Le monstre du Loch Ness : personne n'a de preuves de son existence

Episode 6

Le monstre du Loch Ness

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" Vers 9h du matin, d’une petite colline dominant le Loch Ness, j’ai vu la surface calme de l’eau s’agiter brusquement à cause d’une bête vraiment étonnante. Elle avait au moins 10 mètres de long et possédait un certain nombre de bosses. L’animal s’est dirigé vers la jetée, à un moment il a dressé sa tête hors de l’eau. Il avait une sorte de crinière sombre. L’animal s’est ébroué mais la visibilité était si parfaite que j’ai pu voir les gouttes d’eau qui retombaient dans le Loch. Arrivé à la jetée, cette créature a encore allongé son cou hors de l’eau. Cet animal étrange n’est pas monté sur le rivage, il avait l’air de chasser le long du bord. Je ne vois pas comment il pouvait se déplacer de cette façon sans utiliser des pattes ou bien des nageoires. "

 

Vous vous en doutez, il va être question du monstre du Loch Ness dans cet article. Ce témoignage date du 6 juillet 1934. L’âge d’or du monstre du Loch Ness. Il faut savoir que Nessie (surnom affectueux que lui ont donné les écossais) est devenu une star médiatique dans les années 30. Sa popularité va éclipser celle de tous les autres monstres. A côté de Nessie, même encore de nos jours, le yéti fait bien pâle figure. Le monstre du Loch Ness est le cryptide (animal encore inconnu de la science) le plus célèbre de tous les temps : on en parlait déjà au 5ème siècle après Jésus Christ. En 565, saint Colomba, un moine irlandais, aurait fait fuir un monstre épouvantable qui voulait manger un de ses disciples qui traversait le Loch Ness à la nage… Bref, les légendes concernant un monstre aquatique qui hante les eaux sombres du Loch Ness ne datent pas d’hier. Mais il faut être de bon compte, c’est au 20ème siècle, qu’on va réellement assister à une explosion de témoignages (qui vont devenir presque quotidiens) concernant un animal étrange et mystérieux dans ce lac écossais.

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Loch Ness © Getty

Le premier témoignage médiatisé a lieu le 14 avril 1933. Un couple de la région, les Mackay rentrent chez eux, en empruntant la route qui longe la rive droite du lac près d’Abriachan. Tout à coup, madame Mackay observe du mouvement à la surface du loch. Voici ce qu’elle a décrit à l’époque.

 

" Il y a eu un grand mouvement dans l’eau et alors soudainement cette chose est apparue à la surface. Et j’ai pu la voir ! C’était hors de l’eau, noir, mouillé avec de l’eau qui dégoulinait. J’ai crié et j’ai dit à mon mari de stopper la voiture pour regarder cette bête, mais il n’a pas pu s’arrêter tout de suite… Et le temps que notre voiture s’arrête, la chose était repartie sous la surface du Loch. "

Cet incident sera relaté dans l’Inverness Courier. Bientôt d’autres journaux vont embrayer en utilisant le nom de " Loch Ness monster " pour désigner cet animal inconnu.

Si le témoignage de madame Mackay est plutôt flou, ceux qui vont arriver ensuite vont devenir plus précis. En voici un savoureux, il a été fait par l’ancien garde-pêche du Loch Ness : Alex Campbell (qui est particulièrement chanceux : il a vu le monstre 17 fois !)

 

" J’ai vu le long cou, la tête et le corps de l’animal. C’était un matin ensoleillé, il était 8h et les conditions étaient excellentes. Ça a fait surface, c’était extraordinaire ! Je pouvais voir sa tête tourner, il semblait nerveux. Je me suis dit : mon dieu, comme c’est étrange ! J’ai fermé et ouvert les yeux trois fois pour être certain que je n’avais pas une hallucination. Je ne peux pas l’expliquer mais je n’avais pas peur. Je me suis dit : ça va être intéressant… La créature est restée à la surface, jusqu’à ce qu’un petit bateau arrive, et quand l’animal l’a vu, incroyable : il a plongé d’un coup ! "

 

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Une petite tête et un long cou. Ce sera longtemps la description la plus répandue de Nessie. Chose étonnante : la bête du Loch ne semble pas exclusivement aquatique, il lui arrive de venir se dégourdir les pattes (ou les nageoires) sur la terre ferme. Le 22 juillet 1933, les Spicer des touristes venus de Londres, circulent une fois encore en voiture le long du Loch Ness. Tout à coup, ils voient surgir des buissons du bord de la route, un " monstre " de forme allongée. Ils voient cet animal étrange traverser la route à 200 mètres d’eux en ondulant verticalement avant de disparaître de l’autre côté dans les eaux du lac… Selon eux, sa peau semblait épaisse et grise comme celle d’un éléphant… les Spicer étaient persuadés avoir vu une sorte de " monstre préhistorique ".

Le 5 janvier 1934, Arthur Grant, un jeune étudiant, rentre chez lui vers une heure du matin. Soudain, le phare de sa moto éclaire une étrange créature en plein milieu du chemin : la bête possède 4 palettes natatoires, est de couleur gris/noir et semble se déplacer en bondissant. Il s’en est fallu de peu pour qu’Arthur Grant n’entre en collision avec le monstre du Loch Ness !

S’il y a énormément de témoignages au fil des ans (des milliers) existe-t-il des preuves de l’existence de Nessie ? Les optimistes et les enthousiastes diront oui, les rationnels ou les sceptiques diront non.

Prenons d’abord les photos. Il y en a quelques-unes. La première a été réalisée par Hugh Gray le 13 novembre 1933. Mais franchement, on ne peut rien distinguer dessus tellement cette photo est floue.

