Le vagabondage mental : une entrave au bonheur ?

Le vagabondage mental
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Notre attention est certainement une de nos plus grandes ressources. Pourtant pour nombre d’entre nous, la nature et la qualité de notre attention sont conditionnés par nos habitudes et par l’environnement. La plupart du temps nous fonctionnons en mode "pilotage automatique" à vagabonder dans nos pensées, explique notre chroniqueur Ilios Kotsou.

Notre attention est constamment sollicitée. D’une part, par la quantité d’informations à laquelle nous sommes exposés mais d’autre part, par les interruptions que ces vecteurs d’information nous imposent. L’ "hyper-connexion", due à la révolution digitale et à l’accélération du développement des moyens de communication, nous rend connectés 24h sur 24. Tous ces outils sont des sources d’inattention : des "voleurs d’attention" comme les appelle Christophe André, célèbre psychiatre français. Elles représentent des sources potentielles d'interruption de nos activités, et autant de tentations qui impactent notre présence à la vie, et ont des effets secondaires sur notre bien-être. Conséquence : notre mental devient comme un singe agité qui saute de branche en branche sans pouvoir se déposer… Nous sommes souvent en train de vagabonder, dans le passé ou dans le futur, et dans nos préoccupations si nous avons un problème…

"Un esprit vagabond est un esprit malheureux" 

Dans une étude récente réalisée à l’université de Harvard, plus de 2000 sujets étaient interrogés à intervalle aléatoire au moyen d’un smartphone dont ils étaient équipés. Trois questions leurs étaient posées : leur occupation du moment, leur niveau de bien-être et le fait de savoir si elles étaient attentives à ce qu’elles faisaient ou au contraire, si elles pensaient à autre chose. Un des premiers résultats de l’étude est venu confirmer que le vagabondage d’esprit est omniprésent : les participants notaient dans plus de 50% des cas penser à autre chose. L’étude, intitulée "Un esprit vagabond est un esprit malheureux" a souligné que le vagabondage mental était plutôt vu comme une source de mal être. Plus notre esprit vagabonde, moins nous nous sentons bien. L’étude a également mis en évidence, et c’est une bonne nouvelle, que c’est davantage le fait d’être présent à l’activité que sa nature qui influe sur notre niveau de bonheur. Les chercheurs ont finalement conclu que le vagabondage mental serait une cause et non une conséquence de notre mal-être.

Les conseils d’Ilios

Pour observer comment fonctionne notre mental, il est indispensable de prendre un "point de référence". Si nous sommes "emportés dans le tourbillon de la machine à laver de nos pensées sur mode essorage 5000 tours minute", il est peu probable que nous puissions observer quoi que ce soit. Un excellent point de référence reste notre corps. Quel outil plus concret et disponible pour s’exercer ?

Nous pourrions porter attention à nos mains, à leur poids, température, et remarquer que tôt ou tard, mais souvent très tôt, notre attention s’éloignera de nos mains et nous entraînera dans nos pensées. Le travail consiste à remarquer cette tendance naturelle à partir à la dérive, puis à revenir à nos sensations. Ce travail attentionnel est parfois comparé à de la musculation : tout comme lorsque nous sommes à la salle de gym en train de porter des poids, nous musclons nos capacités attentionnelles pour dégager des processus automatiques et apprendre à porter attention à nos sensations physiques concrètes du présent.

* Ilios Kotsou est Docteur en psychologie et Maitre de Conférences à l'Université Libre de Bruxelles, il analyse chaque semaine un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première *

 

 

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