Le succès des séries politiques

Le succès des séries politiques
Le succès des séries politiques - ©

House Of Cards, Borgen, A La Maison Blanche, Occupied, The Good Fight ou encore Boss, les séries télé politiques se multiplient avec succès. A l’heure ou nos dirigeants sont tant décriés, cela peut sembler paradoxal. Pourquoi un tel engouement ? Ces séries donnent-elles une image adéquate ou déformée de la réalité ? Et que dire quand la réalité dépasse la fiction, comme c’est le cas avec la campagne électorale française ? Nous en discutons avec trois amoureux de séries au point de vue différent : Benoit Hellings, député ECOLO, Gilles Biaumet, chercheur en sciences-politiques à l’Université St-Louis, et Nicolas Willems, journaliste à la RTBF.

Même si les séries politiques ne dépeignent pas la réalité des hommes et femmes qui travaillent dans ce milieu, elles permettent aux citoyens de comprendre certains rouages du système mais aussi de les mettre face à des thématiques parfois ignorées par les canaux d'informations plus traditionnels.

Pour Benoit Hellings, député ECOLO, les séries politiques comme House of Cards ou Borgen montrent le cynisme qui caractérise clairement le monde politique d'aujourd'hui. "Évidemment, cette caractéristique est magnifiée dans les séries. Les coups tordus et les manipulations sont affaires courantes dans ces formats réduits à quelques minutes. L'objectif est de faire du spectacle avec le cynisme. La politique, c'est - avant tout - gérer la chose publique et proposer des idées. Et pourtant, aujourd'hui, comme dans les séries, ont est obligés de constater un certain cynisme."

Alors, les séries politiques influencent-elles la perception des citoyens ? La réponse est simple pour Benoit Hellings, "ça dépend des séries ! Borgen, par exemple, explique de façon assez fidèle la difficulté pour une femme de concilier un métier prenant et une vie de famille comme c'est le cas pour certaines femmes politiques".

Il en va de même pour Gilles Biaumet, chercheur en sciences-politiques à l'Université St-Louis "Je ne suis pas convaincu de l'effet pédagogique des séries politiques en matière de coulisses du pouvoir. Par contre, je pense que c'est un bon instrument pour mettre en lumière certaines thématiques. Je suis convaincu de l'effet d'interpellation sur le téléspectateur"

Pour Nicolas Willems, journaliste RTBF, les séries inspirent parfois à la comparaison : "On parle de syndrome Underwood (House of Cards) lorsqu'on fait référence à François Fillon par exemple." Mais peuvent-elles mener à un changement de perception des citoyens ? Pour Benoit Hellings, on ne peut rien prouver "est-ce que le personnage féminin froid et accro au pouvoir dépeins dans Prison Break comme Présidente à nuit à Hillary Clinton lors des primaires face à Barack Obama ? Est-ce que 24h Chrono a permis de préparer le terrain à Barack Obama en plaçant à la tête des États-Unis un Président noir ? On ne peut rien prouver parce qu'on ne connait pas vraiment l'influence des série télés sur les téléspectateurs."

House of Cards, un exemple de rapport de force

Pour Benoit Hellings, House of Cards montre de façon caricaturale et exacerbée une pratique pourtant bien réelle : le rapport de force. "Si votre idée n'est pas défendue, elle ne passe pas. Aussi bonne soit-elle, si vous n'arrivez pas à mettre derrière cette idée une majorité de citoyens et ensuite de députés, elle ne passera pas."

Borgen, la série danoise proche de nous

Pour Benoit Hellings, Gilles Biaumet et Nicolas Willems, Borgen est certainement la série la plus proche du système politique belge puisqu'elle représente des coalitions qui se font et se défont au gré des élections. Selon Gilles Biaumet, chercheur en sciences-politiques à l’Université St-Louis, la série parle facilement aux belges parce que les danois partagent, avec nous, certains points communs : "le Danemark fait partie de l'OTAN et de l'Union Européenne comme nous. On comprend donc les enjeux et les thématiques abordées. La composition de leur gouvernement est également proche de la notre. Des points communs qui parleront donc plus aux belges qu'aux américains par exemple".

 

Présidentielle Française, meilleure série de la décennie ?

Pour Timothée Gaget, auteur du livre "Les bonnes mœurs", la campagne présidentielle 2017 en France est digne d'une des meilleures séries politiques de la décennie : "On ne compte plus les rebondissement, les trahisons et les twists de cette campagne qui font généralement d'une série, une bonne série. Un candidat en tête des intentions de vote qui se retrouve soudain au plus bas et tente, par tous les moyens, de revenir sur le devant de la scène".

Les sagas "Brexit" et "Make America Great Again" n'ont qu'à bien se tenir : "on constate une victoire totale du social media sur ce genre de saga où un nouveau rebondissement intervient toutes les trois heures. Et, c'est malheureux que l'avenir du pays dépende de cela. Parce que, en réalité, ce n'est pas une fiction".

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