Le Mokélé-Mbembé est-il vraiment le dernier dragon ?

Episode 4

Le Mokélé-Mbembé est-il vraiment le dernier dragon ?

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En 1980 et 1981, le professeur Roy Mackal, un biologiste de l’université de Chicago, monte deux expéditions dans la région reculée du lac Télé au Congo. Son but ? Prouver l’existence du fameux " Mokélé-Mbembé ". Un étrange animal observé depuis longtemps par les populations locales qui le décrivent comme ceci : c’est un grand vertébré d’allure reptilienne, il est amphibie et possède un long cou.

 

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Depuis toujours, les populations locales en Centre Afrique parlent d’animaux qui ressemblent à des dinosaures et qui vivent dans des forêts difficilement accessible © Tous droits réservés

Il est brun ou gris, avec une petite tête qui ressemble à celle d’un serpent et il a une longue queue. Si on prend ces descriptions au premier degré, on pourrait penser que l’on est face à un survivant de l’ère des dinosaures, comme le diplodocus. Cela vous semble absurde ?  C’était pourtant la conviction du professeur Mackal. Lui-même n’a pas pu observer cet animal étrange, mais il a pu relever quelques-unes de ses empreintes et a ramené de nombreux témoignages de ses expéditions. Voici ses conclusions :

 

" Je suis de plus en plus convaincu que nous sommes face à un animal réel, qui a peut-être disparu dans un passé récent, mais quand même un animal réel. Si on croit les congolais et les pygmées, ces animaux vivent encore aujourd’hui dans la rivière Likouala ou à proximité, et peut-être même dans le lac Télé. Il y a donc bien là-bas, une forme vivante, une espèce inconnue de la science. "

 

Mackal écrira par après un livre intitulé " Living dinosaur " consacré au Mokélé-Mbembé, qui rencontrera un grand succès et qui va susciter des vocations auprès de nombreux autres chercheurs. Les expéditions vont se multiplier au fil des ans pour traquer le Mokélé. En 1983, Marcelin Agnagna, un naturaliste congolais va se retrouver face à ce monstre amphibie, aux abords du lac Télé. Son témoignage est saisissant…


 

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Le Mokélé-Mbembé est toujours décrit avec un long cou flexible et une petite tête reptilienne © 2006 Getty Images

" L’animal était à environ 300 mètres du bord du lac. Nous avons pu progresser sur environ 60 mètres dans l’eau peu profonde. Nous avons donc pu nous positionner à 240 mètres de cet animal. Celui-ci est alors devenu conscient de notre présence. Il regardait autour de lui comme pour déterminer la source du bruit : en effet, un des villageois qui nous accompagnait  hurlait de terreur sans pouvoir s’arrêter. La Partie antérieure de l’animal était brune tandis que l’arrière de son cou était noir et brillait au soleil. L’animal a partiellement gagné la surface, il est resté visible pendant 20 minutes avec uniquement son cou et sa tête hors de l’eau. Puis il a totalement plongé et disparu. Nous ne l’avons plus revu. On peut dire avec certitude que la bête que nous avons vue était le Mokélé-Mbembé. Il est bien vivant et en outre il est très connu par de nombreux habitants de la région de la Likouala. "

 

Hélas Marcelin Agnagna a fait une fausse manœuvre avec son appareil photo et n’a donc pas pu immortaliser sa rencontre fantastique avec le Mokélé-Mbembé. Mais en 1988, cette créature mystérieuse a peut-être été filmée. Lors d’un survol en avion au-dessus du lac Télé, une équipe de télévision japonaise aurait capturé pour la seule et unique fois le dragon africain sur pellicule. Sur ce film de quelques secondes, on voit affectivement quelque chose avancer à la surface de l’eau, mais ces images sont tellement lointaines qu’elles ne peuvent absolument rien prouver.             

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En 1988, une équipe de télévision japonaise a pu filmer un animal inconnu qui progresse à la surface du lac Télé au Congo. Mais était-ce bien le Mokélé-Mbembé ? © Tous droits réservés

Les témoignages concernant ce " dernier dragon d’Afrique " ne datent pas d’hier. On trouve une première trace du Mokélé-Mbembé dans un livre écrit en 1766 ( !) par l’abbé Liévin Bonaventure Proyart. Il relate les périples des prêtres catholiques qui se rendaient en Afrique centrale pour évangéliser les populations.

Anecdote étonnante : ces prêtres qui à l’époque, vadrouillaient dans les forêts du Gabon, du Cameroun et du Congo ont relevé des traces d’un animal impossible à observer, mais qui selon eux devait être monstrueux : ses empreintes avaient 90 cm de diamètre…

D’autres explorateurs parleront encore du Mokélé en 1870 ou en 1909 : les populations locales leur parlent à chaque fois d’une énorme bête moitié éléphant, moitié dragon.

