Le vingtième siècle : le siècle des dictateurs

Portrait de 22 dictateurs
Portrait de 22 dictateurs - © Editions Perrin

Le 20e siècle a été généreux en dictateurs : Lénine, Staline, Mussolini, Hitler, Franco, Pétain, Tito, Mao, Castro, Mobutu, Honecker, Pinochet, Pol Pot, Khomeiny et quelques autres. Pourquoi et comment ont-ils pu imposer leur régime de terreur ? Explications avec Olivier Guez, qui a dirigé l’ouvrage collectif Le siècle des dictateurs, (Ed Perrin), où le parcours de 22 dictateurs est répertorié.

Depuis qu’il y a des tribus, voire des familles, il y a des dictateurs, c’est-à-dire des chefs charismatiques qui vont s’adjuger le pouvoir. C’est inhérent à l’histoire et à la nature humaine, observe Olivier Guez, mais au 20e siècle, ce phénomène va prendre des proportions tout à fait inédites.


Du chaos naît la dictature

C’est le chaos qui marque le siècle qui a permis à des individus, a priori très éloignés des lieux de pouvoir, de profiter des brèches et de s’installer au pouvoir. Il est dû à deux phénomènes :

  • la disparition des grands empires continentaux européens, après la guerre 14-18 : exit le tsariste, l’Ottoman, l’Austro-Hongrois, le Prussien. De ce chaos apparaissent les premières dictatures : les Bolchéviques, Lénine, Staline, les fascistes, Mussolini, Hitler. Fin des années 30, presque la moitié de l’Europe est dirigée par des dictateurs.
  • la disparition des grands empires maritimes, britannique, français, belge, néerlandais. De ce chaos, apparaissent des hommes forts qui mettent la main sur le pouvoir. Ces dictateurs, en arrivant au pouvoir, mettent la main sur des appareils déjà très perfectionnés (économique, médiatique, policier, bureaucratique, militaire…) ou ils le construisent en copiant le modèle européen ou le modèle d’autres dictatures, comme le modèle soviétique.

C’est ce mélange-là qui fait que le 20e siècle est le siècle des dictateurs.


Le besoin d’un pouvoir fort

Après la Première Guerre Mondiale, tous, vainqueurs comme vaincus, ont le sentiment d’avoir été dupés. On leur avait vendu un conflit assez court, ils ont connu l’enfer pendant 4 ans. Ils sont marqués, déçus et n’ont plus confiance en leurs dirigeants. On va assister à une succession de crises politiques qui vont accoucher de régimes autoritaires, voire totalitaires.

Cela commence en 1917, avec la première révolution et surtout la révolution léniniste, qui est le premier régime dictatorial du 20e siècle. Puis on assiste à l’arrivée au pouvoir des fascistes en Italie, en 1922. Les Italiens se sont sentis trompés par leurs alliés et par leurs gouvernants. Entre violences, crises entre extrême gauche et extrême droite, arrive l’homme charismatique qui promet de restaurer la paix et l’ordre : Mussolini.

"Dans les situations de crise, le peuple est toujours tenté par une solution de pouvoir fort. On le voit bien aujourd’hui. C’est très étonnant de voir certains sondages et notamment parmi les plus jeunes, qui n’ont bien évidemment pas cette expérience historique. Certains réclament l’instauration d’un pouvoir fort, en France notamment. Exonérer le peuple et penser que le dictateur arrive au pouvoir simplement parce qu’il fait une révolution, un coup d’état, ce serait totalement faux […] Les populations, quelquefois, ont eu une gigantesque responsabilité dans l’instauration de ces dictatures" explique Olivier Guez.


Un gigantesque jeu d’échecs

Des ruines de la décolonisation dans ce qu’on appelait le Tiers-Monde vont émerger des hommes forts qui vont confisquer l’indépendance de leur pays avec l’aval de deux super-puissances, Etats-Unis et URSS, qui se partagent le monde sur les cendres des empires européens.

Dans ce cadre de la guerre froide, il faut se choisir un parrain, certains choisiront l’URSS, d’autres les USA. Ou les deux puissances choisiront pour eux. C’est l’instauration de dictatures avec pillage des ressources. Le trésor public devient la poche des dictateurs.

