Le Paris-Dakar qui ne part pas de Paris... et n'arrive pas à Dakar

Le Paris-Dakar qui ne part pas de Paris... et n'arrive pas à Dakar
Le Paris-Dakar qui ne part pas de Paris... et n'arrive pas à Dakar - © FRANCK FIFE - AFP

Cette semaine, on évoque le rallye Paris-Dakar qui se déroule en ce moment-même en Amérique latine et qui porte très mal son nom puisqu'il ne part plus de Paris et qu'il n'arrive plus non à Dakar.

Il faudrait parler du rallye Asuncion-Buenos Aires puisqu'il démarre de la capitale du Paraguay, pour se terminer dans celle de l'Argentine. Au passage, on plaint les élèves qui doivent apprendre la géographie et qui auront tendance à placer désormais la capitale du Sénégal sur le mauvais continent.

Intéressons-nous à cette course qui, depuis près de 40 ans, suscite la polémique. Certains sont passionnés. D'autres trouvent que ce déploiement de moyens est indécent surtout dans des pays qui font souvent face à de graves crises économiques.

Il y a 25 ans, Renaud en avait fait une chanson au titre explicite : 500 connards sur ligne de départ. Notez que les concurrents sont moins que 500 cette année et qu'il se pourrait que ce rallye disparaisse finalement, faute de combattants.

 

Les conclusions d'une 39ème édition...

Elle a été très dure ! Notamment parce que le rallye a emprunté quelques unes des routes les plus hautes du monde à 3.000 ou même 4.000 mètres d'altitude, là où rien ne fonctionne normalement : ni les moteurs, ni les organismes. Souvent on parle d'une diminution de l'oxygène dans l'air lorsqu'on s'élève au dessus du niveau de la mer. En fait, la part de l'oxygène reste la même, autour de 21%. C'est l'air lui-même qui se raréfie et donc tout brûle plus difficilement. Pour les voitures, cela se traduit par une perte de puissance. "Les voitures passent de 360 chevaux au niveau de la mer à 200 chevaux à peine", explique Stéphane Peterhansel, fort de ses douze victoires sur le rallye. "On doit franchir des dunes avec des voitures très lourdes, devenues quasiment moins puissantes que des voitures de série". Pour les hommes, c'est exactement pareil. A 3.500 mètres, on produit beaucoup plus difficilement de l'énergie. Le simple fait de marcher essouffle complètement comme si l'on était en train de courir. On dort mal. On a mal à la tête. Parfois, cela se traduit par la survenue de symptômes plus graves qu'on désigne sous les initiales "MAM" pour Mal Aigu des Montagnes. Les œdèmes font gonfler le visage, le cerveau, les poumons. On peut en mourir.

 

Un mal de montagne qui concerne aussi des touristes

Des touristes qui partent pour faire des trekkings au Népal ou dans la Cordillères des Andes. Alors, comment on peut s'en prémunir ?
Très difficilement, c'est un peu comme le mal de mer. Certains tombent systématiquement malade. D'autres jamais. Puis on change de catégories. Personne ne sait pourquoi... Lorsque le Mal Aigu des Montagnes apparaît, la première chose consiste à redescendre la victime le plus vite possible. Quand ce n'est pas possible, on peut simuler une baisse d'altitude. C'est-à-dire qu'on enferme la victime dans un caisson où l'on augmente artificiellement la pression de l'air. Ce sont des appareils qui ressemblent à des sarcophages gonflables où l'on recrée l'atmosphère que l'on rencontre à 2.500 mètres d'altitude.

L'organisation du rallye a aussi emporté des bouteilles d'oxygène pour faire face à toutes les situations. Il existe aussi quelques médicaments pour lutter contre le Mal Aigu des Montagnes. Les pilotes ne s'en privent pas. Ils prennent beaucoup d'un diurétique qui s'appelle le Diamox. Mais là, on se heurte à une problématique comparable au dopage puisque cette habitude revient en somme à prendre des produits pour tenir le coup. C'est d'ailleurs étrange qu'on se montre si exigeants pour certaines catégories de sportifs et si tolérants pour d'autres. Les cyclistes qui s'aident de l'armoire à pharmacie pour progresser, ce sont des tricheurs. Pour les alpinistes, non. Et les pilotes de rallye non plus. A méditer!

Gilles Goetghebuer

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