Le son des poissons, le droit international et le bronze égyptien

Le samedi 23 février 2019, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) recevait dans Les Eclaireurs : Anne Lagerwall, Professeure de droit international à l'Université libre de Bruxelles ; Eric Parmentier, Professeur de Biologie animale et Directeur du laboratoire de Morphologie Fonctionnelle et Evolutive de l’Université de Liège ;  et Georges Verly, Archéologue et archéométallurgiste dans  la section Egypte ancienne du Musée Art et Histoire de Bruxelles

 

Première diffusion : samedi 23 février 2019 à 13h10.

REDIFFUSION : dimanche 7 juillet 2019 à 23h10.

Anne Lagerwall

Anne Lagerwall  est Professeure de droit international dans la faculté de droit et de criminologie de l'Université libre de Bruxelles. Elle y enseigne notamment les cours suivants : " Public International Law " (avec Vaios Koutroulis), " Théories du droit international public ", " Approches critiques des droits de l’homme et de la femme ". Elle assure également, dans le cadre de la Faculté des sciences sociales et politiques, l’enseignement du cours d’" Introduction au droit, y compris les aspects sociologiques du droit " (avec Julien Pieret). Anne Lagerwall est licenciée en droit, titulaire d’un diplôme d’études spécialisées et d’un diplôme d’études approfondies en droit international public ainsi que d’un doctorat en sciences juridiques de l’ULB.

Anne Lagerwall mène des recherches au sujet d'une obligation qui existe en droit international pour les Etats de ne pas reconnaître les situations imposées par la force. Elle interroge et analyse différentes situations telles que la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem en tant que capitale d'Israël (l’article publié dans The Conversation est disponible ici : https://theconversation.com/2018-en-revue-mai-les-etats-unis-ouvrent-leur-ambassade-a-jerusalem-108540) ou encore les décisions prises récemment par l'Union européenne par rapport à l'occupation marocaine du Sahara occidental (L'article publié dans Le Monde est disponible ici: https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/01/17/le-parlement-europeen-inclut-le-sahara-occidental-dans-son-accord-commercial-avec-le-maroc_5410515_3212.html).

Sur une note un peu différente, Anne Lagerwall s’interroge aussi sur  la manière dont la culture représente le droit international. Elle a ainsi écrit un commentaire sur deux projets photographiques concernant deux territoires occupés illégalement et qui ne sont reconnus par aucun Etat, la Transnisstrie et le Haut-Karabakh (L'article est disponible ici: http://cdi.ulb.ac.be/defacto-blackgarden-droit-lagerwall/).

Ce qui intéresse Anne Lagerwall dans ces situations, c'est la manière dont le droit international s'y prend pour réguler une situation qui est illégale, d'un point de vue formel, mais bel et bien existante, dans les faits. Ce questionnement était déjà au cœur de sa thèse de doctorat publiée en 2016 : "Le principe ex injuria jus non prieur en droit international" dont est reproduite ici une brève présentation :

" La maxime ex injuria jus non oritur signifie littéralement qu’un droit ne peut pas naître d’un fait illicite. À priori, l’idée séduit par sa logique. Quoi de plus évident en effet que de prévoir, par exemple, qu’une preuve obtenue par la torture n’est pas valide ou qu’un État qui envahit le territoire d’un autre État ne peut y exercer sa souveraineté. Aussi logique qu’elle puisse paraître, cette maxime dispose cependant d’un statut bien incertain en droit international. La Cour internationale de justice ou la Commission du droit international s’y réfèrent parfois comme à un principe bien établi. Mais de nombreux auteurs doutent de son utilité pratique en soulignant le rôle prépondérant de l’effectivité en droit international. Il est vrai que dans la pratique, il arrive qu’un fait apparemment contraire au droit international donne naissance à une situation dont les États s’accommodent sans trop se préoccuper du fait illicite originel. Pour ne prendre qu’un seul exemple, l’opération militaire déclenchée en 2003 contre l’Irak a donné lieu à une administration étrangère du territoire qui a fini par être acceptée par les États même si la majorité d’entre eux considéraient que cette opération était contraire à la Charte des Nations Unies. Ces paradoxes qui animent la pratique internationale ne sont pas sans poser des interrogations qui touchent à la définition même du droit. Si on admet qu’un fait illicite puisse créer des droits, est-ce qu’on ne voue pas le système juridique à sa propre destruction ? Et si au contraire, on refuse systématiquement qu’un fait illicite puisse créer des droits, est-ce qu’on ne risque pas de creuser, trop profondément, le fossé qui sépare le droit de la réalité qu’il est censé régir ? C’est à ces différentes questions que l’ouvrage s’attelle en proposant une analyse approfondie du statut et de la portée du principe ex injuria jus non oritur en droit international contemporain."

Anne Lagerwall collabore à la rétrospective" 12 mois, 12 experts " élaborée par l’ULB ; elle y analyse sur les décisions politiques que développent les Etats-Unis par rapport à Jérusalem. Pour lire son analyse "  Les États-Unis ouvrent leur ambassade à Jérusalem " , cliquez ici:

 http://www.ulb.be/ulb12mois12experts/retrospective-experts2018.html

Anne Lagerwall a été assistante de recherche pour la République Démocratique du Congo dans l’affaire des Activités armées sur le territoire du Congo (R.D.C. c. Ouganda) devant la Cour internationale de justice. Elle a également noué une collaboration avec le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (G.R.I.P.) concernant l’élaboration d’une convention relative au marquage et au traçage des armes légères.

Pour découvrir d’autres publications de Anne Lagerwall cliquez ici :

http://cdi.ulb.ac.be/a-propos-du-centre/membres-du-centre-2/anne-lagerwall/

 

Eric Parmentier

Eric Parmentier est Professeur de Biologie animale et Directeur du laboratoire de Morphologie Fonctionnelle et Evolutive de l’ULg. Licencié en biologie animale de l'ULg, il devient d’abord assistant au sein des services de Morphologie Fonctionnelle et Évolutive (aux côtés du professeur Michel Chardon, puis de Pierre Vandewalle) et d'Océanologie (aux côtés du professeur Jean-Marie Bouquegneau).

Chercheur qualifié au F.R.S.-FNRS, Éric Parmentier est l’un des rares experts européens de la communication phonique chez les poissons. Il a d'abord centré ses recherches sur les Carapidae, famille de poissons dont la singularité de certains réside dans leur capacité à pénétrer et  séjourner dans des invertébrés. Les Carapidae, auxquels il consacre encore une partie de ses travaux, produisent du son. C'est pourquoi, dans un but de comparaison, il s'est ensuite intéressé aux poissons-clowns qui émettent aussi des sons  et vivent en symbiose avec un invertébré.

Par la suite, son champs de recherche s’ouvre sur d’autres familles capables de communication acoustique: Ophidiidae, Cichlidae (Tilapia), Mochokidae (poissons-chats), Bagridae (poissons-chats), Malapteruridae (poisson-chats), Serrasalmidae (Piranha), Pomacentridae (poissons demoiselles-), Ostraciidae (poissons-coffres), Balistidae (Baliste), Serranidae (mérou), Sciaenidae (maigre, ombrine), etc.

Eric Parmentier cherche à comprendre les mécanismes de production des son, leur évolution, la teneur des messages envoyés ainsi qu’à mesurer les capacités auditives. A côté de l'approche fondamentale du sujet, il cherche aussi à comprendre comment l'acoustique passive peut aider à réaliser de l'exploration et de la surveillance de territoire ou comment elle peut être utilisée en aquaculture. Les recherches réalisées au laboratoire portent également sur les mécanismes de prises de nourriture chez les poissons (poissons demoiselles, piranhas, etc.) et sur l'anatomie des mammifères marins.

 

Pour découvrir les publications de Eric Parmentier cliquez ici :

https://orbi.uliege.be/ph-search?uid=u179121

 

Pour écouter les sons de poissons Sciaenops, Kwa, Rochei et Bora cliquez ici: 

 

 

Georges Verly

Georges Verly est archéologue et chercheur BELSPO-Brain.be en archéo métallurgie, spécialiste de l’artisanat du cuivre en Egypte antique. Attaché à la section Egypte ancienne du Musée Art et Histoire de Bruxelles, Georges Verly  titulaire d’un Master en Archéologie et Histoire de l’Art et un DEA en Histoire, Culture et Société à l’ULB. Il est actuellement doctorant à la Sorbonne Université Lettres - CNRS Mondes Pharaoniques (UMR 8167) et à la KU Leuven - Department of Earth and Environmental Sciences.

