« Les enfants du Pirée » par Dalida, une chanson sur la mère, la mer et la Grèce...

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La chanson « Les enfants du Pirée » interprétée par Dalida, un grand succès de l’année 1960 qui est en fait une adaptation en français d’une chanson grecque de Mános Hadjidákis et qui s’appelle « Ta paidia tou Peiraia ».

Une chanson qui fut interprétée par la grande Melina Mercouri dans le film de Jules Dassin, « Jamais le dimanche » :

 

Cette version a quand même obtenu l’Oscar de la meilleure chanson en 1961. Elle a été un énorme succès et fut adaptée en français par Jacques Larue, qui avait déjà offert à Dalida « Bambino » et « Ciao ciao bambina ».

« Les enfants du Pirée » est une si belle chanson que même Dominique A n’a pas pu résister à l’enregistrer :

« Noyé de bleu sous le ciel grec. Un bateau, deux bateaux, trois bateaux s'en vont chantant. Griffant le ciel à coups de bec. Un oiseau, deux oiseaux, trois oiseaux font du beau temps. Dans les ruelles d'un coup sec. Un volet, deux volets, trois volets claquent au vent. En faisant une ronde avec. Un enfant, deux enfants, trois enfants dansent gaiement. »

 

Il y a dans cette description du paysage du port du Pirée une sorte de croisement entre le feuilleton de carte postale et le récit mythologique et c’est rythmé par une scansion qui rappelle une danse, les pas d’une chorégraphique : « et un bateau, et deux bateaux, et trois bateaux » ou « et un oiseau, et deux oiseaux, et trois oiseaux »…

La danse qui est présente dans ce premier couplet rappelle la ronde que forment les enfants et qui nous entraîne dans un élan de bonheur, une joie de vivre, aidés par la chaleur du soleil…

 

« Mon dieu que j'aime ce port du bout du monde. »

En 1960, Athènes est encore le bout du monde et le Pirée est le plus grand port d’Athènes.

« Mon dieu que j'aime ce port du bout du monde. Que le soleil inonde de ses reflets dorés. Mon dieu que j'aime, sous leurs bonnets oranges. Tous les visages d'anges des enfants du Pirée. »

Et les bonnets oranges, ce sont ceux que portent les jeunes garçons qui travaillent au port du Pirée…

 

« Je rêve aussi d'avoir un jour. Un enfant, deux enfants, trois enfants jouant comme eux. Le long du quai flânent toujours. Un marin, deux marins, trois marins aventureux. De notre amour on se fera. Un amour, dix amours, mille amours noyés de bleu. Et nos enfants feront des gars. Que les filles un beau jour à leur tour, rendront heureux. »

 

On ne le conçoit pas immédiatement, mais la chanson de Dalida, avec son insistance sur la volonté d’avoir des enfants qui feront des marins, est une ode à la maternité.

C’est une chanson sur la mère (celle qui nous met au monde) et sur la mer (celle que prennent les hommes pour découvrir le monde, celle qui a porté Ulysse, par exemple) et sur la Grèce, mère de la démocratie.

Cette chanson, avec sa dimension exotique, touristique (cette couleur locale soulignée par le bouzouki, instrument traditionnel grec), est beaucoup plus profonde qu’elle n’y paraît.

Et après coup, elle apparaît aussi comme une chanson prémonitoire à l’envers, puisque Dalida n’a jamais été mère. Et que c’est là, sans doute, la raison principale de ce désespoir qui l’a menée au suicide…

Quand elle chante « Je rêve aussi d'avoir un jour. Un enfant, deux enfants, trois enfants », elle ne le sait pas mais elle chante aussi le deuil de la maternité… Et c’est évidemment très touchant… Mais ça, c’est une interprétation qui fait écho à sa biographie dont on ne connaissait pas encore l’issue, une suite de l’histoire qui n’était pas encore écrite…

Et c’est assez émouvant de lire les chansons à lumière de ce qui s’est passé après la création de celles-ci…

 

Écoutez « Les enfants du Pirée » par Dalida :

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