Les Belges, les rois de la petite reine !

En Flandre, ce dimanche, a eu lieu la course en ligne des Championnats du Monde de cyclisme sur route. L’apothéose de la saison, avec les plus grands champions du moment. Cette course était celle du centenaire : les premiers Championnats du Monde sur route se sont déroulés en 1921 à Copenhague, au Danemark. En 100 ans, la Belgique a remporté 26 fois le maillot arc-en-ciel : aucun pays n’a fait mieux. Le Fantôme de la Radio rend hommage à quelques-uns de ces sportifs hors du commun, à travers les archives de la radio.

Malgré de nombreuses turpitudes extra-sportives, le vélo reste un sport extrêmement populaire en Belgique. En témoignent les milliers de spectateurs qui se massent encore et toujours le long des routes, à chaque course.

Une ferveur que l’on doit à ces grands champions belges qui forgent la légende du cyclisme depuis plus d’un siècle. Certains ont gagné le maillot arc-en-ciel, d’autres ont accompli des exploits équivalents voire plus impressionnants encore.
 

Stan Ockers

1949. Cette année-là parmi les coureurs en vue sur la grande boucle, il y a Stan Ockers. Depuis la fin de la guerre, l’Anversois monte en puissance. Il a déjà gagné le Tour de Belgique en 1948. Et ses plus belles années sont encore à venir. Sur le Tour 1949, Ockers est en forme. Il n’est jamais très loin de Coppi et Bartali, les deux champions italiens qui dominent la course. Hélas, une chute va contrarier les ambitions du coureur belge.


>>> Ecoutez, dans Le Fantôme de la Radio, le reportage de l’incontournable Luc Varenne en 1949, sur la route du Tour. Il s’agit du seul enregistrement connu dans lequel on peut entendre la voix de Stan Ockers.


Stan Ockers fera mieux que son possible puisqu’il se classe 7e du Tour cette année-là. En 1950, il termine 2e de la grande boucle, derrière le Suisse Kübler. Il accumule ensuite les accessits, les places d’honneur jusqu’en 1955, année de la consécration. Il remporte le championnat du monde sur route, la Flèche wallonne, Liège-Bastogne-Liège, le classement par points au Tour de France et devient également champion de Belgique sur piste.

Il s’agit de sa dernière grande saison car le 29 septembre 1956, Stan Ockers chute violemment sur la piste du Palais des Sports d’Anvers, pendant la course des 6 jours. Il meurt 2 jours plus tard. Son décès provoque un vif émoi dans la population. Un de ses plus fervents admirateurs, un jeune garçon de 11 ans dénommé Eddy Merckx, demeure inconsolable.

En 1960, au micro de Marc Jeuniaux, l’immense champion italien Gino Bartali se souvient de Stan Ockers et du petit coup de pouce qu’il lui a donné au début de sa carrière.

"J’ai toujours aidé les jeunes qui me demandaient conseil. Je peux même dire que j’ai aidé des Belges. Ainsi, mon ami Ockers qui venait faire le Tour de Suisse. Sachant que j’étais connu en Belgique, il m’a dit : " Si je pouvais gagner une seule étape devant Bartali, pour moi qui commence ma carrière, je serais tranquille pour ma famille…"

Alors au cours d’une étape, j’ai fait semblant de perdre, je me suis fait battre par Ockers. Je l’ai fait sans rien demander, pas même un merci. Et Ockers m’en a toujours été reconnaissant."

Alors que s’interrompt de manière dramatique la carrière de Stan Ockers, débute le fantastique parcours de Rik Van Looy, surnommé l’Empereur d’Herentaels.

Rik Van Looy

Combatif et orgueilleux, puissant et rapide au sprint, Rik Van Looy est d’abord un coureur de classiques : les plus grandes, il les remporte toutes et parfois plusieurs fois : 3 Paris-Roubaix, il l’a dit, 2 Tours des Flandres, 2 Paris-Bruxelles, 3 Gand-Wevelgem, 2 Paris-Tours, 1 Tour de Lombardie, 1 Milan-San Remo… rien ne résiste à Van Looy entre 1956 et 1962, pas même Liège-Bastogne-Liège qu’il gagne en 1961.

En 1960, Van Looy décroche son premier titre de champion du monde sur route. Pino Cerami, son équipier au sein de l’équipe belge, a largement contribué à sa victoire.

L’année suivante, en 1961, Rik Van Looy devient champion du monde sur route pour la deuxième fois consécutive. Son palmarès devient légendaire. Et pourtant… Pas encore rassasié, il s’attaque aux trois grands Tours – France, Italie, Espagne au cours desquels il gagne au total 37 étapes, le classement par points dans la grande boucle et le classement de la montagne au Giro. Mais jamais il ne parviendra à remporter l’une de ces courses à étapes.

Rik Van Looy était surnommé par la presse Rik II. Cela sous-entend qu’il y avait avant lui un autre Rik : Rik Van Steenbergen, actif pendant 23 ans, de 1943 à 1966.

Rik Van Steenbergen

Rik Van Steenbergen fait partie du cercle très restreint des cyclistes à avoir remporté trois fois le championnat du monde sur route, à l’instar de Merckx, Binda, Sagan et Freire.

Van Steenbergen appartient à ces générations de cyclistes professionnels qui couraient toute l’année : sur route au printemps et en été ; sur piste en automne et en hiver. Dès ses débuts, pendant la guerre, il devient un redoutable pistard. Son palmarès est éloquent : en 23 ans, il remporte sur piste plus de 700 épreuves : des américaines, des omniums et une vingtaine de courses de 6 jours.

