Spirou, pour toujours lié à notre enfance

Spirou porte en lui l'ADN de Jean Dupuis et de tous ces dessinateurs, auteurs, scénaristes qui l'ont animé à un moment.
Spirou porte en lui l'ADN de Jean Dupuis et de tous ces dessinateurs, auteurs, scénaristes qui l'ont animé à un moment. - © Dupuis

Spirou a 80 ans ! Il est né en avril 1938 dans la tête d'un imprimeur de Marcinelle, Jean Dupuis.

Mais, de qui parle-t-on, en fait ? Du groom au calot rouge ? Ou du journal ? Et bien, un peu des deux en réalité, car il est quasi impossible de les dissocier !

Explications avec la 'spiroulogue' Christelle Pissavy-Yvernault, qui signe avec son mari 'La véritable histoire de Spirou' (Dupuis), dont le troisième volume, 1956-1968, est prévu pour 2019...

Les 80 ans de Spirou
Un feuilleton signé Dominick Martinot-Lagarde
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Episode 1 : un nouveau journal pour la jeunesse

Le 21 avril 1938, apparaît dans les kiosques un nouveau journal pour la jeunesse, baptisé 'Spirou'

C'est Jean Dupuis qui a imaginé le personnage de Spirou : un garçon de 8 à 10 ans, un peu turbulent et distrait, mais qui essaie de faire ses devoirs comme il peut. C'est un enfant charmant, loyal, généreux. C'est pourquoi son nom a été adopté comme titre de la nouvelle publication.

Spirou est dessiné pour la première fois par Rob-Vel, qui s'inspire des grooms des bateaux.

Un an après la publication du premier numéro de Spirou, la Deuxième Guerre Mondiale est déclarée. "Le journal de Spirou avait tout pour être un formidable outil de propagande pour les Allemands, explique Christelle Pissavy-Yvernault, parce qu'il y avait des camps de jeunesse organisés par le Journal de Spirou, et qu'il était diffusé à des dizaines de milliers d'exemplaires à travers la Belgique. Les Allemands ne savaient pas que Jean Doisy, l'un des rédacteurs en chef était résistant. Il a utilisé les forces de Spirou contre les Allemands." 

Spirou a ainsi servi de couverture à tout un réseau de résistants.

Episode 2 : Yvan Delporte et André Franquin

Deux noms, en 1955, marquent l'âge d'or tant du personnage de Spirou que du Journal : Yvan Delporte, nouveau rédacteur en chef et André Franquin, le dessinateur qui remplace Jigé.

"Yvan Delporte est le détonateur. Il est tellement fou, tellement prêt à tout : si une idée est bonne, il ne se met aucune barrière. A tous ces artistes, il va donner les moyens, l'énergie, et les contaminer dans cette folie-là."

En 1957, Gaston arrive et Delporte le pousse à aller plus loin. Franquin découvre comment on peut s'éclater avec un personnage de bande dessinée.

"C'était ça, Spirou, être un tout petit peu à côté du conformisme, tout en étant dedans."

Spirou n'a jamais ronronné. "La grande époque de ce qu'on appelait l'école de Marcinelle, c'est vraiment une bande de potes qui se marrent ensemble et qui n'ont aucun ego. Ils mettaient tout en réseau."

Episode 3 : Mai 68 - La révolution à Marcinelle

Sous les pavés, la plage, peut-être, mais c'est aussi la révolution d'une génération. "Si vous voulez un portrait de la société belge des années 60, relisez Spirou. La maison de Spirou, c'est le rêve de toute la classe moyenne belge de l'époque, et c'était un rêve accessible, en plus."

Et parallèlement, c'est aussi la révolution à Marcinelle, avec le départ de Morris et Goscinny vers Pilote, de JigéPeyot, et surtout avec le licenciement d'Yvan Delporte.

La société est en mutation, la bande dessinée évolue aussi. Franquin se pose des questions, qui l'amèneront à créer le Trombone illustré.

Le Journal de Spirou doit rebondir, il a perdu toutes ses grandes figures. Une nouvelle génération d'auteurs va investir les pages de Spirou avec l'arrivée du nouveau rédacteur en chef, Thierry Martens.

Episode 4 : Jean-Claude Fournier, le Breton

Après Rob-Vel, Jigé, Franquin, c'est Jean-Claude Fournier, le Breton, qui reprend les histoires de Spirou. Et le groom toujours présent se réinvente, car tout a changé : l'époque, le public...

De nouveaux personnages arrivent : Natacha, Les Tuniques bleues... et représentent la 2e génération du Journal de Spirou, celle des années 70-80. Ce seront des périodes de réadaptation constante.

L'arrivée de la télé et des dessins animés va diviser le temps de loisir des jeunes entre lecture et écran. Les ventes du Journal de Spirou ne sont plus au rendez-vous. En 1985, la société est vendue.

"Les années passent. Les auteurs qui s'occupent de Spirou se succèdent, les rédacteurs en chef du Journal se succèdent, les dirigeants se succèdent. Mais Spirou reste toujours là. Il est l'élément fédérateur, il reste l'emblème du Journal de Spirou", confirme  Christelle Pissavy-Yvernault.

Episode 5 : Spirou, incontournable et immortel

L'ADN de Spirou, voulu par Jean Dupuis, est toujours présent : la dimension affective et surtout humaine.

"On voit que Spirou a traversé 80 ans de l'histoire de la bande dessinée de notre société et qu'il s'est sans cesse adapté à toutes ses mutations. "

Spirou sera toujours du côté du plus faible, il sera toujours courageux, il ne sera jamais parfait. "Franquin disait que c'était une coquille vide. En fait, je crois que c'était justement la richesse de Spirou, explique Christelle Pissavy-Yvernault : il avait une structure de base mais il avait suffisamment de vide autour pour que chaque dessinateur puisse l'investir et y mettre une parcelle de lui-même. Spirou porte en lui l'ADN de Jean Dupuis et de tous ces dessinateurs, auteurs, scénaristes qui l'ont animé à un moment. Il a un ADN non seulement composé de plusieurs auteurs, mais issus eux-mêmes de plusieurs générations, de plusieurs origines artistiques, de plusieurs courants de pensée, ce qui fait que c'est un personnage qui parle à tout le monde."

Beaucoup d'enfants ont cru que Spirou existait vraiment et se sont très fort attachés à lui. Spirou fait partie de la famille. Il est relié à l'enfance d'une façon éternelle. "C'est l'espiègle au grand coeur."

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