Le parcours d'une femme dans le milieu du sport reste-t-il difficile ?

Si les sportives sont de plus en plus médiatisées, pourquoi alors sont-elles contraintes de passer des tests de féminité, de prouver qu’elles sont des femmes ? Pourquoi tant de femmes s’éloignent-elles de la compétition et se tournent-elles vers de nouvelles pratiques sportives où la performance se vit différemment ?

Pour Anne Saouter, une chose est sûre, le constat est affligeant : "c'est assez affligeant de voir ce que représente le nombre de femmes dans le sport aujourd'hui mais surtout sur ce qu'elles doivent encore subir pour gagner une place légitime dans le champ sportif". L'anthropologue ne nie pas que des progrès ont été fait mais appuie sur le fait que les chiffres n'augmentent pas : "A Rio, aux jeux olympiques, 45% des athlètes étaient des femmes. Il a fallu attendre longtemps pour atteindre cette proportion et depuis les années 2000, elle stagne."

Malgré ce chiffre, presque paritaire, le parcours d'une femme dans le milieu du sport reste difficile : "on assiste toujours à une volonté de les remettre à leur place c'est-à-dire sous la domination de certains hommes comme leurs entraineurs ou leurs maris. Comme si elles n'étaient pas autonomes dans leurs parcours et l'attribution de leurs titres."

Philippe Godin souligne les mêmes problèmes : "les femmes doivent plus batailler lorsqu'elles parlent de leur envie de pratiquer un sport et/ou de faire de la compétition parce qu'elles sont des femmes. Et ça, malheureusement, c'est un fait incontestable."

L'encadrement pour insuffler un changement

Logiquement, l'encadrement sportif devrait être suffisant et aider les jeunes filles dans leur envie de carrière sportive. Pourtant, Anne Saouter remarque que certains rapports de force sont toujours bien présents : "tout le monde a intégré des schémas où l'on reproduit une façon de faire différenciée en fonction des sexes. Dans le sport, on va valoriser différemment ce que fait une fille ou un garçon. On va les solliciter de façon différente également. Il y a des incorporations différenciée de compétences sportives. On ne va pas faciliter le parcours des filles comme celui des garçons en invoquant toutes sortes d'excuses : pas assez de filles pour former une équipe, pas de local pour créer un vestiaire uniquement féminin... On reproduit une inégalité sans toujours en avoir conscience."

"Le milieu sportif en général manque d'encadrement" constate Philippe Godin. "L'encadrement sportif manque de personnel et de qualité de formation. On remarque également une grosse différence dans le nombre d'entraineurs masculins et féminins ce qui ne favorise pas l'inclusion des femmes dans le sport."

Pour bien comprendre la problématique, il faut la replacer dans un contexte sociétal : "la société est très peu orientée vers une égalité des sexes et pas uniquement dans le sport. Il y a beaucoup de travail à faire sur ce problème et ce, depuis le plus jeune âge. Ça commence dans le cercle familial."

Pas assez de condamnation collective

Lorsque l'on relaye certains propos désobligeants envers des femmes dans le sport, personne ne semble les condamner. C'est en tout cas ce que pense Anne Saouter : "on ne condamne pas assez publiquement et collectivement les propos désobligeants que certains peuvent avoir à l'encontre des femmes qui font du sport. C'est aussi de là que vient le problème ! Et pourtant, ça pourrait changer le modèle de référence."

La force de ce modèle principalement masculin n'aide pas les petites filles à s'engager dans un sport : "la difficulté de toutes ces petites filles qui voudraient intégrer des sports traditionnellement masculins, c'est ce que va leur renvoyer leur entourage. "C'est pas un sport de filles", "Tu vas devenir moche", "C'est trop violent pour les filles"..."

Les femmes, entre elles, ne s'épargnent pas

Même si les femmes, entre elles, sont parfois aussi dures que des hommes à leur encontre, Anne Saouter souligne qu'elles sont "comme tout le monde" : "les femmes sont des êtres sociaux comme les autres. Elles ont intégrés, comme les autres, le modèle de référence masculin. C'est un modèle dominant qui s'impose autant aux hommes qu'aux femmes. Et, ceux qui s'en écartent sont marginalisés. Leurs comportements parfois difficiles avec leurs concurrentes s'expliquent par le fait qu'elles ne souhaitent pas être marginalisées. Les femmes n'ont de cesse de devoir légitimer leur place et discriminer l'autre, qui est le même, est une façon de se légitimer."

Philippe Godin avance une solution pour lutter contre ces stigmatisations : "l'être humain a tendance à catégoriser c'est-à-dire construire des boites et tenter de tout faire rentrer dans ces boites. Le but est d'en sortir et de se dire que n'importe qui peut faire n'importe quoi. Pour se faire, il faut remettre en questions des valeurs préétablies qui nous sont venues culturellement, socialement et de notre éducation."

L'heptathlon doré de Nafi

Ne boudons pas notre plaisir avec ce petit flash-back sur les performances de Nafissatou Thiam aux derniers Jeux Olympiques à Rio.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK