plus sensuel et transgressif.
Elles appartiennent à l'une des plus anciennes familles du royaume de France, de la noblesse d'épée, mais considérablement appauvries. Elles font donc partie de la noblesse de cour et considèrent qu'être soit maîtresse, soit favorite royale est un privilège lié à leur naissance. Avec cynisme, elles vont élaborer des stratégies pour se succéder dans le lit du roi et ainsi conserver leur pouvoir.

Dans cette société du 18e s, le corps et la sexualité sont mis au service du pouvoir, avec à la clé, l'accumulation de privilèges, de pensions, de titres, de richesses.

La Marquise de Pompadour

Née Poisson, épouse Le Normant d'Étiolles, anoblie en Pompadour en 1745, faite duchesse en 1752, puis nommée dame du palais de la reine, cette bourgeoise sera la favorite de Louis XV pendant près de 20 ans.

Elle sera un rouage essentiel au bon fonctionnement de l'absolutisme. Il est en effet inconcevable au 18e siècle de pouvoir critiquer le roi et ses actions politiques. Il a donc besoin de son bouc émissaire, c'est Madame de Pompadour qui va cristalliser tous les mécontentements du royaume : quand on veut critiquer le roi, on critique sa favorite.

Pour Cécile Berly, Louis XV et Madame de Pompadour vont former le premier couple véritablement politique de l'histoire. Il y aura entre eux bien davantage que des relations physiques : des affinités intellectuelles et artistiques, et surtout une grande confiance du roi envers sa favorite. Toutes les grandes décisions qu'il prendra seront le résultat d'échanges entre eux, elle interviendra en particulier dans le renversement des alliances et le rapprochement avec l'empire d'Autriche-Hongrie.

Marie-Louise O'Murphy et les petites maîtresses du roi

Madame de Pompadour contrôle aussi la sexualité de Louis XV. Elle permettra à de petites maîtresses de fréquenter le lit du roi, comme Marie-Louise O'Murphy, dont les soeurs sont comédiennes ou prostituées. Elle va fasciner le roi. 

On n'est pas dans une prostitution scabreuse, ni dans une surconsommation de jeunes vierges sacrifiées au bon plaisir du roi. Ces jeunes filles sont formées, sont éduquées. Le premier valet de chambre du roi, Dominique Lebel, est un "rabatteur" qui choisit les jeunes filles. Il veille aussi à préserver le roi des maladies vénériennes qui font des ravages mortels au 18e s.

La mort de la Pompadour en avril 1764 marque la fin de l'époque des favorites et des petites maîtresses. Il n'y a plus que des aventures d'une nuit.

Madame du Barry

Mademoiselle de Vaubernier, devenue par mariage comtesse du Barry, est une femme très éduquée, très cultivée, très catholique. Elle devient en quelque sorte une prostituée de luxe dans le cercle du pouvoir royal.

Son arrivée à la cour, peu de temps après la mort de la reine Marie Leszczyńska, fera scandale, à un moment où les valeurs religieuses et familiales sont exaltées. Elle passera 5 années à la cour où elle n'aura aucune influence politique, par manque d'intérêt. Mais la politique la rattrapera, elle connaîtra une fin tragique... 

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