Les beaux jours du photojournalisme sont-ils derrière lui ?

Les beaux jours du photojournalisme sont-ils derrière lui ?
Les beaux jours du photojournalisme sont-ils derrière lui ? - © Tous droits réservés

Témoin visuel et médiatique du monde qui nous entoure, le photojournalisme est-il une profession sacrifiée ? Avec l’avènement du numérique, des réseaux sociaux et des "banques d’images", c’est toute la profession qui doute. Le photojournalisme est-il en déclin ? Est-il le même qu’il y a 20 ans ? Marco Ranieri, dirigeant de l’agence de photojournalisme belge "Reporters", nous en parle à l’occasion de l’exposition World Press Photo se déroulant jusqu’au 13 janvier à la Cité Miroir de Liège.

Une précarisation amorcée dès le début des années 90

Les années nonantes ont marqué, dans la plupart des secteurs marchands, un véritable tournant dans le monde du photojournalisme. Comme beaucoup d’autres entreprises, la presse -et donc le photojournalisme- a fait face à un phénomène nouveau de consolidation et de globalisation. Cette situation pose un tout premier challenge pour le photographe, qui passe d’une relation de proximité avec un "client" local à une relation distante avec les nouveaux géants de l’information. "On a assisté à un phénomène de consolidation déclenché grâce à la conciliation des acteurs médias. Le photographe se retrouve aujourd’hui face à des mastodontes sur lesquels il a peu de pouvoirs de négociation et il se voit imposer des conditions de prix et de travail", nous glisse Marco Ranieri.

Une concurrence induite par le numérique

La technologie et l’ère numérique se sont rapidement révélées comme une arme à double tranchant. Avec la numérisation, la presse se débarrasse d’un certain nombre de contraintes. De l’autre, elle voit s’amplifier les sources et la quantité de contenus. Car de nos jours et grâce aux équipements technologiques, tout le monde peut prendre une photographie et la vendre si elle contient de l’information. C’est dans cette société bercée par l’image, où le partage et l’accessibilité ont profondément marqué le photojournalisme, que sont nées les "banques d’images": "Le prix a baissé avec le phénomène des banques d’images qui, en permettant une distribution mondiale, ont pratiqué des prix de l’ordre du 10ème de ce qui se pratiquait avant". Par ces phénomènes de distribution, tout le monde a admis que les photos ne valaient plus que quelques euros.

Le photojournalisme est toujours bien vivant

Marco Ranieri ne souhaite pas parler de déclin du métier mais plutôt de précarisation économique. Il estime que le métier garde son importance en actualité: "On n’a jamais fait autant de photos qu’aujourd’hui, on est toujours présents partout. Il existe toujours une consommation, une demande de ce support. C’est plutôt sa valorisation qui s’en est retrouvée bouleversée", explique-t-il. Les grands bouleversements sectoriels et technologiques ont ébranlé le photojournalisme mais ne l’ont pas détruit. Selon lui, la photographie a gardé son aspect de véracité, d’authenticité, traduisant les événements du monde notamment grâce aux photographes professionnels : "Il y a une forme de coexistence avec un format de photographies non-professionnelles mais heureusement le métier du photographe garde toute sa valeur car il respecte le code de déontologie et il y a une sorte d’authenticité et de qualité qui sont toujours apportées par le photographe professionnel".

Un travail mis en valeur au World Press Photo

"Le Festival de Cannes de la photographie". Depuis 1955, un jury de professionnels récompense chaque année les meilleurs clichés de la presse internationale. Jusqu’au 13 janvier 2019, à la Cité Miroir de Liège, les 160 meilleures y sont présentées. Cette année, le jury a sélectionné comme Premier Prix 2018 la photo du Vénézuélien Ronald Schemidt, montrant un homme en feu lors d'une manifestation contre le président Maduro. Chez nous, c’est Alain Schroeder qui s’est distingué dans la catégorie sport : "C'est un grand honneur qu'un des photographes de notre agence a eu ce mérite. Alain a une sensibilité particulière pour la photo de sport puisque ce sont ses origines. Depuis quelques années, il essaye de couvrir différents événements dans le monde. Ici, on est à Sumbawa, c'est une île d'Indonésie. Et là, il s'est arrêté sur un sujet d'enfant qui pratique un sport hippique ancestral et traditionnel" se réjouit Marco Ranieri. On y découvrira aussi les clichés étonnants de la belge Régine Mahaux, sur lesquels un certain Donald Trump prend la pose.

Revoir l'interview de Sophie Moens dans Weekend Première dans la séquence "Interview découverte"

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