Le sport, un médicament comme un autre, et si on le remboursait ?

Le sport un médicament comme un autre, et si on le remboursait ?
Le sport un médicament comme un autre, et si on le remboursait ? - © Tous droits réservés

Comme les médicaments, les bienfaits de l’activité physique sur la santé sont prouvés scientifiquement, pourquoi ne pourrait-elle pas être remboursée ? Si tout le monde est conscient de ses bienfaits, le passage à l’acte reste cependant difficile. Pourtant l’OMS tire la sonnette d’alarme, les Belges sont trop sédentaires. Mais comment mettre en mouvement la population ? Le sport sur ordonnance est-il une solution ? C’est en tout cas l’idée de Benoit Massart, expert en sciences de la motricité et coordinateur EnéosSport aux mutualités chrétiennes, et d’André Dubus, kinésithérapeute et expert en santé public. Ils étaient les invités de Tendances Première.

Le dernier rapport de l’OMS est alarmant, les citoyens ne bougent pas suffisamment, deux tiers des Belges sont encore beaucoup trop sédentaires. La moitié des travailleurs et des ouvriers ont des problèmes de surpoids et 1 personne sur 5 est dans une situation d’obésité. Une prescription pour le sport serait-elle la solution ?

Sport sur ordonnance

Si tout le monde est conscient que le sport est salutaire, le passage à l’acte est particulièrement difficile pour encore beaucoup de personnes.

Le projet nommé Sport sur Ordonnance est un dispositif par lequel les médecins auraient la possibilité de prescrire de l’activité physique aux personnes ayant une affection de longue durée (diabète, hypertension artérielle, lombalgie, ostéoporose, cancer…). Ce projet porté, entre autres, par Benoit Massart et André Dubus permettrait une meilleure intégration de l’activité physique dans le traitement de ces pathologies chroniques.

Le but serait que les patients, provenant des structures hospitalières et médicales avoisinantes, pourraient réaliser une activité physique régulière sous supervision d’un moniteur certifié et dans le respect des guidelines de l’Exercise Medicine.

C’est au départ de cette idée qu’André Dubus et Benoit Massart ont porté le projet Sport sur Ordonnance au parlement "Il est important que le Parlement puisse s’approprier cet enjeu de santé. "

En effet, selon André Dubus, les politiques ne s’expriment pas assez sur ce besoin physique de bouger, et surtout sur les dangers de ne pas bouger :" il faut mobiliser l’attention des citoyens et cela passe par la politique."

Pour eux, il est absolument impératif de prendre le mouvement comme une activité thérapeutique à part entière.

Comment prescrire du sport ? L’oralité ne suffit pas

Une des difficultés des médecins généralistes est qu’ils ont peu de temps dans une consultation et qu’ils vont se limiter à des recommandations, " il est temps de vous bouger ", mais lorsqu’on est face à des patients, âgés, sédentaires, ou encore très réticents au sport, il est illusoire de croire que cette unique recommandation orale va faire bouger les choses. D'où l'idée de Sports sur Ordonnance.

Il faut un accompagnement, un suivi et un encadrement, c’est un peu comme si vous disiez à un fumeur "arrête de fumer " explique Benoit Massart, on sait que c’est tout sauf efficace.

Or, le fait de l’écrire noir sur blanc est un acte personnalisé, important aux yeux des patients, car le médecin a une autorité, un statut important, c’est un référent très important pour de nombreux patients et le fait de coucher noir sur blanc cette recommandation, même si on sait bien que ça ne suffit pas, c’est bien plus fort qu’un simple conseil oral. De plus, l’aspect financier représente un frein énorme, si un système de remboursement se met en place, ce sera une réelle opportunité d’ouvrir le monde du sport à tout le monde.

Une ordonnance, mais aussi un encadrement et un suivi

Il existe des structures adaptées, des salles de sport avec des professionnels qui peuvent aider. Le frein principal, une fois qu’une personne est devenue sédentaire, c’est que celle-ci ait peur de ne pas se sentir à la hauteur pour faire du sport. Il faut donc aller à l’encontre de ça car on peut vraiment adapter cette activité physique, mais il faut le bon langage, les bons réflexes, les bonnes structures, bref des professionnels certifiés.

Avoir une ordonnance c’est une première étape qui permet un meilleur suivi de l’indication du médecin, mais il faut bien sûr derrière avoir un encadrement.

Le sport c’est comme un médicament il faut savoir le doser

En effet, il faut aussi que les coachs soient formés, qu’ils connaissent les précautions à prendre, il faut donc un niveau de qualification nécessaire. Car il faut aussi la confiance des médecins pour qu’ils envoient leurs patients vers ces personnes et ces structures. André Dubus évoque donc l’idée d’un label pour les fitness. ''Trop souvent dans les salles de fitness, les coachs sportifs poussent à l’effort, mais parfois de manière excessive et ça crée des souffrances, il faut penser les choses pour les adapter et penser le sport comme un traitement".

L’activité physique c’est thérapeutique

Entre une personne qui ne fait rien du tout et une personne qui fait déjà un tout petit peu c’est là qu’il y a toute la différence, qu’on voit et qu’on obtient les bénéfices. Comme l’explique Benoît Massart, faire du sport à quel niveau que ce soit sera toujours mieux que rien.

Mais dans certains cas c’est réellement une nécessité.

En effet, dans certaines pathologies l’activité physique devrait être considérée comme traitement de première intention. Comme dans le cas des prédiabétiques, le souligne Benoît Massart,  avec un traitement nutritionnel adapté on peut vraiment inverser la tendance. Si dans certains cas, l’activité physique peut être une alternative c’est parfois aussi le premier remède, un remède sain et efficace.

Le cas de la France

Depuis 2017, la France permet la prescription du sport sur ordonnance pour des pathologies de long terme, qui s’inscrivent dans le temps. Le médecin peut prescrire une ordonnance qui vise un sport adapté.

Si actuellement les remboursements ne suivent pas encore car les conditions ne sont pas claires, la France a malgré tout une longueur d’avance en reconnaissant le sport comme un véritable traitement médical.

Pour André Dubus et Benoit Massart il est donc temps d’agir en Belgique, car, pour eux, ce sont les financements qui bloquent.

"Il faut mettre les différents acteurs autour d’une table, les acteurs du sport, l’INAMI, les mutuelles, et au-delà du fait d’encourager le sport, il faut aussi passer à la caisse" insiste André Dubus.

Réécoutez ce dossier de Tendances Première pour en savoir plus sur le Sport sur Ordonnance

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