Le pouvoir d'agir, le champignon fossile et la puissance de la Chine

Fabienne Vande Meerssche
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Fabienne Vande Meerssche - © Tous droits réservés

Ce samedi 14 septembre 2019, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ECLAIREURS : François Gillet, éducateur spécialisé, formateur d’éducateurs spécialisés à  la Haute Ecole Bruxelles Brabant  et chercheur au Cérisès (Centre d’études et de recherches sur les interventions socio-éducatives); Corentin Loron, Doctorant FRS-FNRS en Paléobiologie au Laboratoire Early Life Traces & Evolution-Astrobiology (ULiège) et Sophie Wintgens, chargée de recherches du FRS-FNRS au Centre d'étude de la vie politique (Cevipol) de l'ULB.

 

DIFFUSION : samedi 14 septembre 2019 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 15 septembre 2019 à 23h10’

 

François Gillet

François Gillet est chercheur et coordinateur de recherche au Cérisès (Centre d’étude et de recherche sur les interventions socio-éducatives) de la Haute Ecole Bruxelles Brabant (HE2B). Educateur spécialisé de formation, il est titulaire d’un master en sciences de l’éducation et agrégé en psychopédagogie.

François Gillet travaille comme formateur d’éducateurs spécialisés à  la Haute Ecole Bruxelles Brabant et comme chercheur au Cérisès (Centre d’études et de recherches sur les interventions socio-éducatives) où il coordonne l’équipe HE2B chargée de mener de la recherche fondamentale, de la recherche-action et de la recherche appliquée.

Le Cérisès est impliqué dans plusieurs programmes de recherche, et de partenariat menés dans le domaine du travail socioéducatif et du travail social en général avec des universités, hautes écoles, centres de recherches et différents organismes (ONG, fondations, associations internationales) en Europe et dans le monde.

François Gillet est aussi co-fondateur des réseaux Aifris, Abfris et Educ-Europe  (plate-forme européenne dédiée à la formation européenne des éducateurs sociaux). Ces réseaux encouragent et soutiennent les étudiants, professionnels et chercheurs du social lors de leurs expériences de pratique professionnelle internationale et de recherche action collaborative.

Les domaines de recherche auxquels s’intéresse François Gillet concernent : l’interculturalité, l’éthique, la médiation communautaire, le travail social international, les métiers du social, la prévention de la violence, le développement social durable et le développement du pouvoir d’agir.

Sa méthodologie s’inspire des principes de la recherche action collaborative. Son ambition est de croiser les expertises de terrain avec le regard analytique des chercheurs en vue de mettre en évidence la qualité du geste étudié. Plusieurs outils et modules de formation sont les résultats les plus concrets de ces recherches.

 

Pour en savoir plus sur la recherche-action collaborative, consulter l’ouvrage " Les recherches-actions collaboratives : une révolution de la connaissance " (Auteur : Les chercheurs ignorants – Ed. Presses EESP).

 

François Gillet et son équipe HE2B viennent de clôturer cette année deux projets : Le projet Erasmus + BIØN  ainsi que l’étude 2019 sur la précarisation des jeunes à Bruxelles.

 

BIØN (Building Impact 0 Network) est un réseau de 7 partenaires – dont l’équipe HE2B–, répartis dans 5 pays européens et actifs dans les techniques de construction à faible impact. BIØN étudie la question de la participation sociale dans la construction et ‘aménagement des espaces de vie, espaces de travail et espaces domestiques pour répondre à des besoins sociaux spécifiques (comités de quartier, SDF, …). Le choix des matériaux locaux et à impact carbone réduit, ainsi qu’une réactualisation de techniques vernaculaires en sont deux aspects centraux. Ce projet met en partenariat des académiques et des travailleurs de terrain : architectes, ingénieurs, designers, autoconstructeurs et travailleurs sociaux.

