Le pouvoir du chant

Toulouse (Haute-Garonne) / Couvent Les Jacobins / Cloître.
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Toulouse (Haute-Garonne) / Couvent Les Jacobins / Cloître. - © Hervé Champollion / akg-images

Quelques Frères Dominicains de Toulouse ont entrepris avec l'aide de Marcel Pérès, compositeur et musicologue spécialiste des chants grégoriens, de se réapproprier de vieilles techniques de chants liturgiques du 13ème siècle qui avaient été initiées par leur ordre (d’ailleurs fondé à Toulouse).
 

Benoît Bories nous livre une pièce éclatante et douce sur le pouvoir du chant : "Une quête' ...

... Et c’est autant celle des Dominicains que celle de Benoît qui les enregistre et en fait une matière sonore autre, intégrant les sons de la ville et des oiseaux, les bruits de portes et les rires des Frères.

C’est dans le couvent des Jacobins, trésor de l’art gothique languedocien dans la ville rose, qu’aiment chanter les Frères, ce couvent aujourd’hui propriété de la ville et qu'ils ont dû quitter. " Un son qui court le long de la nudité de la pierre" dit l’un d’eux.

Au gré des rencontres et des entretiens, un langage commun se construit autour du sonore. Il fallait que la ville, chère à l’ordre mendiant qui au 12° siècle en fait le lieu de ses prédications, revienne de manière inouïe au milieu des chants. Ce qu’accomplit à sa manière le travail de Benoît Bories. Complicité obligée et traversée d’échos et de réverbérations.

Une pièce autant musicale que documentaire, vouée à la sensibilité de l’écoute et de la rencontre. 

 

Réalisation : Benoît Bories
Mixage : Pierre Devalet

Une production de Gulliver, avec l’aide de la RTBF, de la SACD, de la SCAM, de la SACD France, de la SCAM France, de Pro litteris et de la Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le chant grégorien au coeur des abbayes

Intenses lieux de création musicale du haut Moyen-âge jusqu’au XIIIe siècle, les abbayes sont d’importants centres artistiques. De Saint-Jacques de Compostelle à Saint-Denis, de Royaumont à Fontevraud, en passant par le Mont Saint-Michel, les murs de ces édifices imposants résonnèrent des plus belles voix de l’Occident médiéval, alors au service du chant originel de l’église romaine : le chant grégorien.

Centre spirituel et pastoral par essence, l’abbaye médiévale ne saurait pourtant se contenter de cette définition restrictive : densément peuplée de personnalités souvent brillantes et visionnaires, elle s’érige en centre de développement des lettres, de la théologie, de la philosophie, des sciences et des arts.

Nombreux sont les moines, moniales, abbés et abbesses qui forment l’élite intellectuelle de cette période : Bède le Vénérable, Hildegarde von Bingen, Bernard de Clairvaux, Abélard, Pierre le Vénérable, Thomas d’Aquin …

Caroline Joré-Garrigues
extrait du livret inclus dans le CD Le chant des abbayes - Résonances

 

Le Grégorien est le " chant propre de l’Église romaine ". On l’attribue au pape Saint Grégoire le Grand. Au milieu du Moyen-Age, sa diffusion sera servie par la première notation manuscrite de la musique : les neumes. Il évolua ensuite, influencé par la polyphonie et le chant populaire. Au cours du XXe siècle, l’abbaye de Solesmes, entre autres, travailla à la restauration du véritable chant grégorien.

Depuis plus de 30 ans Marcel Pérès réalise une exploration méthodique des répertoires liturgiques médiévaux avec l’ensemble Organum et le CIRMA.

Le parcours musical de Marcel Pérès débute par des études d’orgue et de composition au conservatoire de Nice, puis en Grande Bretagne et au Canada. De retour en Europe il se spécialise dans la musique médiévale et fonde, en 1982, l’ensemble vocal Organum avec lequel il entreprend une exploration méthodique des répertoires liturgiques médiévaux.

  Les textes anciens sont ce qu’ils sont. Ils expriment les réalités musicales d’autrefois en des termes qui ne nous sont pas familiers. Il nous faut apprendre le langage musical des hommes du passé, mais aussi, leur manière globale de s’exprimer, leur imaginaire, leur quotidien et se représenter comment eux-mêmes se situaient dans un processus de mémoire. Il ne s’agit pas seulement de prendre une partition et de la jouer, il faut comprendre aussi le monde auquel cette musique fait référence.

Marcel Pérès - " Le chant de la mémoire "
 

Pendant 15 ans, créé et dirigé par Marcel Pérès, le Centre Européen pour la Recherche sur l’Interprétation des Musiques Médiévales (CERIMM) mène un grand programme de recherche sur l’interprétation des musiques médiévales, à l’abbaye de Royaumont.

En 2001, l’ensemble Organum émigre vers l’ancienne abbaye de Moissac où Marcel Pérès crée une nouvelle structure de recherche, le Centre Itinérant de Recherche sur les Musiques Anciennes (CIRMA).

 Je serais très heureux si mon travail permettait d’aider les catholiques à renouer avec la grande tradition du chant ecclésiastique. Et pour tous les autres, de les aider à découvrir, par la musique, la qualité esthétique, métaphysique et humaine de ceux qui nous ont précédés.

Marcel Pérès

Le couvent des Jacobins

En 1215, celui qui deviendra Saint Dominique installe à Toulouse une petite communauté qui s'est formée autour de lui pour prêcher face aux cathares et ramener à la foi catholique ceux qui s'en sont éloignés. C'est le début de l'histoire d'un ordre international fort aujourd'hui de plus de 10 000 membres : les Dominicains.

Toulouse est le berceau de cette histoire. La présence des Jacobins et la tombe de Saint Thomas d'Aquin au cœur de la ville témoignent de l'importance du patrimoine dominicain à Toulouse.

Le couvent des Jacobins est un joyau de l'art médiéval, conservant une église unique en son genre avec sa double nef terminée par le " palmier ".

C'est le lieu de vie d'une communauté religieuse où tout s'organise autour du cloître : réfectoire, salle capitulaire et chapelle funéraire ornée de peintures. C'est un lieu de pèlerinage sur les reliques de Saint Thomas d'Aquin.

Construit en seulement un siècle, entre 1230 et 1350, le couvent des Jacobins fera l'objet de quelques agrandissements par la suite. Son architecture répond avant tout aux règles de pauvreté et aux missions de prédication édictées par Dominique, le fondateur de l'ordre des Prêcheurs.

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