Le parlement polonais veut lutter contre la pédophilie, mais les méthodes sont loin de faire l'unanimité

Le nouveau parlement polonais qui vient d'entrer en fonction va travailler sur une loi qui vise à mieux lutter contre la pédophilie. Dans les faits, le texte pourrait pénaliser l'éducation sexuelle et le Parlement européen s'en inquiète. Sandro Calderon a fait le tour de la proposition.

Pour une fois, il n’est pas question d’une réforme qui menacerait l’indépendance de la justice polonaise. Cette fois-ci, le Parlement européen va dire tout le mal qu'il pense d'une proposition de loi qui s’attaque, en théorie, à la pédophilie. 


Que prévoit exactement cette législation polonaise en gestation ? 

L’objectif est de pénaliser la promotion de rapports sexuels entre mineurs. Quiconque encourage ou approuve publiquement le fait que des mineurs aient des rapports sexuels risque jusqu’à deux ans de prison. Les peines pourraient monter à 3 ans, voire à 5 ans, si la promotion se fait via les médias ou au cours d’activités éducatives.

Quel est le lien entre pédophilie et éducation sexuelle ? 

C’est ce que se demandent plusieurs groupes politiques européens : les démocrates-chrétiens, les socialistes, les libéraux, les verts, la gauche radicale. Pour eux, ce projet de loi polonais va, dans les faits, criminaliser l’éducation sexuelle et menacer les enseignants, les militants, les médecins et même les parents.


Que veulent les promoteurs de cette législation et qui sont-ils ? 

A la base, il y a une association catholique pro-vie, des militants ultra-conservateurs qui voient dans les cours d’éducation sexuelle une source de " dépravation sexuelle " des jeunes.

Pour la petite histoire, l’éducation à la sexualité est quasi inexistante dans les écoles polonaises où les élèves sont plutôt préparés " à la vie de famille ".

Quelle est l’utilité de ce texte ?

Elle permet au PIS, le parti nationaliste ultraconservateur, au pouvoir depuis 2015, de garder le contact avec son électorat catholique. Le PIS a mis le familles au coeur de son projet politique. Des familles, très choyées, qui sont encouragées à procréer….

 

 

Ainsi, dans cette vidéo gouvernementale, les Polonais sont invités à suivre l’exemple… " des lapins ". Un lapereau y explique notamment que son papa a eu 63 enfants!

Un message clair, accompagné par une politique nataliste généreuse. 


Des effets positifs sur les chiffres de natalité ?

 Non. Mais les allocations mensuelles accordées aux familles ont été très appréciées et ont largement contribué au succès électoral du PIS, le mois dernier. 

Cependant, cette politique a un côté obscur. Le PIS considère que la " famille polonaise " est en péril. Lors de la récente campagne électorale, l’homme fort du parti, Jaroslaw Kaczynski, a clairement identifié cette menace. 


" Aujourd’hui, mesdames et messieurs, ce modèle de la famille a beaucoup d’ennemis. La famille tel que nous la connaissons est attaquée. Les différences naturelles entre hommes et femmes sont attaquées. "

Jaroslaw Kaczynski

 

Les lesbiennes, les gays, les bisexuels, les transgenres, bref, la communauté LGBT menacerait la famille et même l’identité polonaises. Une vision partagée au sein de l’Eglise. L’été dernier, dans un sermon, l’archevêque de Cracovie a comparé les LGBT à la " peste communiste ". 

" Notre terre n’est plus accablée par la peste rouge, ce qui ne signifie pas qu’il n’en existe pas une nouvelle qui veut contrôler nos âmes, nos cœurs et nos esprits. Cette peste n’est pas rouge, mais arc-en-ciel. "

Allusion aux couleurs du drapeau LGBT.

Ajoutez à cela, les commentaires de certains médias conservateurs qui affirment que les cours d’éducation sexuelle sont souvent donnés par des militants LGBT, et la boucle est bouclée…


Est-ce que le Parlement européen pourrait bloquer ce projet de loi polonais " Stop la pédophilie " ? 

Non, parce que ce sera une résolution qui n'a rien de contraignant. Mais elle mettra un peu de baume au coeur aux militants des droits de l'homme polonais dans leur combat face au PIS. 

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