L’archéologie est fondamentale pour confronter les données de terrain à l’Histoire, mais elle supprime définitivement les témoins matériels. Pour compenser cela, l’archéologue utilise deux méthodes destinées à transmettre le maximum d’informations : la photogrammétrie et l’archéologie expérimentale. Depuis 2001, grâce à Hugues Paridans, Georges Verly développe une nouvelle méthodologie expérimentale afin de comprendre les structures et les artefacts métallurgiques toujours associés aux sites de fouille (comme des fours de réduction, des fours de fusion, des moules pour la technique de la cire perdue et les chaînes opératoires pour la production d’outils et de statues en alliage cuivreux). Cette méthodologie sert de base au projet EACOM (Egyptian and African copper metallurgy - Belgian Science Policy (BELSPO) BRAIN-BE programme BR/143/A3/EACOM). Cette plateforme réunit le Musée Art et Histoire, la KU Leuven et l’Africa Museum.

Georges Verly et Frederik Rademakers (post-doctorant à la KU Leuven) travaillent ensemble en archéologie, en technologie de la métallurgie égyptienne antique, en archéométrie, en archéologie expérimentale ainsi que dans l’étude d’artefacts métalliques de collections muséales.

Actuellement, les artefacts métalliques des collections égyptiennes sont étudiés pour déterminer l’origine des minerais utilisés dans l’Antiquité, du Prédynastique au Nouvel Empire égyptien, ceci grâce aux isotopes de plomb. De nouvelles pistes de recherche sont proposées concernant les alliages à base de cuivre avec de l’arsenic et de l’étain. Les métallurgistes antiques ont mis en effet mis au point des technologies ingénieuses et surprenantes pour produire des objets, du plus commun à l’exceptionnel.

Georges Verly et Fréderik Rademakers participent à des campagnes archéologiques sur plusieurs sites connus pour leur production métallurgique en Egypte et au Soudan, afin d’y détecter une chaîne opératoire spécifique, allant de la métallurgie primaire à la phase de finition. Le site d’Ayn Soukhna (Egypte) est le site de référence pour la métallurgie du Moyen Empire. Le site de Kerma (Soudan) révèle une toute nouvelle technologie de production d’artefacts de prestige.

En collaboration avec l’Agyptisches Museum Bonn et l’UGent pour les µCT-scan, les chercheurs expérimentent et analysent les moules antiques provenant du site de Qubbet el-Hawa, qui permettaient la production de statuettes des divinités égyptiennes. Ce travail a abouti à mettre en lumière, avec Luc Delvaux, un rite osirien méconnu et à consacrer une attention particulière à la qualité des matériaux utilisés. De l’environnement proche ou lointain, les métallurgistes antiques prélèvent et améliorent des composites qui deviendront des pâtes techniques exceptionnelles (aussi bien pour les moules que pour les creusets).

Les plateformes d’Aubechies et de Melle - IRAMAT accueillent la partie recherche expérimentale et le volet transmission-pédagogie du projet EACOM. Différentes structures métallurgiques y sont restituées afin d’établir un maximum de protocoles pour chaque phase de la chaîne opératoire, qui sont expérimentés tout au long de l’année. C’est l’occasion de former et de transmettre cette méthodologie mais aussi cette passion aux étudiants en master Archéologie de l’ULB.

Pour l'accompagnement dans ses recherches, Georges Verly remercie ses amis et collaborateurs : Johannes Auenmüller, Angelo Bartoli, Adeline Bats, Charles Bonnet, Matthieu Boone, Micheline Bordignon, Camille Brasseur, Luc Delvaux, Patrick Degryse, Alexandra De Poorter, Charlotte Doyen, Nine d’Urso, Nathalie Halgand, Dirk Huyge, Alexandre Longelin, Séverine Marchi, Hugues Paridans, Claire Somaglino, Pierre Tallet, Florian Téreygeol, Isabelle Therasse, Eugène Warmenbol, l’équipe EACOM et tous les étudiants de l’ULB. Il remercie également Belgian Science Policy, le Fonds Professeur Jean-Jacques Comhaire - Fondation Roi Baudouin et leur sponsor Hemimex pour leur soutien financier.

 

Retrouvez le reportage VRT sur une démonstration d’archéologie expérimentale de reconstruction et d'activation d’un four égyptien antique en cliquant juste ici: 

https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2018/10/18/experimentele-archeologie-onderzoekers-bouwen-oud-egyptische-sm/

Pour lire l’article " Un four égyptien revit à Aubechies" sur Daily Science  cliquez ici: http://dailyscience.be/05/11/2018/un-four-egyptien-revit-a-aubechies/ 

 

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