Les années 80: 1982 - C'est l'apparition du CD et de Margaret Thatcher !


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de huit épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1982, en France, le premier " bébé éprouvette " voit le jour, l’Italie remporte la Coupe du Monde, Romy Schneider décède d’une crise cardiaque, et la princesse Grace de Monaco perd la vie dans un accident de voiture.


La révolution du CD

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©  Christina Reichl Photography - Getty Images

Mais 1982 marque aussi l’apparition d’une évolution technologique qui va révolutionner le monde de la musique : le CD, développé par Sony et Philips.

 

L’apparition du CD va changer deux choses. Une purement du domaine de l’industrie puisqu’elle va permettre à l’industrie de gagner encore plus d’argent. Philips d’abord, qui a le brevet, et qui va donc gagner de l’argent sur les CD fabriqués par ses concurrents.
 

C’est comme une mine d’or ou de coltan aujourd’hui. D’autre part, ça va changer la durée de ce qu’était un album. Jusque-là, un album durait 36-38 minutes, parce qu’on ne pouvait pas graver plus sur la surface d’un 33 tours, sauf à perdre en qualité sonore de manière spectaculaire.  (Yves Bigot)

 

Les artistes se ruent sur ce nouveau moyen de faire des albums qui leur permettent de faire 90 minutes de musique, avec des morceaux bien plus longs, qui peuvent durer 7-8-9 minutes. Mais toutes et tous ne seront pas à la hauteur du défi de proposer de la qualité durant autant de temps.

L’enregistrement digital permet de mettre plus de data, et donc une bien meilleure qualité sonore. La musique électronique, avec le synthétiseur et la boîte à rythmes, prend véritablement son envol. Certains morceaux ne sont d’ailleurs faits qu’avec des machines, qui permettent d’utiliser une énorme variété de son sans avoir besoin d’enregistrer chaque instrument. Faire de la musique devient donc plus simple, et surtout moins cher. Les sons robotiques sont une vraie marqué de fabrique, certes un peu datée de nos jours, de la musique des années 80.

La multiplication des hits entraîne l’arrivée d’une nouvelle émission sur les ondes francophones : le top 50. On y classe, indépendamment des maisons de disques, les morceaux ayant le plus de succès en termes de ventes. Les radios mettent dorénavant les artistes en compétitions pour la première place du top, ce ne sont plus les producteurs qui décident quels tubes ils mettent en avant.

On voit aussi l’émergence des chaînes de tv musicales, qui diffusent des clips, et la multiplication des labels indépendants. De nouveaux groupes peuvent apparaître, comme Simple Minds, Police, The Cure ou U2. Certains marquent par leur musique, mais aussi par leurs clips.

 

Ces groupes britanniques sont fortement influencés par le contexte socio-économique morose de leur pays.

Les Cure sont formés dans une ville qui s’appelle Crawley, dans le Sussex, en Angleterre. […] ce qui va animer le trio, formateurs des Cure, autour de Robert Smith, c’est vraiment " il faut faire quelque chose ".

À Crawley, il n’y a pas beaucoup d’espoir pour le futur. Le destin pour les jeunes garçons et les jeunes filles semble prédestiné, il n’y a pas beaucoup de chance de percer, d’être connu, de faire des choses en dehors du cadre. C’est une vision un petit peu morose de l’Angleterre de cette époque-là.

Donc la façon de s’en sortir pour eux, ce sera de se réunir dans des clubs de jeunes et de faire de la musique. 
 (Laurent Rieppi)

 

Et si ce contexte est difficile, avec un chômage important et une rigueur économique lourde, c’est parce que nous sommes en plein dans les années Margaret Thatcher.

La Dame de Fer

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©  Colin Davey - Getty Images

François Mitterrand disant d’elle qu’elle avait le sourire de Marilyn Monroe et les yeux de Calligula. Margaret Thatcher est Première ministre de Grande-Bretagne depuis 1979. Profondément conservatrice, elle est une antisoviétique convaincue, et une ennemie de l’indépendantisme irlandais.

En 1982, elle est diabolisée à travers toute l’Irlande pour avoir laissé mourir de faim Bobby Sands, membre de l’IRA emprisonné qui exigeait, par une grève de la faim, un statut de prisonnier politique.

 

Margaret Thatcher refusait de donner aux prisonniers de l’IRA le statut de prisonniers politiques. Elle pensait que c’étaient des terroristes, qui avaient du sang sur les mains, et que leur donner le statut de prisonnier politique, ce serait aller dans le sens de leur cause.