Ce réseau - cofinancé par le programme ERASMUS + de l'Union européenne - tente de développer et partager ses connaissances au-delà des frontières. Des étudiants sont invités à intégrer leurs différentes formations professionnelles au travers d’un ERASMUS + leur permettant de réaliser un stage hors frontières qui leur donne une connaissance pratique de problèmes socio-éducatifs et des réponses mises en œuvre dans différents pays. En outre, les étudiants sont invités à participer aux recherches menées par l'équipe HE2B autour de sujets tels que : l'étude de la relation entre travail individuel et travail de groupe dans les interventions socio-éducatives; le social durable ; la conceptualisation de l'action professionnelle ; l’éthique dans les professions sociales, la dimension physique du social business, le travail social international et transnational, les outils pour le travail socio-éducatif ; la recherche-action collaborative…etc.
L’immersion d’étudiants ERASMUS + dans des institutions sociales ou éducatives, a permis la rencontre d’équipe travaillant sur des projets de construction basse énergie/zéro énergie. Des projets de construction d’infrastructures visant particulièrement à inclure les populations concernées par ces dernières, dans le processus de conceptualisation du projet et au travers du suivi des étapes de réalisation. Les étudiants ont ainsi pu prendre part, par exemple, à : un projet incluant des enfants, des enseignants, des parents et des voisins dans la construction d’une école (à Louvain) ; un projet collaborant avec de futurs habitants dans la réflexion, la planification et la réalisation d’un d’immeuble à appartement (à Molenbeek-Bruxelles); la transformation d'une ancienne ferme dans un village de 40 habitants où la bio-agriculture et la vie en commun sont en pleine dynamique (Wevy-Weron Namur) ; …etc.

 

L’étude 2019 sur la précarisation des jeunes à Bruxelles  est une étude lancée par le collectif des AMO (Associations d’Action en Milieu Ouvert) de Bruxelles et dont l’analyse des données a été confiée à l’équipe HE2B. Cette enquête repose sur un processus de récolte de témoignages de travailleurs sociaux œuvrant dans les AMO et d’autres services sociaux de la région de Bruxelles et d’une partie de la Wallonie. L’objectif de cette étude était de réaliser un état des lieux de la situation des différents publics de jeunes, de leurs familles et de leurs proches en souffrance.

 

Pour en savoir plus sur cette étude, consultez le rapport d’analyse HE2B produit par l’équipe de recherche de François Gillet. 

Corentin Loron

Corentin Loron est Doctorant FNRS en Paléobiologie au " Early Life Traces and Evolution-Astrobiology Lab " dans le Département de Géologie à l’Université de Liège.

Diplômé d’une licence en Biologie des organismes et des populations de l’Université de Lille 1 (France), il s’oriente ensuite vers un double master de Géologie et Paléontologie à l’Université de Lille 1 et à l’Uppsalla Universitet (Suède). Durant son master à Uppsala, il découvre la paléontologie du Précambrien (mémoire sur la diversité en microfossiles du Groupe Visingsö en Suède) et choisit de poursuivre cette voie en doctorat. Depuis octobre 2016, il réalise une thèse en Géologie à l’Université de Liège au laboratoire Early Life Traces & Evolution-Astrobiology, sous la direction de la Professeure Emmanuelle Javaux (qui fut invitée de l’émission Les Eclaireurs " Les traces de vie primitive, la démocratie et la langue des signes " , le 3 juin 2017. Pour consulter son profil cliquez ici).

Les recherches de Corentin Loron ont permis de mettre au jour des fossiles de champignons microscopiques préservés dans des schistes de l’Arctique canadien et datant d’il y entre 900 et 1000 millions d’années ! Avant cette découverte, les plus anciens fossiles étaient datés de 400 à 450 millions d’années.

Ses recherches s’articulent autour de deux successions géologiques du Canada arctique, datant respectivement de 1,5-1,3 (Groupe Dismal Lakes) et 1,15-0,9 (Supergroupe Shaler) milliard d’années. A l’aide d’une combinaison de techniques d’observations morphologique, ultra-structurale, chimique et spectroscopique, Il cherche à caractériser la diversité et les affinités biologiques des microfossiles à parois organiques préservés dans ces roches, et plus précisément des microfossiles eucaryotes (cellules possédant une organisation cellulaire).

La plupart de ces microfossiles sont préservés dans des " shale ", des roches argileuses à grain si fin qu’ils ne laissent pas passer l’oxygène, permettant ainsi une très bonne fossilisation. Les fossiles sont conservés en 2 dimensions, compressés par les couches successives de sédiments. Plusieurs bains d’acide (chlorhydrique et fluorhydrique) permettent leur extraction de la matrice rocheuse. Ces microfossiles peuvent être de forme filamenteuse, sphéroïdale ou multicellulaire et sont appelés " Acritarches ", en référence à leur affinité biologique inconnue. Cependant les chercheurs ont développé plusieurs outils d’observation permettant de reconnaitre certain d’entre eux comme étant eucaryotes et d’autre comme étant procaryotes (par exemple des cyanobacteries).

