Les deux livres les plus insupportables de la rentrée littéraire

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Pour certains auteurs, la bonne littérature, c’est flirter avec la mort et les pulsions de mort. Et dans le genre, Michel Dufranne en a dégotté deux : Emma Glass, avec son roman Pêche paru chez Flammarion et Sylvain Kermiki, avec son deuxième roman Requiem pour Miranda, paru chez Equinoxes/Les Arènes.


Si vous avez vu le film Funny Games de Michael Hanneke, alors vous devriez avoir une bonne idée de l’ambiance qui se cache dans ces romans. Si vous faites partie des non-initiés au cinéma d’Hanneke, petit topo : dans Funny Games, une famille est prise en otage par des gens qui cherchent des œufs. Et dans ce film, si la violence est très présente, elle est toujours hors cadre. On la ressent quand même dans nos tripes.

Une histoire de viol et de non-dits

Dans Pêche, c’est un peu le même principe que dans Funny Games. Le pitch : une adolescente rentre chez elle les cuisses couvertes de sang et se réfugie dans sa chambre. Le roman est écrit à la 1èrepersonne, et on comprend très vite que cette ado a été violée. Elle n’en parle à personne car elle veut surmonter seule cette épreuve.

"On est en permanence sur la lame du rasoir, en permanence dans la folie. On a des comportements totalement fous, d’une violence qui nous échappe. Et en même temps, on est happé par le récit de cette ado, on est avec elle mais on sort étouffé de ce roman. On plonge avec elle dans son enfer, on la voit vaciller. On a aussi cette envie de l’aider – car on sent bien tout ce qu’elle va faire – mais on n’en a pas les armes. C’est horrible", décrit Michel Dufranne.

Une histoire de séquestration à 3 échelons

Requiem pour Miranda est lui aussi un roman écrit à la 1ère personne. Une jeune femme est enchaînée à une chaise. Ses premiers mots sont : " qu’est-ce que je fais ici ? Et ils me répondent : ne t’en fais, tu ne t’en sortiras pas, on ne t’aime pas, c’est pour ça qu’on veut te tuer. C’est le début de ce roman, dans lequel on suit le calvaire d’une personne enlevée – d’où le rapprochement avec le film Funny Games – mais avec un jeu littéraire très intéressant.

Car au fil du roman,  le "je" change de personne. Quand la victime est au paroxysme de sa souffrance, le "je" devient celui du 1er tortionnaire, le tortionnaire dominé, celui qui agit parce qu’il y a un tortionnaire dominant. On comprend sa folie à lui et au moment où on va trop loin, on passe à un 3e "je", celui du tortionnaire dominant. On comprend à nouveau sa folie à lui. "J’ai lu ce roman pendant un insomnie, de 2 à 4h du matin. Et quand j’ai eu fini ce roman, je me suis dit que je ne voulais plus lire ça avant quelques mois", explique Michel Dufranne.

"L'enfer, ça pourrait être ceci"

C’est époustouflant, c’est de la vraie littérature, même si ça n’est pas pour tout le monde. On est dans une écriture hypnotique, envoutante et cohérente, qui est capable de nous faire flirter avec la mort. À aucun moment, on ne se dit que c’est impossible et à aucun moment on n’a envie de sortir de ce roman.

Les deux auteurs nous prennent par la main et nous disent "L’enfer, ça pourrait être ceci", sans devoir nous expliquer ou nous démontrer quoi que ce soit. Et du point de vue littéraire, on en sort estomaqué, essoufflé. Très court, très intense, mais pour lecteurs avertis ! On vous aura prévenus :-)

 

 

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