Les Etats-Unis ont toujours considéré l’Amérique du Sud comme leur arrière-cour. Quand les communistes prennent le pouvoir à Cuba, naît une psychose américaine de voir se multiplier des nations communistes en Amérique. D’où une politique très musclée.

C’est la même chose en Asie, au Vietnam, en Afrique,… Jusqu’à la fin de l’URSS, on assiste à un gigantesque jeu d’échecs, les dictateurs étant les pions des deux super-puissances.
 

Qui sont les dictateurs ?

Si les dictateurs sont tous des hommes, c’est tout simplement parce que les femmes sont très éloignées du champ politique. Pendant très longtemps elles ne peuvent même pas voter.

Ces hommes ont des caractéristiques communes :

  • ils ne sont pas très grands, beaucoup mesurent moins d’1m70.
  • ils sont tous insomniaques
  • ils épuisent leurs collaborateurs
  • ils viennent soit de milieux très défavorisés soit de la toute petite bourgeoisie, ils ont une revanche sociale à prendre.
  • tous bénéficient d’un coup de pouce du destin.

Les premières semaines au pouvoir sont cruciales : il faut imprimer sa marque, marquer l’opinion, il faut faire peur, éliminer toute forme d’opposition, mettre au pas les médias. Il faut sidérer. Il faut montrer qu’il y a une rupture entre le chaos précédent et l’avenir radieux que le dictateur promet.

Le dictateur arrive au pouvoir avec une clique et il n’hésite pas à les monter les uns contre les autres. Il y a généralement, dans les pires dictatures, un doublement de tous les postes, pour faire jouer la concurrence et mettre tout le monde sous pression. Il n’hésite pas à se débarrasser de certains collaborateurs, comme Staline avec les grandes purges de 36-38, ou Hitler avec la Nuit des Longs Couteaux.


Le dictateur, cet auteur de fiction

Pour le dictateur, il ne s’agit pas seulement d’utiliser la terreur, il faut promettre quelque chose : généralement des alvéoles de liberté ou des grands travaux, autoroutes ou résidences de vacances. Mais toujours moyennant de grands efforts de la population : il faut se soumettre, il faut faire des sacrifices pour atteindre un but, qui est par nature irréalisable : arriver au communisme, arriver au IIIe Reich, arriver à l’islam pur…. 

Le dictateur est un auteur de fiction, il utilise certaines ficelles pour faire croire à son récit : le mensonge permanent, la transformation du sens des mots. C’est le cas du mot 'paix', abondamment utilisé. Les communistes sont très forts pour la propagande, tout comme les nazis ou les maoïstes.

Le dictateur est un grand metteur en scène. Il s’agit de mettre en scène le pouvoir, par de grandes parades, des congrès… C’est aussi un costumier : on impose le vêtement traditionnel dans la Chine de Mao, les chemises brunes, les chemises noires,… il y a toute un travail sur la forme.

 

Une dimension mythique et mystique

"Au début du 20e siècle, en Occident, on a enterré Dieu. Or l’histoire montre que l’homme tout seul, c’est quand même assez compliqué. C’est comme s’il avait toujours besoin de croire en quelque chose qui le dépasse", constate Olivier Guez.

Lorsqu’on voit comme le culte de la personnalité de certains dictateurs a été suivi, c’est comme si on était passé d’un dieu à l’autre. Les communistes en Union soviétique ont fait sauter des églises pour les remplacer par des statues de Marx, Engels, Lénine. Idem pour Mussolini, Hitler…

La répétition de la propagande sert à faire peur aux sceptiques et aux opposants et à galvaniser les militants : le dictateur est toujours là. L’individu doit se fondre dans la masse. L’appartenance à la collectivité subjuguée par le dictateur va lui donner du courage.

Le dictateur est plus que paranoïaque, il est le survivant paranoïaque, il s’agit de jouer avec les uns, avec les autres, d’être le seul à détenir tous les secrets. Il veut survivre à tous.

 

Autoritaire/totalitaire, dictature des réseaux sociaux, écoutez la suite de l’entretien avec Olivier Guez dans Un Jour dans l’Histoire.

 

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