La nature exceptionnelle des roches dans lesquelles les microfossiles de ses recherches sont extraits a permis une préservation très fine de nombreuses informations biologiques et écologiques. Le Supergroupe du Shaler (1,15-0,9 milliard d’année) a révélé une importante diversité de microfossiles à paroi organique (la plus importante jusqu’à ce jour pour le Précambrien) de 63 espèces différentes dont 25 eucaryotes ; un chiffre exceptionnel pour cette période de temps (de – 4,55 milliards d'années jusqu'à – 550 millions d’années) ! En effet les modèles de diversité précédents, basés sur les microfossiles, montrent qu’une telle abondance et diversité de formes ne devrait pas s’observer avant environ -800 millions d’années.

Certains microfossiles eucaryotes, d’espèces différentes, préservés dans le Supergroupe du Shaler, présentent des perforations à la surface. Ces perforations circulaires ne peuvent être attribuées à des processus géologiques post-mortem (croissance minérale) ou ontogéniques (pores) et sont attribués à des perforations faites par des prédateurs de ces microorganismes, comme observé dans des écosystèmes plus récents ou actuels. Cette découverte en fait les plus vieilles traces connues à ce jour – datant environ d’1.15 milliard d’années - de prédation d’eucaryotes sur d’autres eucaryotes.

Récemment, une combinaison d’analyses morphologiques, ultra-structurales et spectroscopiques a permis de reconnaitre une affinité biologique fungique d’un microfossile préservé dans la formation Grassy Bay du Supergroupe du Shaler. Ce fossile, Ourasphaira giraldae, est constitué d’un filament multicellulaire, branché à angle droit et connecté à une sphère terminale. Ce microfossile possède différentes caractéristiques de différentes familles de champignons et constitue la plus vieille trace fossile de ce groupe, près d’un demi-milliard d’années plus tôt que documenté précédemment. Grâce à cette découverte, il est possible de ré-affiner l’âge d’apparition des champignons mais aussi celle des animaux dont les champignons sont les plus proches cousins.

 

Lire à ce sujet le communiqué de l’ULiège: " Des chercheurs de l’ULiège découvrent les plus anciens fossiles de champignons connus à ce jour "

 

L’étude en cours du Groupe de Dismal Lakes (1,5-1,3 milliard d’année) semble confirmer le caractère exceptionnel de ces formations canadiennes qui, ensemble, permettront de compléter grandement la compréhension des écosystèmes précambriens.  

 

Pour en savoir plus sur ces recherches, consultez les articles coécrits par Corentin Loron:

Sophie Wintgens

Sophie Wintgens est chargée de recherches du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) au Centre d'étude de la vie politique (Cevipol) de l'Université libre de Bruxelles (ULB), Maître de conférences à l’ULiège et l’ULB ainsi qu’au Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC) de l’EHESS à Paris.

Elle a commencé sa carrière de chercheure en 2007 en intégrant le CEFIR (Center for International Relations Studies) du Département de Science politique de l’Université de Liège (ULiège).

Intéressée par les questions liées à l’émergence de nouvelles puissances dans l’après-Guerre froide, elle s’interroge d’abord sur la nature et l’exercice de la puissance chinoise ainsi que sur son impact sur la stratification du pouvoir mondial. Deux premiers enseignements ont ainsi pu être tirés : d’une part, la Chine demeure pour l’essentiel engagée dans la conquête de nouveaux marchés pour s’approvisionner en matières premières et écouler ses produits manufacturés ; d’autre part, sa réémergence participe plus fortement que les autres pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) de la décentralisation progressive du monde en une multiplicité de pôles.

En cherchant à mesurer l’impact du multipolarisme sur l’ordre mondial, elle développe progressivement une expertise sur la politique extérieure de la Chine post-Guerre froide. Une expertise valorisée par diverses (co)publications centrées sur ses relations extérieures, en particulier avec l’Union européenne (UE) et l’Afrique avec la République démocratique du Congo (RDC)

Enrichie par de nombreuses expériences de terrain en Asie (Inde et Chine), en Afrique (Sénégal et RDC) et en Amérique latine (Brésil, Argentine), elle mobilise cette expertise lors de la réalisation de sa thèse de doctorat afin d’étudier plus finement les rouages de la stratégie de projection de puissance de la Chine sur la scène latino-américaine. Empruntant ses bases théoriques aux Relations internationales (RI) et à l’Économie politique internationale (EPI), sa recherche doctorale a ainsi abouti à trois grands enseignements : le caractère foncièrement dual de la stratégie chinoise, mêlant coopération et hégémonie ; son impact sur les rapports de forces régionaux, puisqu’elle influe indirectement sur la façon dont les États latino-américains se (re)positionnent les uns par rapport aux autres et par rapport aux autres acteurs extrarégionaux ; son impact relatif sur le triangle atlantique, dans la mesure où elle induit un réajustement stratégique des États-Unis et de l’UE envers le sous-continent.

