"Le paradis blanc" de Michel Berger, une chanson sur la douceur de la mort comme seule solution au tumulte du monde

Malgré son titre, " Le paradis blanc " de Michel Berger est une chanson sombre qui date de 1990. Une chanson qui commence ainsi : " Il y a tant de vagues et de fumée ". Nous sommes dans un monde de pollution. " Qu'on arrive plus à distinguer le blanc du noir ". Nous sommes dans un monde de confusion. " Je m'en irai dormir dans le paradis blanc. Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps. Tout seul avec le vent. Comme dans mes rêves d'enfant. Je m'en irai courir dans le paradis blanc. Loin des regards de haine. Et des combats de sang ". Nous sommes dans un monde de violence. " Retrouver les baleines. Parler aux poissons d'argent. Comme, comme, comme avant ". " Comme avant ", c’est-à-dire comme au début. Au début du monde puisqu’on cherche un paradis…

 

C’est l’histoire d’un homme qui renonce. Un homme qui tourne le dos et qui aspire à retrouver un paradis blanc qui est l’égal d’un paradis perdu. Si l’on en croit les indices géo-zoologiques – les nuits si longues qu’on en oublie le temps, les baleines, les poissons – plus loin, il est question de " manchots " mais aussi d’ " air si pur qu’on se baigne dedans " - ce paradis blanc, c’est l’Antarctique appelé aussi le continent blanc. Un endroit rêvé pour le personnage déçu de la chanson, un endroit sans " regard de haine et de combats de sang " puisqu’aucun homme n’y vit. Un paradis, c’est un lieu de pureté, c’est un périmètre vierge – pas encore gâché par la main et le mal de l’homme. Et donc, le personnage de la chanson – fatigué du mal des hommes, malade des hommes – aspire à cette blancheur…

 

Ça, c’est pour l’interprétation écologique de la chanson de Michel Berger qui a un côté " National Geographic ", voire Yann Arthus-Bertrand… Sauf que, derrière la chanson, il y a une autre chanson. Il y a une autre interprétation qui entre en résonnance avec la première. Dans cet idéal de pureté et de paix qu’il désigne par le paradis blanc, on trouve aussi une description de la mort. Le paradis blanc fait penser au tunnel blanc raconté par ceux qui en sont revenus. Et puis, il y a le texte qui dit : " Le téléphone pourra sonner, il n’y aura plus d’abonnés. Et plus d’idées. Que le silence pour respirer. Recommencer là où le monde a commencé ". Et encore : " Le jour où j’aurai tout donné. Que mes claviers seront usés. Je m’en irai dormir dans le paradis blanc ".
 

C’est l’histoire d’un homme qui décide de quitter son monde, de quitter ce monde. C’est un homme qui choisit ses mots, qui choisit sa mort. Si on écoute bien, si on va dans la grande profondeur du texte, " Le paradis blanc " est peut-être une chanson sur le suicide. En tout cas, une chanson sur la douceur de la mort comme seule solution au tumulte du monde. Michel Berger offre une vision romantique de la mort. D’ailleurs, dès le début de la chanson, il dit : " Il y a tant de vagues et de fumée. Qu'on arrive plus à distinguer le blanc du noir. Et l’énergie du désespoir ". L’énergie du désespoir, c’est le dernier mouvement de bras que l’on fait avant d’atteindre la rive ou de se noyer…

 

Dans un élan ésotérique que je ne cautionne pas, certains parlent de chanson prémonitoire puisque deux ans après avoir écrit et chanté " Le paradis blanc ", Michel Berger est mort… 

Écoutez l'intégralité de "Le paradis blanc" de Michel Berger :

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