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Une équipe du « Loch Ness bureau investigation » enquête sur le terrain © Getty
Une équipe du « Loch Ness bureau investigation » enquête sur le terrain © Getty

La plus célèbre photo du monstre a été prise le 19 avril 1934. On l’a longtemps appelée la photo du chirurgien (car elle aurait été réalisée par le chirurgien-gynécologue Robert Kenneth Wilson). Et cette fois, Nessie est bien là ! On voit clairement, même si le cliché est ancien, le long cou, la petite tête et des remous autour de la créature. Malheureusement, on ne voit que de l’eau autour du " monstre ", aucun repère ou morceau de paysage ne permet d’évaluer sa taille par comparaison. Quand des années plus tard, on découvrira le cliché original non recadré (avec un bord dans la rive du Loch cette fois dans la photo), on constatera que Nessie ne semble pas grand du tout. Enfin dans les années 90, on apprendra qu’il s’agissait d’un faux : c’était tout simplement une petite maquette collée sur un sous-marin jouet. 

Les autres photos de Nessie ne prouvent malheureusement rien. Soit il s’agit de trucages grossiers, soit ce que l’on peut apercevoir sur les clichés est tellement flou que ce pourrait être une branche qui dérive, un poisson nageant près de la surface etc… Bref, tout sauf un monstre inconnu.

Les films du monstre du Loch Ness ne sont guère convaincants non plus. Aucun ne montre clairement un animal inconnu à long cou. Tout au plus de vagues mouvements ou formes à la surface de l’eau.

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De nombreuses expéditions vont tenter de prouver l’existence du monstre, notamment avec des petits sous-marins… © Getty
De nombreuses expéditions vont tenter de prouver l’existence du monstre, notamment avec des petits sous-marins… © Getty

Et pourtant, le Loch Ness sera l’objet de très nombreuses expéditions scientifiques très sérieuses pendant des décennies pour tenter de découvrir enfin qui est réellement Nessie.

On va utiliser toutes les technologies possibles pour tenter de débusquer le monstre. On va d’abord tenter de le chasser avec des petits sous-marins. Problème : les eaux du Loch sont extrêmement sombres, après quelques mètres sous la surface on ne voit strictement rien, on se retrouve dans l’obscurité la plus complète.

Alors dans les années 70, une équipe de l’Académie des sciences appliquées de Boston, dirigée par le docteur Robert Rhines, va utiliser des sonars et un tout nouveau matériel pour faire des photos sous-marines. Les sonars vont effectivement détecter des objets de grandes tailles qui se déplacent en profondeur. Mais il pourrait s’agir de bancs de poissons. Et une fois encore il y aura des photos. Sous-marines cette fois. Mais elles ont dû être tellement améliorées grâce à des outils informatiques qu’on peut se demander si au final, il y a bien quelque chose sur ces photos.

En 1987, le naturaliste Adrian Shine lance le projet " Deepscan ". Cette fois, pendant 72 heures, une flottille de 20 bateaux répartis sur toute la largeur du lac et équipés de sonars améliorés traquent Nessie. Mais finalement, seul trois " contacts " pourront être enregistrés. Et une fois encore, ces détections sonars pourraient être attribuées à des poissons.

Toutes ces expéditions, si elles n’ont pas permis de prouver l’existence du monstre du Loch Ness, ont au moins permis de mieux connaître et de mieux comprendre le contexte écologique du Loch. Car la question qu’il faut se poser c’est celle-ci : le Loch Ness possède-t-il dans ses eaux assez ne nourriture (des poissons par exemple) pour permettre la survie d’un groupe de grands animaux ? En effet, si le monstre est bien réel, et si on le voit depuis si longtemps, c’est obligatoirement parce qu’il existerait une population entière de monstres. Hélas, on sait maintenant que les chaînes alimentaires du Loch sont plutôt pauvres. Elles ne permettraient pas d’alimenter un groupe de grands vertébrés.

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Conclusion : aucune recherche menée au Loch Ness n’a pu démontrer l’existence d’une nouvelle espèce inconnue… Enfin, ce n’est pas tout à fait exact ! Avec toute cette affaire, une nouvelle espèce est bien apparue sur les abords du célèbre Loch écossais : " le chasseur de monstre ". Il y en a encore beaucoup aujourd’hui, la plupart d’entre eux s’installent le plus souvent dans une petite caravane le long du lac.

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Nessie a envahi les nombreux magasins de souvenirs aux abords du Loch, pour le plus grand bonheur des touristes ! © Getty Images
Nessie a envahi les nombreux magasins de souvenirs aux abords du Loch, pour le plus grand bonheur des touristes ! © 2014 Getty Images

Si vous allez faire du tourisme autour du Loch Ness, vous risquez d’en apercevoir. Comme Steve Feltam, qui chasse Nessie depuis 30 ans à plein temps. Pour ce faire, il a quitté sa femme, ses enfants et même son métier d’avocat. Tous les jours il scrute le lac pour espérer voir enfin le " monstre ". Pour saluer un tel engagement, laissons-le conclure :

 

" Depuis toujours, je rêvais de me plonger dans ce mystère. La première fois que je suis venu ici, j’avais 7 ans et je suis tombé amoureux de cet endroit. J’ai décidé que c’était ce que je voulais faire de ma vie : chercher des réponses dans le Loch Ness. Je n’ai jamais eu envie de laisser tomber. Je sais que j’ai raison de faire ça, je fais ce que j’ai toujours voulu faire : essayer d’identifier ce qui est dans le Loch Ness, et ça me va très bien ! "