Lorsque Sophie Wintgens entame ses recherches postdoctorales au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris et sa collaboration avec  le Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le recours à une perspective comparative avec le champ d’action africain de la Chine s’avère doublement éclairant : quant à la spécificité du terrain de jeu sur lequel s’exerce l’influence chinoise et quant à la diversité des enjeux sous-jacents à la stratégie chinoise.

Elle poursuit ensuite ses recherches postdoctorales dans le cadre d’un mandat du F.R.S.-FNRS au Centre d’étude de la vie politique (Cevipol) de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Celles-ci se sont centrées sur l’influence normative de la Chine en Amérique centrale et ses enjeux stratégiques, en s’appuyant sur une analyse empirique comparative de deux cas différenciés encore très peu étudiés : les relations Chine-Costa Rica et Chine-Nicaragua.

Ce nouvel axe de réflexion lui permet d’affiner sa compréhension des rouages de la puissance chinoise, en considérant l’exportation des pratiques/normes économiques et politiques chinoises comme un facteur stratégique d’influence et de visibilité mondiales. Ce resserrement à la fois géographique (sur l’Amérique centrale) et de sa question de recherche (sur les enjeux normatifs de la politique commerciale chinoise) ouvre de nouvelles pistes de recherche plus ambitieuses et permet à Sophie de poser les bases pour une montée en puissance théorique. Son postulat est alors le suivant : l’accroissement des échanges économiques et commerciaux de la Chine avec un nombre croissant de pays centraméricains va de pair avec la diffusion des pratiques/normes dont sa politique internationale est porteuse.

Le croisement de résultats de ses recherches avec les représentations d’acteurs académiques, politiques et diplomatiques costariciens, interviewés à San José lors d’un séjour scientifique à la Universidad de Costa Rica (UCR), permettent ensuite d’affiner sa compréhension des freins à la projection normative chinoise au Costa Rica ainsi que plus largement du projet politico-économique projeté par la Chine en Amérique latine et dans les Caraïbes et de sa capacité à concurrencer le modèle d’intégration et de gouvernance régionale déployé par l’UE.

Ces dix années d’expériences ont été riches d’enseignements sur le plan empirique et théorique. Les résultats de ses nombreuses enquêtes de terrain ont démontré la capacité de la Chine à remettre en cause l’influence monopolistique du monde occidental en s’imposant comme un acteur inéluctable dans la plupart des régions du monde et l’existence d’une nouvelle géographie du pouvoir mondial. Ils ont également mis au jour la nécessité pour la Chine de réguler davantage ses pratiques économiques et commerciales afin de limiter leurs impacts sur les acteurs locaux. Avec la montée en puissance de l’initiative Belt and Road (BRI), elle a ainsi adopté diverses mesures pour réglementer les activités de ses entreprises à l’étranger afin de les rendre plus conformes aux lois, règles, politiques et pratiques locales et internationales. Sur le terrain cependant, les pratiques observées dans les activités des banques et entreprises chinoises sont loin de répondre aux normes élevées que Pékin prétend promouvoir. Si les pays latino-américains tirent des avantages économiques de leurs relations avec la Chine, les activités, la présence et l'influence croissante de l'acteur chinois ont également des effets beaucoup moins positifs sur les droits humains dans la région.

 

Pour consulter les sources de cette notice et les publications de Sophie Wintgens, cliquez ici

 

L’Actu de nos Eclaireurs

Pierre-Guillaume Méon, professeur d’économie à l’ULB - Solvay Brussels School of Economics était notre invité dans LES ECLAIREURS le 27 avril 2019(pour consulter sa notice, cliquez ici );  ; il était venu nous parler de ses domaines de prédilection : la macroéconomie politique et l’intégration économique. Avec le Centre Emile Bernheim, qu’il dirige, il a lancé le management café, sur le modèle des " cafés philo ".

 

 Le prochain management café aura lieu le 25 septembre 2019 sur le thème " L'autodétermination salariale : de l'utopie à la réalité ".

Pour vous y inscrire cliquez ici.

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