Le numérique, nouveau grand chantier de l'éducation belge

Le numérique, nouveau grand chantier de l'éducation belge
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Le commerce, les voyages, les banques et même les taxis : le numérique a provoqué des changements majeurs dans notre consommation et modes de vie. On parle volontiers de secteurs "disruptés" par celui-ci. Cependant, en Belgique et malgré les nécessités grandissantes de s’assurer une place dans cette transition, l’éducation semble à la traine.

Des experts du numérique et de l’éducation se sont réunis ce mercredi à la soirée-débat "Je pense numérique donc je suis" organisée à la Cité Miroir de Liège. Au programme : une immersion dans les enjeux de la formation par et pour le numérique. Car les enjeux sont colossaux pour une Europe qui semble à la traine sur la scène internationale.

 

Former et se former au numérique

Les impératifs et les domaines d’une telle éducation sont multiples. On considère d’ailleurs que 65 % des élèves des primaires vont exercer un métier qui n’a pas encore été inventé. Il faut dès lors former, mais surtout former à se former. C’est-à-dire donner les clés pour un apprentissage à long terme permettant à la personne d’être plus agile et d’avoir tous les outils en mains pour envisager les prochaines innovations et révolutions technologiques.  

Outre les aspects purement professionnels et d’employabilité, la formation au numérique se révèle comme une opportunité pour ouvrir d’autres objectifs pédagogiques. Le numérique permet en outre de mettre des outils qui engagent les étudiants, en les mettant en relation avec leur professeur, les impliquant, renforçant leurs capacités cognitives et travaillant leur mémoire. Mais pour Elise Degrave, chargée de cours à la faculté de droit (Chaire E-gouvernement et Crids) à l'Université de Namur et membre du Conseil du Numérique, il s’agit surtout de faire de nos élèves des citoyens du numérique. "On doit former nos enfants et nos étudiants à devenir des citoyens conscientisés. S’ouvrir au monde au-delà d’Internet et les former à devenir critiques. L’éducation au numérique couvre les Fake News, le harcèlement sur Internet, la protection des données personnelles … ça va plus loin que l’utilisation pratique de l’outil numérique".   

 

Prendre le train en marche

"En France, il y a un secteur fondamental qui n’a pas changé depuis Jules Ferry, c’est l’éducation. L’école n’a pas changé depuis de nombreuses années", déplore Marie-Christine Levet, figure pionnière de l'Internet en France et founder & partner d'Educapital, fonds européen à hauteur de 45 millions d'euros dédiés à l'éducation et à la formation. Assez lourd, le système scolaire. Et difficile à réformer. Pourtant il est nécessaire qu’il s’adapte à la rapidité de notre société digitalisée. Beaucoup de secteurs ont réussi à prendre le train en marche, c’est le cas de la formation professionnelle. Elle est presque naturellement venue au numérique car les entreprises souhaitaient un meilleur rendement, une formation agile et moderne. "La prochaine révolution numérique sera pour moi celle de l’éducation", ajoute Marie-Christine Levet.  

Pour y arriver, les solutions et les outils sont nombreux. Former dès la petite enfance grâce à des jouets connectés qui permettent d’apprendre à coder, plus tard des applications pour l’apprentissage des langues et des mathématiques, pour les professeurs des outils de gestion des classes pour les rendre plus interactives ou encore des plateformes pour aider les élèves à réviser. Mais tout cela demande des moyens.

 

La situation en Belgique

Selon le dernier baromètre de Digital Wallonie "Education & Numérique 2018", l’équipement des écoles en ordinateurs et tablettes a doublé en 8 ans et des investissements supplémentaires sont annoncés. On reste par contre très loin par rapport aux écoles françaises et flamandes. Du côté des professeurs, 35 à 40 % utilisent le numérique dans le cadre de leurs cours et marquent une certaine progression par rapport aux années précédentes. Par contre, on note que 57 % des enseignants ne se sentent toujours pas à l’aise avec les outils, et 23 % d’entre eux n’ont jamais reçu de formation pour utiliser ces outils numériques. Même si le numérique est vu d’un bon œil, difficile dans ces conditions de transmettre un savoir.

Et c’est là le nœud du problème selon Mikael Degeer, formateur TICE (Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Education) pour les enseignants. Mikael Degeer participe à l’élaboration d’un référentiel des compétences que l’élève devra avoir, c'est-à-dire le minima à acquérir par un élève à la sortie de sa scolarité. S’il existe un référentiel, vient l’obligation de l’enseigner. Une fois qu’on est obligé de l’enseigner, il y a une didactique, une manière d’enseigner cette discipline. "Ce référentiel risque d’être prêt trop tôt et on risque de ne pas avoir assez de gens formés en Belgique. On doit commencer dès la primaire et assurer l’évolution année après année. Dans 20 ans seulement, les premiers élèves sortiront avec de vraies compétences numériques, et on risque de rater la transition. Il est primordial de travailler les autres niveaux également et de pouvoir former des professeurs qui deviendront à leur tour de vrais formateurs au numérique".

 

Un investissement européen trop peu important

Pour l’année 2017, on parle de 9 milliards d’euros investis dans les edtechs (contraction d’éducation et technologie) dont 90 % sont investis aux Etats-Unis et en Chine. C’est dire le décalage avec les pays européens, alors que les investissements mondiaux de ces edtechs à l’horizon 2020 sont de l’ordre de 30 milliards d’euros. "Nous sommes en retard, mais c’est un retard rattrapable. Il n’est pas trop tard pour laisser l’éducation de nos enfants à des géants venus d’ailleurs", rassure Marie-Christine Levet. Le premier moteur est l’investissement, le deuxième moteur doit provenir des politiques publiques volontaires sur ce sujet. Ce qui peut aussi poser problème.

 

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