Pour elle, c’étaient des détenus de droit commun, pour des crimes de sang. 
(Phillipe Chassaigne)

Thatcher ne flanche pas d’un pouce, même lorsque la pression internationale tente de solliciter sa clémence. Même le pape Jean-Paul II s’y essaie, en vain. Son image de personne inflexible et sans cœur est définitivement gravée. L’IRA lui répond par une nouvelle vague d’attentats, et la Première ministre est personnellement visée. En 1984, au Grand Hotel de Brighton, une bombe explose dans la chambre de Thatcher, où elle n’est pas encore arrivée. Elle est saine et sauve, mais d’autres membres du parti conservateur sont blessés ou tués, dont un député qui meurt sous ses yeux. Elle prononce dans son discours :

 

Le fait que nous soyons ici, aujourd’hui, choqués, mais sereins et décidés prouve non seulement que cette attaque a échoué, mais que toutes les tentatives pour détruire la démocratie par le terrorisme sont vouées à l’échec "

 

Mais il n’y a pas qu’en Irlande que Thatcher est détestée. Les puissants syndicats s’opposent à sa politique économique, et elle fait tout ce qu’elle peut pour les brider. Il faut dire qu’elle ne croit plus au développement industriel de la Grande-Bretagne, elle veut développer les services et la finance, comme ce qui se fait en Amérique.

Les syndicats d’ouvriers ou de mineurs et leurs grèves ne seront qu’un obstacle de plus sur son chemin, et ils n’auront pas sa peau.

La guerre des Malouines

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© Tous droits réservés

Mais ce qui va préoccuper Margaret Thatcher en 1982, c’est surtout la guerre des Malouines, un petit archipel au sud de l’Océan Atlantique, au large de l’Argentine. Les Britanniques appellent ce chappelle d’îles les Falklands, et l’occupent depuis le 18e siècle.

Depuis longtemps, l’Argentine réclame la souveraineté sur cet archipel au climat presque polaire, et la Grande-Bretagne a systématiquement ignoré ces revendications. Mais en 1982, elle n’est plus la superpuissance maritime et coloniale qu’elle était avant-guerre.

La dictature argentine, isolée internationalement et de plus en plus contestée, se dit qu’une victoire diplomatique contre un pays occidental serait le moyen de redorer son image.

L’Argentine envahit donc les Malouines/Falklands et proclame leur annexion, pensant que la Grande-Bretagne aura autre chose à faire que de s’engager dans un combat diplomatique ou militaire pour si peu. Mais c’est mal connaître Margaret Thatcher. Cette affaire la fragilise politiquement, puisque l’opposition travailliste réclame sa démission, elle va donc répondre avec force à l’affront, et envoie la Royal Navy.

 

Côté britannique, on hésite entre deux attitudes, entre se dire " Est-ce que ça a un sens de vouloir se battre pour des îles aussi lointaines ", c’est un réflexe notamment au sein d’une partie du gouvernement et au sein de l’armée […], mais d’un autre coté il y a le coté fierté nationale.

On vient piétiner, sans déclaration de guerre, la souveraineté nationale. On vient nous envahir, on n’arrivera plus à se faire respecter si on ne montre pas qu’on peut se défendre. 
(Pierre Marlet)

 

L’opération militaire sera une victoire totale, même si l’Argentine est bien équipée en ayant acheté du matériel français. Mais elle perd la guerre après 74 jours de combats, restitue les îles à la Grande-Bretagne, et son régime tombe. Thatcher a tout gagné. Elle a récupéré son territoire, fait tomber l’une des pires dictatures du monde, et est auréolée de l’aura de la cheffe de guerre victorieuse.

 

Voilà qui est de bon augure pour entamer des négociations avec ses partenaires européens. Membre de l’union depuis 1972, la Grande-Bretagne n’y trouve pas son compte. Elle doit payer pour des pays tiers plus pauvres qu’elle, comme la Grèce, et pense ne rien en tirer comme bénéfice. Thatcher aura cette phrase entrée dans l’histoire " I want my money back " (Je veux mon argent de retour). 

Thatcher obtient de ses partenaires une grande indépendance en échange d’avancées dans la construction européenne, et désormais la Grande-Bretagne restera toujours un pied dedans, un pied dehors. Thatcher est probablement la dirigeante britannique première eurosceptique, préfigurant le Brexit qui arrivera 40 ans plus tard.

Mais sa politique économique néolibérale, son euroscepticisme et la nouvelle taxe d’habitation qu’elle souhaitait imposer auront raison de la Dame de fer qui finit par démissionner en novembre 1990.

Une série réalisée par Cécilie Poss et Marion Guillemette.

 

Avec les interventions de :

Yves Bigot – directeur général de TV5 Monde

Phillipe Chassaigne – historien spécialiste de la Grande-Bretagne

Bernard Dobbeleer – journaliste spécialiste des musiques des 20e et 21e siècles

Pierre Marlet – journaliste responsable de l’info sur La Première

Laurent Rieppi – journaliste et historien du rock

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