Les courses de 6 jours : ces compétitions autrefois très populaires qui se déroulaient pendant 6 jours et 6 nuits en vélodrome. Un mélange d’épreuves cyclistes et de spectacles variés, le tout dans une ambiance de kermesse surchauffée, avec la bière qui coulait à flots et la fumée des cigarettes qui faisait tousser les coureurs… En Belgique, on comptait plusieurs grands rendez-vous de ce type, à Gand, Anvers, Charleroi et Bruxelles.

Patrick Sercu

Autre grand professionnel de la piste, que l’on a peut-être un peu oublié, c’est Patrick Sercu. Et pourtant, quelle carrière ! Il remporte 88 des 223 courses de 6 jours auxquels il participe, en duo avec notamment Felice Gimondi, Peter Post, Freddy Maertens, ou encore Eddy Merckx.

Sercu s’est accroché pour se construire un palmarès 5 étoiles : champion olympique du kilomètre à Tokyo en 1964, deux fois champion du monde de vitesse, champion de Belgique et d’Europe sur piste à de très nombreuses reprises. Il est sans conteste le plus grand pistard du 20e siècle. Il n’a pas pour autant négligé sa carrière sur route…

Eddy Merckx

Eddy Merckx et Patrick Sercu ont souvent roulé ensemble sur piste où ils ont remporté de belles victoires. Et c’est également sur piste que Merckx a signé un exploit qu’il considère comme le plus rude et le plus difficile de sa carrière : le record de l’heure.

 


>> Ecoutez, dans Le Fantôme de la Radio, cette interview donnée le 21 octobre 1972, à l’aéroport de Zaventem. Merckx s’apprête à monter dans l’avion qui doit l’emmener à Mexico, lieu choisi pour tenter de battre ce fameux record.


Eddy Merckx a tout gagné, ou presque. Mais il aurait pu remporter encore plus de victoires s’il n’avait pas eu autour de lui des rivaux coriaces et talentueux. Parmi ceux-ci, Roger De Vlaeminck, sans doute le plus accrocheur, qui a donné bien du fil à retordre au Cannibale.
 

​​​​​​​Roger De Vlaeminck

A côté de ses 4 Paris-Roubaix, Roger De Vlaeminck empoche entre autres le Tour des Flandres, Milan-Remo, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche wallonne, le Tour de Lombardie, 24 étapes de grands Tours, le Championnat de Belgique sur route et en cyclo-cross.

Dans les dangereux sprints groupés, pensez-vous à votre famille ? lui demandait-on.

"Dans ces cas-là, on pense d’abord à soi. Pendant la première étape du Tour de Belgique, je me suis mis dans la roue de Freddy Maertens et on se faufilait dans le peloton. C’est incroyable comme ce gars prend des risques ! A un moment, je me suis dit : j’arrête. Et j’ai fini la course à l’arrière du peloton. Quand on a 31 ans, on n’ose plus faire autant de choses que lorsqu’on était jeune. Quand on est jeune, on ne pense pas au danger que l’on peut courir. Mais quand tu vieillis, ça change…"
 

Lucien Van Impe

Autre profil, autre palmarès. Lucien Van Impe. Coureur très léger doté d’un petit gabarit, il fait des merveilles en montagne. Il se distingue dans les grands tours et principalement au Tour de France où il remporte 6 fois le maillot à pois du meilleur grimpeur.

En 1976, il y a donc 45 ans, Lucien Van Impe gagne le Tour de France. A ce jour, il est le dernier Belge à avoir remporté la grande boucle.


>> Retrouvez, dans Le Fantôme de la Radio, Luc Varenne sur la route du Tour, le 4 juillet 1976, le jour où le petit Lucien s’empare du maillot jaune à l’Alpe d’Huez.


 

Claudy Criquielion

8 ans plus tard, à Barcelone, un Belge devient champion du monde sur route : Claudy Criquielion.


>>> Ecoutez, dans Le Fantôme de la Radio, les derniers instants de la course commentés par Théo Mathy et Eddy Merckx


 

Coureur habitué aux places d’honneur, Criquielion passe alors un cap. Cette victoire au Championnat du Monde lui donne des ailes, comme s’il prenait enfin conscience de son vrai potentiel. Dans les années qui suivent, il remporte la Flèche Wallonne, le Tour des Flandres, le Midi libre, entre autres.

En 1988, le Championnat du Monde sur route se déroule à Renaix, à quelques kilomètres de chez lui. Criquielion compte bien s’illustrer devant son public, et remporter son deuxième maillot arc-en-ciel. Mais un coureur canadien qui passait par là va gâcher la fête… Hélas, Claudy Criquielion n’aura plus l’opportunité de remporter un deuxième maillot arc-en-ciel.
 

En revanche, d’autres Belges ont par la suite gagné le Championnat du Monde sur route : Rudy Dhaenens en 1990, Johan Museeuw en 1996, Tom Boonen en 2005 et, last but not least, Philippe Gilbert en 2012.


>>> Une victoire de Gilbert commentée en direct sur antenne, en radio et en télévision. Ecoutez et vibrez, comme si c’était hier…


 

Une émission écrite et réalisée par Eric Loze, avec le concours de la SONUMA.

Les séquences proposées dans cette émission sont extraites des émissions suivantes :

Lundi Sport
Qui est cet homme ?
Le week-end sportif
Ce soir
Antenne soir
Le Journal Parlé et le Journal Télévisé
 


 

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