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Croquis réalisés par des témoins locaux qui auraient aperçu le Mokélé-Mbembé © Tous droits réservés

Michel Ballot, un explorateur français qui traque le Mokélé-Mbembé depuis 18 ans, pense que tous ces témoignages historiques apportent de la crédibilité au dossier. A force de recherches, il a retrouvé tous les documents passés qui parlent de ce supposé dinosaure africain.

 

" En 1910, un journal américain avait titré : " Existe-t-il des brontosaures dans les marais africains ? " et le Washington Post de la même année écrivait " Une énorme bête qui ressemble à un dragon vivrait en Rhodésie ". Mais pour moi, le fait le plus important concernant le Mokélé, c’est la découverte d’un rapport datant de 1913, écrit par un allemand, le capitaine Von Stein. Ce dernier avait été envoyé en mission au Cameroun et à la frontière du Congo. Il rapporte que dans les rivières de ces régions vit une drôle de bête. Elle est de couleur gris-marron, de la taille d’un éléphant et a un long cou flexible. Sa longue queue est très puissante : elle renverse et détruit les embarcations qui s’approchent trop près. On raconte que cet animal vit dans des tanières sur les rives boueuses des rivières, mais il se rend sur la terre ferme en plein jour pour aller se nourrir. Son régime est exclusivement végétarien. On l’appelle Mokélé-Mbembé, en dialecte Lingala ça signifie : celui qui peut arrêter le flux de la rivière. Tout ça fait référence à une sorte de dinosaure… Mais il est certain qu’en 1913, au sud du Cameroun et au nord du Congo, les pygmées n’avaient jamais entendu parler de dinosaures ! C’est ce qui rend ce témoignage historique incroyable ! "

Michel Ballot à la recherche du Mokélé Mbembé

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Michel Ballot, est sans doute celui qui connait le mieux le Mokélé-Mbembé de nos jours : il a organisé de très nombreuses expéditions pour le trouver au cours des 20 dernières années, notamment sur la rivière Likouala. Il a pu photographier des empreintes inconnues et il a récolté une cinquantaine de témoignages qui font état de rencontres entre des habitants locaux et le Mokélé. Tout cela est retranscrit dans son livre " A la recherche du Mokélé-Mbembé, un récit d’aventures. "

 

" Ces témoignages ont tous le même dénominateur commun : l’animal sort souvent la tête de l’eau, ainsi que son dos qui est souvent couvert d’algues. Selon ceux qui ,l’ont vu, l’animal est très grand et manque de faire chavirer leur pirogue quand ils s’approchent de lui. Ils distinguent des épines sur sa colonne vertébrale. Ils ont peur de cette créature, comme leurs ancêtres en avaient peur également. Encore aujourd’hui, on a donc une carte d’identité du Mokélé qui est la même que celle du début du siècle. "

 

La plupart de ces témoignages se recoupent et sont de qualité. Et le contexte écologique est crédible. Cet animal est signalé dans des forêts primaires très grandes et encore intactes. Par exemple, la région de Lobéké où Michel Ballot a fait ses dernières recherches dans une zone du Cameroun frontalière avec le Congo est très très grande : elle équivaut à la superficie du Luxembourg. Il est donc crédible qu’on puisse encore y découvrir un grand animal inconnu.  Mais se pourrait-il qu’il s’agisse d’un groupe de dinosaures qui aurait survécu jusqu’à nos jours ? C’est nettement moins plausible…

 

" Il est certain que l’allure générale fait penser à un dinosaure. On ne peut pas réfuter cet aspect du dossier Mokélé-Mbembé : tête de serpent, long cou et grande masse corporelle. C’est impressionnant… Mais d’un point de vue scientifique, ça ne peut pas être un dinosaure, c’est impossible. Qu’est-ce que ça peut être ? Un grand mammifère semi- aquatique que nous ne connaissons pas encore ou alors un grand reptile inconnu… Par exemple un varan géant, qui au cours de son évolution aurait acquis un long cou. Quoiqu’il en soit, la thèse du dinosaure moderne paraît difficilement acceptable… "

On nage en pleine cryptozoologie (la cryptozoologie est une discipline qui tente de démontrer l’existence d’animaux cachés encore inconnus de la science). En raison de la pandémie de Covid, les recherches et les expéditions de Michel Ballot ont été interrompues, mais il ne perd pas espoir : il repartira très bientôt sur la piste du mystérieux Mokélé-Mbembé !

 

" Avant moi, des gens l’ont déjà cherché, il y en aura d’autres après moi. Je ne suis qu’un maillon de la chaîne. Si je le trouve, c’est que j’ai de la chance, parce que les zones où il pourrait vivre font des milliers de kilomètres carrés… L’exploration de ces forêts le plus souvent montagneuses est très difficile… J’espère au moins apporter la preuve de son existence… "

 

Il est clair que la découverte d’un tel animal, serait la découverte zoologique la plus extraordinaire depuis longtemps …

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© Michel Ballot