"Le porno ne doit pas être le premier éducateur de la sexualité de vos enfants"

"Le porno ne doit pas être le premier éducateur de la sexualité de vos enfants"
"Le porno ne doit pas être le premier éducateur de la sexualité de vos enfants" - © Tous droits réservés

En moyenne chaque enfant aura vu la première image porno, ou son premier film pornographique à 11 ans. Et la première confrontation est rarement volontaire. Ces images pornographiques peuvent être destructrices pour la sexualité de l’adolescent et avoir des grosses conséquences pour les enfants. Anne de Labouret et Christophe Butstraen auteurs de "Parlez du porno à vos enfants avant qu’internet ne le fasse " étaient les invités de Tendances Première.

Le danger ce sont les autres

Les parents ont souvent tendance à repousser ce genre de questions délicates, pensant encore que l’intérêt pour la pornographie se développerait à l’adolescence dans le même cadre qu’ils auraient connu à l’époque, ou parce qu'il s’agit encore d’un sujet tabou pour eux.

Or les études le prouvent, les premières images pornographiques sont visionnées en moyenne à 11 ans. C’est une moyenne. Cela signifie que c’est plus tôt pour certains.

Il existe des filtres comme Adblock, mais ils sont rarement suffisants. Comme l’explique Christophe Butstraen :

On peut paramétrer sa connexion internet, faire une zone matelassée autour de l’enfant. Malgré tout, aucun papa ou aucune maman ne peut installer ça sur les téléphones des voisins ou voisines. Peu importent les précautions qu’on met en place, aujourd’hui les enfants ne reçoivent plus des Nokia 3310, mais bien des smartphones avec des possibilités infiniment plus grandes et surtout ils savent déjouer les filtres.

Et malheureusement quels que soient les verrous qu’on mette en place, du VHS au smartphone, la pornographie est devenue très violente.

De plus, on banalise de plus en plus la pornographie à travers les publicités, les films, les réseaux sociaux. Il est devenu quasi impossible de l’éviter. On ne peut passer se voiler la face, elle existe, et les enfants y ont accès facilement et très jeunes.

Les conséquences

Ces images peuvent être reçues de manière très violente car les enfants les perçoivent comme la réalité. L’enfant s’imagine issu de ce type de relations entre ses parents. 

Les conséquences peuvent être vraiment importantes: dépression, retrait social, et surtout un gros impact sur la confiance en soi.

Chez l’adolescent, les conséquences sont différentes car ils ont déjà une image des représentations sexuelles. Il va vraiment prendre ces images comme une mode d’emploi, et va voir de la pornographie en se disant " je vais savoir comment faire ". Alors que la pornographie actuelle montre des pratiques diverses et variées et souvent violentes, des relations très sexistes.

Bon nombre jeunes tentent de reproduire de ce genre de pratiques et cela codifie le sexe. Comme l’explique, Anne de Labouret, il n’y a plus cette progression naturelle de la relation sexuelle. C’est tout et tout de suite, ce qui amène des catastrophes. Pour beaucoup,  si une fille dit oui, elle dit oui à tout. Si on ne tient pas 20 minutes, c’est que l'on n’est pas performant.

La pornographie impacte le psychisme des jeunes, et les jeunes disent eux-mêmes qu’ils sont impactés par ces images, qu’ils tentent de reproduire, mais souvent en vain.

Filtrer, mais surtout dialoguer

Les mots qui ont rapport avec sexe et pornographie sont les mots plus recherchés sur internet. Mais désormais, on n’a même plus besoin de faire des recherches car ces images apparaissent partout, et si on cherche un peu, en quelques clics on a accès à tout.

L'accès à la pornographie a toujours existé, sauf qu’avant, il n’y avait que quelques magazines. C'’était plus difficile d’accès, et surtout ça laissait la possibilité de laisser parler l’imaginaire.

Les deux auteurs font part de leur grand espoir que l’Europe s’empare du sujet, mais les enjeux financiers sont énormes. Il existe déjà des lois qui interdisent les mineurs d’accéder à ces images, les amendes sont importantes mais cette loi n’est pas appliquée.

Le manque de volonté s’explique par le fait que 30% du trafic internet est lié à la pornographie. Les fournisseurs d’accès qui mettent à disposition un accès à internet ont 30% des chiffres d’affaires du net sont liés au porno, impossibles de se passer d’eux, une question de gros sous

 

En attendant les parents peuvent bien sûr :

  • Installer Adblock (logiciel gratuit contre les publicités)
  • Installer des logiciels de contrôle parental,
  • Paramétrer les moteurs de recherche
  • Avoir des moteurs de recherche adaptés aux enfants
  • Acheter des logiciels de contrôle parental avec un temps d’accès limité par enfants, des moments prédéfinis, et surtout les contenus.

Il est indispensable de mettre en place des conditions de dialogue pour que les enfants puissent se confier aux parents.

De cette façon, les parents pourront amener un contre-discours. Il ne faut pas culpabiliser l’enfant. Il faut partir de quelque chose très concret, et montrer que ce n’est pas la vraie vie, que la pornographie ce sont des images qui sont là pour susciter l’intérêt, que ce n’est pas la réalité.

Il faut pouvoir décomplexer la parole et le plus important est de dire que faire l’amour est quelque chose de beau. Pas besoin de conseils techniques mais plutôt expliquer et dire que ça doit se faire dans le respect et après progressivement les enfants et les adolescents peuvent être et avoir un discours plus appuyé sur la pornographie, dire que ce n’est pas la réalité, un discours de type éducation aux médias.

 

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